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Erik Truffaz Quartet à l’Atabal Biarritz : son « Doni Doni », bien au-delà du jazz, et des longs applaudissements

28 mars 2017 > > Soyez le premier à réagir !

En bambara, “Doni Doni” signifie “petit à petit”, une formule en suspens qui symbolise bien le nouvel album du trompettiste français Erik Truffaz, mais aussi ses collaborations et ses expérimentations : jeudi 23 mars, le trompettiste était invité à clore la semaine d’expressions basques et d’ailleurs, Bi Harriz Lau Xori, face à une salle de l’Atabal Biarritz comble et comblée.

Cette année, le festival Bi Harriz Lau Xori s’articulait autour de la mémoire qui, avec les migrations et les frontières, se classe dans le Top 5 des thèmes de « festivals français bien sous tous rapports ».

Et c’est à l’Atabal Biarritz, plus habituée au gros son rock et aux bidouillages electro, que le rendez-vous fixait son antre avec Erik Truffaz, trompettiste français, né en Suisse en 1960, qui débuta sa carrière en 1993, par l’album Nina Valeria.

18 albums plus tard, c’est avec Doni Doni, paru chez Parlophone en 2016, qu’il reprit la route, après avoir emprunté quelques chemins de traverse, avec l’artiste Enki Bilal, pour Being Human Being en 2014, ou la chanteuse Sophie Hunger, sur In Between en 2010, parus chez Blue Note.

Il faut s’arrêter un instant sur The Dawn, paru lui aussi sous le mythique label à la note bleue, en 1998. C’est à cette période que les fondateurs du quartet, Erik Truffaz, Marc Erbetta, à la batterie, Marcello Giuliani, à la basse et Patrick Muller au piano, croisent la route de Nya, alors que le jazz semblait alors avoir insufflé énormément d’énergie au hip hop (Gangstarr, A Tribe Called Quest, De la Soul, The Roots).

Truffaz l’Européen alla à contre-courant vers des sonorités influencées par le mouvement jungle, dont Coldcut ou Roni Size étaient, outre-Manche, les précurseurs. Accompagné d’un MC (Nya) capable de poser ses « parts » sur des tempos lents (Bukowsky Chapter 1), comme sur des morceaux fulgurants de rythme et de rapidité (Yuri’s choice), Truffaz signa un disque aussi superbe que problématique. The Dawn révéla le quartet, il est aussi l’album sans héritier.

Aujourd’hui, le quartet a changé. Truffaz reste ce souffle, devenu caractéristique, tenu, mat et feutré, créant l’amplitude. Benoît Corboz, présent sur The Dawn a pris la place de Muller et c’est Arthur Hnatek, batteur suisse basé à New York qui hérite des toms et des fûts. Il n’a pas fallu longtemps à l’assistance bigarrée de l’Atabal Biarritz pour se rendre compte du talent de ce jeune batteur impassible, compagnon de route du pianiste arménien, Tigran Hamasyan, qui, dans une interview donnée à la Tribune de Genève, confessait n’écouter que de la musique électronique, citant le label Warp, Aphex Twin etc.

Hnatek trouve avec Giuliani et Corboz deux complices de jeu à sa mesure. On oublie parfois la silhouette longiligne au premier plan, celle d’un Truffaz, balançant à contretemps, yeux mi-clos, entre deux envolées. Si l’album Doni Doni est une mécanique bien huilée, sublimée par la voix de la Malienne Rokia Traoré et les instruments traditionnels africains, ce soir, à l’Atabal, les instruments et leurs quatre agitateurs suffisent à combler l’assistance.

Corboz, frénétique, à genoux sur son pupitre, distille un groove que seuls ses claviers surannés semblent capables de produire. Le dos rivé à son ampli, Giuliani est celui par qui tout se construit. Il est l’épicentre à l’origine des secousses, répliques, distorsions et accalmies.

Hnatek soustrait et rajoute des grelots, alterne baguettes et balais, attaques franches et moments de retenue, sans temps morts. Si Truffaz prend la parole, c’est pour remercier le public des sourires, dûs aux « effluves d’essences de pin régional ». Les premiers rangs, douchés de lumière, sont constitués d’un parterre émerveillé de musiciens et d’amateurs de jazz attentifs. Eux perçoivent ce qui se passe, là haut, pareils à des mathématiciens lisant une belle équation. Alors les quatre s’amusent, improvisent, digressent. Pacheco, qui, sur Doni Doni dure six minutes, flirte ce soir avec le quart d’heure.

Entre deux impros, seul le souffle lointain de Truffaz rappelle à l’auditeur attentif que le groupe rejoue The Dawn, morceau éponyme de l’opus de 1998, réminiscence jubilatoire. Puis il s’efface, cédant l’espace sonore à ses acolytes. On perçoit tout au long du concert, qui durera deux heures, l’alchimie des free jazzmen s’adonnant à d’authentiques joutes instrumentales.

Corboz quitte un temps ses claviers fous, rejoignant un piano en fond de scène. C’est l’heure (inattendue) de Yuri’s choice et les junglist dans l’assistance remettent dès les premières notes le morceau qui, dans les années 90, les avait faits vriller. Le concert s’achève sur Doni Doni et quelques airs de biguine surréaliste, puis un rappel, atterrissage, en douceur. Les applaudissements ne cesseront que bien plus tard.

Truffaz prend place à la table des dédicaces. C’est après deux bières – seuil de la bravoure – que s’avance, humble et penaud, un gamin de seize ans devenu trentenaire.
– Merci pour Yuri’s choice.
– De rien…ça fera vingt ans l’an prochain qu’est sorti The Dawn et on a prévu de fêter ça par une tournée anniversaire.
– Avec Nya ?
– Avec Nya. On reprend The Dawn…


Doni Doni, album du Erik Truffaz Quartet


Yuri’s choice, par Erik Truffaz Quartet


 


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