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« Ethiopiques » à Bayonne : le Tout-Monde convoqué, mais Guy Debord nous manque

4 avril 2016 > > 5 commentaires

Du jeudi 7 au samedi 9 avril prochain, Bayonne accueillera les 8èmes Ethiopiques, festival de « rencontres inspirées » où l’écrivain Goncourt-isé Patrick Chamoiseau portera l’ambition, à discuter, de repousser la barbarie du monde.

Pour la 8ème année, la bande d’Ezkandrai réunie autour du chanteur basque Beñat Achiary a concocté avec les Ethiopiques une série de rendez-vous autour de la musique, du chant, de la danse et de beaux textes.

Cette année, comme lors de sa toute première édition, ce sont ceux du poète martiniquais Edouard Glissant, tenant du Tout-Monde, qui auront pour objet de donner corps à ces « espaces de rencontres inspirées », et c’est l’un de ses amis, l’écrivain Patrick Chamoiseau (Prix Goncourt en 1992 pour son roman Texaco) qui sera chargé de faire renaître cette poésie.

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Le poète martiniquais Edouard Glissant

Dans une version plus resserrée que les années précédentes, cette « Poétique de la relation » se tiendra essentiellement sur la rive droite de Bayonne, avec une grande soirée le vendredi 8 avril au Cinéma l’Atalante puis le samedi 9 avril au nouveau Gastetxe Zizpa, sur le même quai que l’Autre Cinéma.

Évocations et hommages concoctés à toutes faims utiles se succéderont pendant ces 3 jours, après une première mise en bouche le jeudi 7 avril à la fac de Bayonne (projection de la rencontre en 2007 à Itxassou entre Glissant et le poète basque Bernardo Atxaga).

Les uns et les autres ont repris les textes et les instruments qui doivent donner sens, dans ce « faire » dont on ne sait plus très bien pourquoi il échapperait à l’avertissement de Guy Debord sur la Société du spectacle, son livre retentissant de 1967.

Car l’invitation ici encore est faite de nous replacer « à l’heure où le monde se déchire dans des guerres implacables », comme le précise l’éditorial de ces 8èmes Ethiopiques.

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introduction du film « La société du spectacle » par Guy Debord

Cette fenêtre sur le monde en sang ne se referme plus, qui sert à tout va comme réflexe culturel et politique de contamination du réel.

L’insupportable porterait et justifierait le spectacle, dans l’agonie soigneusement entretenue du savoir-faire post-maoïste (« réunir les artistes »).

A Bayonne, les Ethiopiques ne sont ni plus ni moins utiles ou superflues que de nombreuses autres actions culturelles.

Mais à une société « en guerres implacables » manque Debord et une culture aussi implacable.

Lassé du rappel de devoir survivre dans ce chaos, on aimerait parfois voir dans ce qui est proposé une action plus radicale où seraient descendues à la winchester (façon Niki de St Phalle) les pratiques trop habituelles.

ethiopiques-2016-bayonne-9Le repli, la crainte de l’avenir, la dictature des principes de réalité déchirant les embryons d’utopie, certes, mais « nous voulons que les idées redeviennent dangereuses », écrivait Guy Debord, et il nous manque.

Contre l’idée de survivre dans ce chaos en rappelant aujourd’hui à nous l’intelligence d’hier, où se trouve tout de suite la place d’une radicalité artistique têtue, et lucide ?

A Bayonne comme ailleurs, se fait jour sans doute l’absence d’un lieu permanent pour le « faire », portant étendard d’une action collective et d’une pensée combative in-interrompues, plus que ces pointillés griffés au fil de nos agendas.

ethiopiques-2016-bayonne-12« Les tenants de l’ordre peuvent trouver, dans un traité comme La Société du spectacle, écrit pour servir un travail révolutionnaire, des pistes pour maintenir le pouvoir en place », écrivit il y a quelques années Patrick Marcolini, philosophe et historien du mouvement situationniste autour de Guy Debord.

La plupart des spectateurs ne vivent pas ces mondes en guerre de façon directe, un « tant mieux » en sous-titre de ce constat.

ethiopiques-2016-bayonne-10S’alignant comme des marchandises qui satisfont leurs besoins, ces soirées qui leur seront proposées seront sympathiques, sans nul doute, « argumentées » et chaleureuses.

Mais la tragédie du monde n’aura pas reculé : pourquoi le ferait-elle ?


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Tout le programme des 8èmes Ethiopiques sur leur site


 

 


Commentaires

5 réponses à « Ethiopiques » à Bayonne : le Tout-Monde convoqué, mais Guy Debord nous manque

  1. Eloïse dit :

    Bonjour,

    On ne comprend pas bien… si l’article est critique, il crée en même temps l’amalgame en inscrivant Beñat Achiary dans la lignée de Guy Debord et des situationnistes… l’ambiguité tient tout le long de l’article, assez décousu. Je ne tiens pas à être publiée mais à renvoyer ma lecture : ce festival présente une belle image, un beau discours, mais ne transforme pas l’art ni la pensée, ici.

    Cordialement,

    • d’accord avec vous, Eloïse

      cet article porte sur cette belle image, « réunir les artistes », qui n’est pas nouvelle et ne devrait pas céder à ce réflexe de nous le présenter « dans le contexte des guerres implacables ».

      la culture ne devrait pas avoir à se justifier de cela.

      Transformer l’art et la pensée, rien de cela n’est concrètement proposé durant ces 3 jours qui aient à endosser ce thème.

      Et si nous sommes donc « en guerres implacables », alors que la culture entre en guerre elle aussi : « nous voulons que les idées redeviennent dangereuses », écrivait Guy Debord, me paraissant nécessaire.

      Merci pour votre commentaire, qui ne sera donc pas publié selon votre voeu (sauf que je me suis emmêlé les pinceaux : vous répondre l’a automatiquement publié. « Ainsi soit il »).

  2. Untxia dit :

    Sur la nécessité de lieu permanent, quand la municipalité a consulté et appelé à la cantonade à idées et projets pour remplir ce qui allait devenir le Didam, on n’a vu personne proposer ça… 🙁

  3. Eloïse dit :

    Bonjour Ramuntxo,

    Comme mon commentaire a été publié tout de même, je vais aller un peu plus loin, et répondre aussi à Untxia. Le festival des éthiopiques propose une programmation différente et de qualité qui suscite l’enthousiasme et la curiosité, à juste titre. Mais, en tant qu’artiste-femme, je n’y trouve pas encore cette place qui me permette de transformer dans l’art les normes que le milieu culturel contribue à ériger exclusivement. Ce qui rejoint la nécessité d’élargir le débat sur la fonction sociale de l’art et des artistes, en dehors des milieux institués. C’est notre rapport à l’art qui est à penser. Nous avons tous besoin d’investir d’autres espaces, de créer de nouvelles pratiques, sans forcément y être autorisé-e-s.

    Bien à vous,

    Eloïse

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