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Festival BD Angoulême : journal de bord d’une chroniqueuse Eklektika

3 février 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Du 29 janvier au 1er février, le Festival BD d’Angoulême a rassemblé l’actualité littéraire du genre, petite visite sur place par notre chroniqueuse Murielle Barthe.

« Quatre jours d’un Festival à faire au moins une fois dans sa vie, pour vivre des journées littéraires aux parfums d’encre et de papier et des nuits poétiques et musicales aux parfums de malt et de houblon », nous a-t-elle confié à son retour, ravie.

1/ 2015, une année exceptionnelle

Le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême vient de fermer ses portes. Pendant quatre jours, beaucoup de festivaliers (le nombre exact n’est pas encore connu, mais il était attendu 44 000 visiteurs de plus qu’en 2014 – suite aux événements tragiques de Charlie Hebdo).

Sous un temps pluvieux les deux premiers jours, puis froid, sec et ensoleillé pour le week-end, Angoulême a offert aux fans des BDs et aux amateurs une année exceptionnelle dans le choix, la variété et la qualité des dessinateurs et des animations.

L’homme du Festival fut sans conteste Jirô Taniguchi. Un des mangakas favoris des français, encore mal aimé : Taniguchi est le premier japonais primé à Angoulême avec le Prix du meilleur scénario en 2003, pour Quartier Lointain, puis le Prix du meilleur dessin, en 2005, pour Le Sommet des dieux.

Une des expositions des plus attendues du FIBD2015 était la rétrospective « L’homme qui rêve » qui lui était consacré, et qui a fait le plein.

Bill Watterson, Grand prix de la ville d’Angoulême l’année passée, dessinateur de l’affiche du Festival et célébré cette année sous la forme d’une exposition rétrospective, ne connut pas le même succès.calvinhobbes

La faute peut-être à son absence volontaire. Le reclus Watterson a arrêté de faire de la BD depuis presque 20 ans et avait confirmé qu’il ne viendrait pas.

Parce qu’il est impossible de « faire » tout le Festival et parce que les goûts et les couleurs se discutent, voici quelques moments forts, plus ou moins positifs, quelques moments privilégiés faits de rencontres, de manifestations, de dédicaces, de mini interviews avec des auteurs lus et aimés, et de remise des prix.

Vigipirate oblige, on piétinait beaucoup dans les files : prendre son mal en patience, ouvrir les sacs, lever les bras, passer au détecteur de métaux pour montrer patte blanche.

Mais l’attente en valait la peine. Les queues étaient longues et le plaisir encore plus fort quand les auteurs/dessinateurs prenaient le temps de faire une dédicace personnalisée, de dessiner un personnage et de papoter avec leurs lecteurs.angouleme-bd-3

Sur la scène du théâtre d’Angoulême, une petite imprimerie s’était installée pour imprimer en temps réel de grandes pages de BD. Une jolie idée qui a charmé les visiteurs.

2/ L’esprit Charlie, et des perspectives sombres pour la profession

angouleme-bd-4Le dimanche, la Ministre de la Culture Fleur Pellerin a prononcé un discours où elle a parlé de sécurité sociale et de son soutien inconditionnel pour les créateurs avant de s’éclipser.

Impossible de dire autre chose, après la marche des dessinateurs, scénaristes, coloristes, lettreurs, des graphistes ou encore des photographes le samedi après-midi, ainsi qu’un débrayage symbolique des dédicaces, à l’appel du syndicat des auteurs de bande dessinée (Snac BD).

Déjà vendredi, des auteurs avaient organisé les premiers Etats généraux de la BD pour «donner la parole à ceux qui ne la prennent jamais». L’objectif était de faire un point sur la situation économique des auteurs et de la filière BD.

Le bilan s’avère pessimiste :
paupérisation des auteurs BD,
une réforme des régimes retraite dont la cotisation double,
un droit d’auteur menacé par Bruxelles avec un rapport préconisant notamment le renforcement des exceptions au droit d’auteur et la réduction de la durée des droits d’auteur de 70 ans à 50 ans
et une diffusion des BDs parfois aléatoires, les nouveautés en bande dessinée peinent à trouver leur place dans les librairies,

«L’esprit Charlie» a soufflé un petit peu, à ciel ouvert, sous la forme des dizaines de unes du journal – placardées sur les panneaux électoraux – dans divers endroits de la ville jusqu’au jardin de l’Hôtel de Ville, dans la rétrospective du musée de la Bande dessinée, et avec les remises de prix spéciaux.

charlie angoulemeQuelques boutiques avaient également choisi de rendre hommage à ceux de Charlie Hebdo. Les autres boutiques, sont restées plus classiques dans leur choix de BDs exposées dans leurs vitrines.

Voisinages et cohabitations furent amusantes. Ainsi, les représentants du Pavillon de la Chine ont accepté l’invitation des auteurs de Fluide Glacial à boire des coups ensemble dans l’impasse Schlingo où le magazine fête ses quarante ans.

Impossible par contre d’assister à une des attractions majeures «Concerts dessinés» ; moment unique dans le Festival, quand un groupe de dessinateurs met en images un petit scénario muet, accompagné en direct par les musiciens d’Areski Belkacem. Hélas, il faut réserver très – trop – à l’avance.

3/ un Fauve nommé Riad Sattouf

riad 27e et 9e Art se sont rejoints avec des films, des documentaires et des courts-métrages.

On retiendra L’Enquête de Vincent Garenq d’après L’affaire des affaires de Denis Robert et Laurent Astier (éditions Dargaud) ainsi que Kingsmann, services secrets, de Matthew Vaughn, d’après The Secret Service de Dave Gibbons et Mark Millar (éditions Panini Comics).

Dans les documentaires, Bulles D’exil a été très remarqué. Il invitait dix auteurs de BD vivant en France et d’origines différentes à témoigner autour de la notion d’immigration. Des immigrés de la troisième génération comme l’Argentin Munoz à la première comme l’Algérien Halim Mahmoudi en passant par Enki Bilal et Baru parlaient avec émotion des questions d’intégration et de transmission.

L’Espace Polar SNCF était tout le temps bondé. Tant mieux si les polars en dessins ou pas, restent populaires!

Espace-Polar-bd-angoulemeDes stands Marvel aux éditions Urban, ainsi que l’exposition rendant hommage au roi des comics Jack Kirby : les amateurs de comic-books étaient gâtés.

Ceux qui préféraient la bande dessinée expérimentale se sont laissées tenter par la conférence «Le paradigme photographique dans l’œuvre de Chris Ware», par Thierry Groensteen, qui fut l’occasion de parler de Building Stories, album défiant l’imagination que l’auteur américain a créé.

JRA_CHRIS_WARE_004.jpgChris Ware, qui dessine aussi pour le journal Guardian, a reçu par ailleurs le Prix Spécial du Jury pour cet objet ovni, aussi beau dans la forme que dans le fond, et qui fut mon premier coup de cœur de l’année 2014 (à retrouver prochainement dans une nouvelle chronique Eklektika)

Riad-Sattouf-angoulemeDans les rencontres les plus populaires, Riad Sattouf était un des grands gagnants avec L’Arabe du Futur (voir article ci-dessous).

Déjà plébiscité par les lecteurs et moi-même dès sa sortie en Décembre 2014, l’album a reçu une confirmation supplémentaire et bien méritée avec la plus haute distinction du Festival d’Angoulême : le Fauve d’Or.


Le palmarès 2015 :

riadPrix de la BD alternative : Dérive urbaine
Prix du Public : Les vieux fourneaux, tome 1 de Lupano et Cauuet (Dargaud)
Fauve Polar SNCF : Petites coupures à Shioguni de Florent Chavouet (Philippe Picquier)
Prix du Patrimoine : San Mao de Zhang Leping (Fei)
Prix Révélation : Yékini de Lisa Lugrin et Clément Xavier (FLBLB)
Prix de la Série : Last Man de Bastien Vivès, Balak et Sanlaville (Casterman)
Prix Spécial du Jury : Building Stories de Chris Ware (Delcourt)
Fauve d’Or : L’Arabe du futur de Riad Sattouf (Allary)
Prix Jeunesse : Les royaumes du Nord de Clément Oubrerie et Stéphane Melchior (Gallimard)

La 43eme édition en 2016, accueillera Katsuhiro Otomo, le créateur d’Akira, nouveau Grand Prix d’Angoulême.

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