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« Tromelin, l’ïle des esclaves oubliés », au Musée Basque : l’incroyable survie contre les Enfers et les négriers

15 juin 2017 > > 2 commentaires

Du 15 juin au 5 novembre 2017, Bayonne accueille l’exposition des recherches archéologiques de Max Guérout et les planches BD de Sylvain Savoia sur cette lutte impensable de 80 hommes et femmes abandonnés en 1761 sur cet ilôt sableux pendant 15 ans, et dont 8 personnes furent finalement rescapées.

Il est des Enfers qui n’attendent pas trépas pour vous accueillir, et l’histoire apocalyptique de Tromelin, l’ïle des esclaves oubliés, telle qu’exposée au Musée Basque de Bayonne (du 15 juin au 5 novembre 2017) en porte le décor effrayant, par cette Île de Sable, telle que nommée ainsi en 1761.

C’est là, à 500 km à l’ouest de Madagascar, sur ce grand ban de corail et de sable de 700 mètres de large et de 1,7 km de long à son maximum, qu’y furent abandonnés 80 esclaves « nègres », dans une partie de l’Océan Indien dévastée par les cyclones une bonne partie de l’année.

L’époque est celle des grandes expéditions de la Compagnie des Indes orientales, dont les bateaux, armés à Bayonne comme L’Utile commandé par le capitaine Jean de la Fargue, bravent les océans pour ravitailler depuis le royaume l’Île de France (aujourd’hui, Île Maurice), et en ramener des épices, thés et cafés.

Un commerce incertain et extrêmement long, qui peut aussi s’aventurer à braver les interdits du gouverneur en place quant à du trafic d’esclaves entre le port malgache de Foulepointe et l’île de Rodrigues, où les « noirs de pacotille » se transforment en ressources sonnantes et trébuchantes.

L’histoire de l’Île de Tromelin est désormais connue, qui a permis de mettre à jour le sauvetage sans gloire des 7 femmes survivantes et d’un enfant métis de 8 mois sur cet ilot sableux abandonné depuis toujours par les Dieux, puis par les marins français, pendant 15 années de luttes contre la mort de la petite colonie initiale des 80 « oubliés », après le naufrage du bateau L’Utile en 1761.

Ce que raconte cette formidable exposition conçue par le Musée d’Histoire de Nantes dépasse la notion d’un faits d’armes « Koh Lanta », pour ce qu’elle met fin, dans une absolue éternité, à toutes les damnations qui ont frappé cette ile.

Tout d’abord celles des « nègres », ces « sous-hommes » désignés comme tels et abandonnés après la formulation d’une promesse de revenir, la part du premier lieutenant Castellan  avec leur aide, il réussit à construire avec leur aide un bateau de fortune, La Providence, sur lequel ne montèrent finalement que ses hommes d’équipage.

Des « sous-hommes » survivant grâce à un fragile puits d’eau saumâtre creusé dans l’ile, et qui parvinrent à construire des habitations en pierres de corail pour résister des années durant aux tempêtes tropicales, plongées dans une lutte de chaque instant pour manger, s’adapter, ne pas céder à la folie.

Ceux-là qui n’étaient désignés que comme des bêtes indignes du regard du Dieu blanc, bravant leurs propres dieux (qui interdisaient la construction en dur), inventèrent leurs survies, gardant 15 ans durant du feu sur l’ile pour y forger leurs ustensiles nécessaires et garder vivace un espoir proprement mythologique.

Tromelin, c’est aussi la formidable détermination de ce premier lieutenant Castellan, qui, après avoir donné sa parole aux esclaves, mit 10 ans à convaincre l’amirauté française de revenir chercher d’éventuels mais improbables survivants, qui furent finalement ramenés sur le continent par une corvette commandée par Jacques Marie de Tromelin, qui donna dans le même temps son nom à l’Ile de Sable.

C’est à partir de là aussi que fut rudement remis en question le commerce négrier qui en fournit l’appât du gain, dont le naufrage initial de l’Utile fut considéré comme moins dramatique que la honte morale devant ces 15 années de considérations sur l’inimaginable survie dans cette partie du monde, et sur l’intérêt bien ridicule de venir en aide aux « nègres ».

Initiée à Nantes en 2015, exposée au Musée d’Aquitaine de Bordeaux fin 2016, puis désormais présentée à Bayonne, l’exposition « Tromelin, l’île des esclaves oubliés » doit aussi son ultime victoire sur la damnation à un homme, l’archéologue et commissaire d’expo Max Guérout, qui y consacra depuis 2004 un combat contre l’oubli avec une obstination inébranlable.

Lui aussi a dû entendre des années de scepticisme sur la quelconque possibilité de retrouver la moindre trace humain ou matérielle de cette lutte contre les enfers, entreprise il y a près de 3 siècles : sur une île toujours baffée de vents à 200 km/h d’octobre à avril, recouverte sans cesse par des flots impitoyables, seule une toute petite équipe de météorologues l’investissait ponctuellement pour des surveillances de cyclones depuis 1947.

Max Guérout a mis ses pas dans ceux qui avaient promis de ne pas abandonner dans les limbes l’histoire de ces hommes et femmes admirables, ayant triomphé des enfers et de la honte des négriers.

Ses recherches fournissent la matière de cet incroyable, tandis que, près des maquettes, objets retrouvés et contextualisations muséographiées de l’époque, la visite est rythmée par l’ajout de planches de BD de Sylvain SavoiaLes esclaves oubliés de Tromelin (éditions Dupuis – Aire Libre, 2015), comme la preuve que la chaine des hommes d’espoir n’a pas fini de nous relier, encore aujourd’hui.


Du vendredi 15 au dimanche 18 juin 2017 : entrée du musée gratuite pour tous à l’occasion de l’ouverture de l’exposition.

Samedi 17 juin 2017, à 16h
Conférence exceptionnelle de Max Guérout, archéologue et commissaire de l’exposition

Reportage de France3 Nantes, 2015


« Tromelin, l’île des esclaves oubliés »
du 15 juin au 5 novembre 2017

Musée Basque de Bayonne
37 quai des Corsaires – 64100 Bayonne
33 (0)5 59 59 08 98

Ouvert de 10h à 18h30, sauf les lundis et jours fériés

En juillet-août, ouvert de 10h à 18h3o tous les jours, et nocturne jusqu’à 20h30 le jeudi

Tarifs :

Entrée : 6.50 €
Tarif réduit : 4.00 €
Enfants et – de 26 ans : gratuit


 


Commentaires

2 réponses à « Tromelin, l’ïle des esclaves oubliés », au Musée Basque : l’incroyable survie contre les Enfers et les négriers

  1. Marco dit :

    oui, bien dit, « il est des Enfers qui n’attendent pas trépas pour accueillir » ces damnés de la mer !
    Merci pour cet article qui m’a poussé à y aller.
    Aupa Eklektika.

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