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Festival de Biarritz : « Damiana Kryygi », pour que les vivants se reposent des mauvaises morts, un peu

29 septembre 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Le documentaire d’Alejandro Fernandez Moujan était une des promesses de cette édition du festival Biarritz Amérique latine : en montrant la possibilité pour un peuple de récupérer son histoire sur un écran, un grand pas est fait, qui pourrait se voir récompensé d’un Prix ou d’une mention ce samedi à la clôture.

Damiana Kryygi s’engouffre dans les forêts du Paraguay, à la rencontre d’un peuple massacré au fil des siècles par d’absurdes cowboys blancs et autres docteurs Nimbus.

L’à-priori sur ce type de récit peut difficilement surprendre, triste aveu, nos consciences saturées. Mais voilà que l’angle change de ceux rencontrés sur le drame de ces communautés et que le personnage principal est une fillette indigène, morte depuis 114 ans : elle s’appelle Damiana et elle rentre enfin chez elle.

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L’histoire, une voix-off la raconte, est celle d’une enfant vivant dans une forêt hostile et superbe parmi les Aché, peuple indigène du Paraguay, lorsque des colons, dont quelques scientifiques, massacrent sa famille en 1896.

Elle a alors 3 ans et devient l’objet d’études sur les « races » (le mot n’a plus aucune teneur scientifique depuis qu’il est prouvé qu’il n’y a qu’une seule race, du canard landais au guerrier Massaï).

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Damiana mourra à 14 ans d’une pneumonie, mais avant cela, elle sera un objet d’études, prise en photo nue, étudiée comme un « élément de la forêt, non humain » puis utilisée comme domestique.

Elle laisse de son calvaire ses ossements ou, plus cynique, quelques photos prises par les anthropologues. Ces clichés nous font découvrir avant tout un regard, sa tristesse détachée, sa liberté, nécessaire face à la cruauté qui prend la photo.

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Le film est né lorsque le réalisateur eut la possibilité d’assister à la restitution des restes de Damiana à son peuple (il reste 2.000 Aché à ce jour), plus de cent ans plus tard.

Le squelette de son corps, puis son crâne sont récupérés dans les vitrines des musées en Argentine et en Allemagne, et transportés pour être enterrés « dignement » – le mot sonne quand-même un peu creux – dans sa terre.

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Les Aché touchent du cœur les ossements devant eux comme s’il s’agissait des corps de toutes les âmes perdues. Ils versent des larmes dont la pudeur égale la tristesse tandis que quelques hommes au pouvoir se grattent de culpabilité et emploient le mot charité pour faire passer la démangeaison.

On regarde tout ça sur grand écran, à milles réalités de l’histoire, comme un cri devenu désuet et qui ne sais plus comment atteindre nos forteresses hurlantes.

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Il n’y a pas de contestation, juste des faits. Pas de tribune pour les indigènes, juste des silences. Pas d’avenir non plus, à peine un présent. L’histoire est celle d’une enfant morte et des ombres derrière elle, celles des autres corps d’indigènes restés dans les musées. Et voilà.

Le film, au rythme lent, presque immobile, puise sa beauté dans le regard lointain de Damiana qui n’a intéressé de son vivant le cœur de personne : il la puise dans la terre sauvage caressée par les mains des indigènes après l’enterrement.

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Le réalisateur argentin (responsable de la section Cinéma de la chaine télévisuelle publique en Argentine, Canal 7) semble tout du long vouloir dire à Damiana qu’il connait son existence et que, oui, il va le faire savoir.

Mais, concrètement, ce prénom de Damiana peut-il encore atteindre nos contrées ?

C’est la question à laquelle répondra – peut-être – la remise des Prix de ce samedi. Avant de diffuser le documentaire, la productrice a annoncé qu’il s’agissait d’un cri d’amour et, chacun le sait, au fond, il n’y a rien qui puisse être aussi mal entendu.

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