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Son succès populaire, ce péril qui menace l’avenir du Festival Amérique latine de Biarritz

3 octobre 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Le 25ème Festival de Biarritz s’est terminé ce samedi avec un Palmarès aussi consensuel que son édition, la page tournée de son Délégué général Marc Bonduel devant fournir l’occasion de donner une dimension plus politique à ce rendez-vous.

Des salles pleines et un soleil radieux, des aplausos nourris à chaque projection, et des Abrazos (du nom des Prix remis) sans aucun lazzi dans la salle pleine de la clôture du 25ème Festival Amérique Latine de Biarritz : à considérer cette édition par ce résumé rapide, cette manifestation qui a réuni encore une fois plus de 35.000 spectateurs en 6 jours semble avoir de beaux jours devant elle.

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Crédit Agence Photomobile pour le Festival de Biarritz

Il n’y a pas eu d’accents d’inquiétude dans les propos satisfaits du Président du Festival, Jean-Marie Lemogodeuc (photo de Une), la manifestation s’étant déroulée avec une belle fluidité qui est aussi la marque de ce rendez-vous, qui mêle la complexité d’une programmation cinéma très fournie (plus de 50 films), de multiples rencontres publiques, un Village qui n’a pas désempli, une exposition et trois ou quatre concerts chaque soir.

Le Festival nourrit pourtant une réalité sensible, avec le départ de son Délégué Général Marc Bonduel après 12 ans, et une interrogation sur son positionnement à l’avenir, qui dépend plus de l’inflexion à lui donner à l’avenir qu’au nom précis de celui (ou celle) qui reprendra le gant.

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Crédit Agence Photomobile pour le Festival de Biarritz

Celui qui est arrivé en 2005 pour redresser l’équilibre financier d’un Festival en voie de couler l’a fait en le ré-organisant en une plateforme d’exposition tenant sur deux piliers.

Les films sélectionnés l’ont été tout d’abord sur des critères de marché du film, soutenu depuis longtemps désormais par le programme d’échanges Ibermedia, première sélection de films exportables, et par des films ayant été souvent déjà mis à l’honneur dans de grands Festivals avant d’arriver à Biarritz.

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« A cidade onde envelheço » de Marilia Rocha (Brésil) – Abrazo du meilleur long-métrage – Crédit Agence Photomobile pour le Festival de Biarritz

Les autres films font l’objet ensuite de la capacité de visionnement de ces oeuvres par le public local dont les goûts anti-choc émotionnel sont identifiés depuis la transition avec la première période du Festival, sous la houlette du duo Cazenave/D’Arthuys (1992-2005).

Le Prix du public décerné au film vénézuélien Amparo montre l’étendue de la méprise de remettre un Festival à ses spectateurs, ce film sauvant son insignifiance cinématographique par une morale satisfaisante et applaudie (les pauvres sauvés de l’injustice des méchants).

D’autres réalisateurs latino-américains, bien plus rugueux, sont désormais trop souvent absents de Biarritz (le Mexicain Amat Escalante, le Chilien Sebastián Silva, l’Argentin Pablo Aguero) et l’absence de Prix ou de mention pour le nouveau chef d’oeuvre du Chilien Pablo Larrain, Neruda, est à la fois une grossière erreur et un mauvais signe envoyé aux plus importants réalisateurs latino-américains, qui pourraient envisager de se tourner vers le Festival international de Donostia ou de Venise pour y présenter leurs films.

La formule actuelle est bonne et conforme à ses moyens réduits, qui ne doit être remise en question que superficiellement (mais avec un doigt d’intensité sur sa capacité à diviser les spectateurs plus qu’à les rassembler confortablement).

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Crédit Agence Photomobile pour le Festival de Biarritz

L’absence de surprises flamboyantes ou ébouriffantes a donc un premier effet pervers, qui est de détourner de Biarritz la meilleure presse cinéma et généraliste de l’Hexagone, qui a par exemple déjà découvert Aquarius à Cannes, la vraie-fausse-programmation de cette année.

Lui remettre deux des quatre Prix était inutile, sauf à marquer la seule histoire de ce Festival. Et en organiser une projection unique le mardi alors que le film est sorti en France le mercredi, a tôt fait d’exterminer son potentiel d’exploitation du cinéma pourtant partenaire du Royal Biarritz dès cette semaine, puisque 1.000 personnes l’ont déjà vu.

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Crédit Agence Photomobile pour le Festival de Biarritz

Le danger est réel que le festival, par sa volonté d’organiser des avant-premières de films dont la sortie est déjà prévue (3 sur les 10 films en compétition), en vienne à déstabiliser le champ local de l’exploitation, ce qui pourrait la lui interdire, ou lui imposer de reverser une partie de ses recettes aux distributeurs.

A terme, le péril est réel que Biarritz disparaisse des écrans radars des plus importants Festivals de France où « c’est là » que se découvre ce qui nourrit, intrigue, détermine, au-delà de son seul bassin de vie, c’est à dire dans une capacité à porter un rayonnement national dans un premier temps (la place reste prise par le festival Cinélatino de Toulouse).

Mais pour être certain de donner au Festival de Biarritz la place qui doit être la sienne, son centre de gravité événementiel doit franchir un nouveau cap, qui ne peut être que politique.

festival-amerique-latine-2Cette année, pour que la plus grande attention, presse internationale et spectateurs, puisse être concentrée sur la côte basque, il eut fallu organiser une rencontre grand format avec Dilma Rousseff, la Présidente déchue du Brésil (quitte à se fâcher longuement avec ses actuels dirigeants), ou bien avec un émissaire des Farc, à même de nous expliquer le mécanisme de paix engagé et contrarié en Colombie.

Il aurait été possible alors de dire, comme on l’entend souvent sur ce continent : « America latina, esta aquà » (« c’est ici »).

Faire de Biarritz non plus une simple photographie du monde latino (même avec le Brésil et la Colombie sur le cliché final) , mais d’en offrir le volcan instable, problématique dans son impolitesse diplomatique, et essentiel dans ses discours écorchés vifs.

colombia_farc_elnCette irruption du monde réel et immédiat dans la grande fête proposée à Biarritz aurait peut-être incité la chaine américaine Fox News (et son hallucination sur une France de « no go zones ») à se déplacer avec des journalistes en gilets pare-balles.

On aurait applaudi cela avec un grand sourire, et une fierté probable.


 


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