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Ethiopiques : une « Corps-oralité » autour d’un feu imaginaire, en hommage à Mère Nature

24 avril 2015 > > Un commentaire

Dans le cadre du festival Les Ethiopiques de Bayonne, rendez-vous était donné hier soir pour aller prêter oreille au conteur et danseur congolais Chrysogone Diangouaya, accompagné du groupe local Mobembo.

Ambiance tamisée, petits bancs, coussins, arbustes, un salon intimiste s’est inventé du côté de la Maison des Associations tandis que la nuit tombait sur Bayonne.

Comme autour d’un feu imaginaire, des gens s’assoient pour écouter une histoire. Ce public, plutôt habitué, connaît l’invité régulier du festival, Chrysogone Diangouaya et sa fougue féline qui part à la chasse des yeux de chacun.

chryzogone-ethiopiques-3Ce danseur, paré d’un costume traditionnel, peintures au visage, conte joyeusement de farfelues histoires avec ses mots, sa danse et son humilité.

Ce que personne ne connait, c’est le conte, pas plus que le lien avec le trio qui l’accompagne, de percussions et de voix, bien loin de la puissance intimidante des Tambours de Brazzaville avec qui Chrysogone était venu il y a quelques années.

chryzogone-ethiopiques-5Ce groupe c’est Mobembo (« Le voyage » en linguala, langue Congolaise), avec Fred Faure, Julen Achiary, deux percussionnistes passionnés qu’on s’attendait bien à voir durant le festival et Rebecca M’Bougou, jeune danseuse et chanteuse à la voix enfantine, profonde. Bien que certaines évidences puissent lasser, le talent et la générosité sont là pour créer un monde imaginaire.

Et hop, nous voilà parti… plutôt loin. C’est un conte de grand-mère, dans une Afrique d’il y a trop longtemps, que s’en va raconter Chrysogone, tout de joie enfantine.

chryzogone-ethiopiques-6Accompagné des percussionnistes, chaque souffle est illustré musicalement et corporellement. De mouvements fluides en saccades, de mimes en pantomimes, marche, course, émotions, éléments (arbre, terre, mille pattes), le corps du danseur exprime tout avec humour, élasticité et frénésie.

Un héros à la recherche de lumière pour son village.
Une conversation avec la lune.
La sagesse face à la mort
et oui, dans la vie, on apprend à mourir
L’arbre qui ne reconnaît pas la terre, dévorée de pesticides.
La terre, suicidaire à l’idée que ses enfants ne la reconnaissent plus.

C’est un texte écologique qu’on découvre et qui, humainement, interroge (un public qui s’interrogeait déjà) : « Homme, qui es-tu ? Ta peur invente des dieux. Ta peur te rend irresponsable ».

Puis, il y a la tempête. Celle où tous prient la terre de les reconnaître comme issus de sa chair.

« Mère Nature, nous ne sommes pas des humains. Ne nous abandonne pas ! », clament les arbres à travers le corps de Chrysogone.

chryzogone-ethiopiques-4La femme aussi, dans sa dévotion involontaire est incarnée par Rebecca, petite étoile filante au-dessus du conte, qui apparaît pour danser ou chanter.

La fin du récit est une invitation à la danse.

Spontanément, un peu de public se lance, tout âge confondu. C’est joli, familial, un brin fouillis avec ce texte qui part dans tous les sens mais dont le public capte la douceur essentielle.

Avec Chrysogone Diangouaya, le chemin compte davantage que l’arrivée. Un léger chaud au cœur qui passe, juste, avec ses quelques frissons de vérité.

« Je vous ai donné de quoi construire un conte qui fait parler la terre. Ne le détruisez pas ». C’est sûr que ça changerait l’histoire…

chryzogone-ethiopiques-7


bayonne-ethiopiques-8A suivre ce vendredi la performance du slameur Capitaine Alexandre, accompagné de Gaël Domanger à la danse et de Jesus Aured à l’accordéon, qui rythmera une nouvelle soirée des Ethiopiques. Et on sera curieux de voir si le ton monocorde du slam s’envole un peu.

« Il y a beaucoup d’improvisations même si je m’appuie sur mon recueil, Le chant des Possibles. La magie de la rencontre avec l’univers des autres réinvente les choses à chaque fois », confie humblement le slameur, présent hier dans la salle, en pleine tournée Des possibles à travers la France.


chryzogone-ethiopiques-2Chrysogone Diangouaya est né au Congo Brazzaville. Précurseur de la danse contemporaine dans son pays, il y développe différentes actions dont la fondation en 1992 d’un Centre d’expression corporelle, d’art dramatique, de contes, de percussions et chants africains. Il crée l’Association des Jeunes Créateurs de Brazzaville.

Le Congo étant ravagé par la guerre dès 1998, Chrysogone part en Europe et se perfectionne auprès de Germaine Acogny, entre autres. Il poursuit aujourd’hui sa carrière dans le cadre de sa compagnie parisienne Monana et vient régulièrement danser au Pays Basque.

« Je choisis de faire intervenir des artistes qui proviennent de cultures fortes et qui ont ouvert leur univers. Ces gens qui pourraient avoir la grosse tête sont restés excellents dans leurs rapports aux autres », expliquait déjà il y a plusieurs année Beñat Achiary, fondateur du  festival Les Ethiopiques.

 


 


Commentaires

Une réponse à Ethiopiques : une « Corps-oralité » autour d’un feu imaginaire, en hommage à Mère Nature

  1. […] Pour lire la suite : http://www.eklektika.fr/ethiopiques-bayonne-chrysogone/ […]

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