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Festival Cultures Électroniques accès)s( : « Frontières », ce mot de nos mondes qui a perdu toute innocence

14 octobre 2016 > > Soyez le premier à réagir !

État de nos démocraties, limites de nos altérités, sidération devant l’entrelacement de diverses pratiques artistiques : il y a quelque chose de vertigineux à rentrer dans l’espace d’art contemporain du Bel Ordinaire de Billère à l’occasion du festival accès)s( de l’agglomération paloise, festival de cultures électroniques concentré pour sa 16ème édition sur la thématique « Frontières et projections », jusqu’au dimanche 16 octobre 2016.

Lors de son ouverture le mercredi 12 octobre, sa directrice Pauline Chasseriaud a explicité cette volonté par une première intuition dès septembre 2015 sur l’importance de cette notion géopolitique mouvante, les événements tragiques à Paris du 13 novembre renforçant sa motivation.

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De gauche à droite : Florence de Mecquenem, directrice du Bel Ordinaire, et Pauline Chasseriaud, directrice d’accès)s(

Le vertige nait de là, à l’heure où le petit écran nous propose ses premiers débats sur la primaire aux Présidentielles de 2017, quand cette antre culturelle nous plonge dans une compréhension du monde qui éclaire, fige, stupéfie et déclare la fin espérée de nos certitudes superficielles.

Tout ce que nous avions oublié est visible ici, dans ce premier mur portant innombrables photos des data-centers éparpillés sur toute la planète, bâtiments labyrinthiques peuplés de bases de données informatiques gigantesques.

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Ce que vous avez déjà oublié y sera conservé au-delà de vos vies d’humains, votre mail y est répertorié, vos abonnements, vos préférences et le nom de vos amis dont vous, et vous seul, avez oublié le nom et l’adresse.

« L’art numérique qui se déploie ici, et dans tout le festival, porte la trace de ces connections infinies dans le verso d’un monde qui a tout numérisé pour notre sécurité, notre confort, sans jamais nous avoir demandé où devaient être situées ces frontières imposées », prit le temps d’expliquer au public le philosophe Philippe Boisnard, commissaire d’expo en compagnie de la géographe Hortense Gauthier.

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Les artistes invités ici se sont posées des questions sur ce que l’on doit accepter, « ils nous renseignent sur l’état de l’état du monde », et, en le répétant, « sur l’état de l’État du monde ».

Dans la première salle d’exposition, les indicateurs de notre temps et de notre civilisation se retrouvent effectivement bien là, quand est proposée une installation des radars de l’OTAN au-dessus de la Méditerranée.

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Coalition d’intervention en Libye chargée de scruter les bateaux de migrants en difficulté, rappel est fait ici de sa non-intervention assumée, l’activité se limitant à attendre qu’ils traversent des eaux territoriales bien précises (italiennes, de préférence) au lieu de leur venir immédiatement en aide, consacrant de fait l’existence de « bateaux-cercueils » laissés à leur destin funeste.

Dans les premiers spectateurs venus découvrir cette exposition (visible à Billère jusqu’au 10 décembre), l’un d’entre eux a clairement ressenti le vertige des attendus d’une présence protocolaire, se transformant rapidement en sidération sur un monde sans discours, et de fait sans angélisme possible.

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Maire de Jurançon et vice-Président de la commission Culture de l’agglomération paloise, Michel Bernos a pris ces frontières en uppercut, « un voyage dans ce que nous sommes, figés dans les limites de nos démocraties ».

Il exprima être venu avec ses propres frontières à lui, « culturelles », avec ce pas à franchir qui, une fois fait, lui a permis de se rapprocher de la perception de l’autre, « la culture exposée ici n’est pas là pour faire plaisir uniquement, mais sert à l’évidence à faire tomber les limites de ce que nous espérons, voulons, votons, pour l’altérité, la compréhension de l’autre, et donc pour ce que nous apprenons de nous ».

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Juge au tribunal administratif de Toulouse, il fut l’un de ceux qui resta le plus longtemps scotché devant le dyptique vidéo du socioloque et artiste italien Nicola Mai, mettant face à face le discours du migrant et les codes imposés des associations chargées de l’accueillir.

Le dialogue attendu se révèle monologue amical mais autoritaire, avant que le théâtre de la loi ne s’empare de la dramaturgie récurrente de nos temps douloureux, et n’expose les frontières internes de notre compréhension du monde, et nos refus de vivre pleinement avec l’autre.

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De salle en salle, l’exposition au Bel Ordinaire de accè)s( échappe à la trivialité, quand bien même le visage de Kim Kardashian est disséquée, ingurgité et recraché pour en dessiner des paysages montagneux aussi virtuels qu’est la vraie vie de cette personnalité médiatique dont le seul rapport au monde est celui de sa seule célébrité, et de son feed back en cash.

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Des jeux vidéos sont proposés en projection où les ennemis autour desquels évoluer pour rester en vie s’appellent Facebook, Twitter, ou Google ;

les représentations poétiques se sont faites nettement politiques, avec la mappemonde interactive Still processing du Français Gaëtan Gromer.

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Ici sont restituées les statistiques de mortalité dans les conflits armés ayant cours actuellement à travers le monde, traduites en sons, de plus en plus stridents en fonction de leurs importances, paradoxe d’un vacarme engendré de pays sur lesquels aucune information ou presque ne fait  le moindre bruit habituellement.

Le festival se déploie dans toute l’agglomération, cela n’a rien d’innocent non plus de penser un événement culturel en termes de connections avec tous les acteurs culturels, du Bel Ordinaire à la salle de la musiques amplifiées de l’Ampli ;

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du cinéma Le Méliès (qui passera dimanche les 6 heures du film-fleuve Homeland : Irak année zéro, en présence d’un photographe de guerre connaissant ce territoire) au volcan de la Centrifugeuse, qui accueillera samedi soir le duo Rebotini-Zanési pour un déferlement de décibels électroniques et de projections d’images mentales dont il ne faut rien dire, par avance.

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Ceux qui produiront le pas nécessaire pour entre dans ces lieux, dans ces temps forts, courent le risque de se perdre dans des univers interconnectés, entre virtuel inaccessible et hyper-réalité inattendue.

Dans ce risque réside une chance, celle de ressentir combien « Frontières », ce mot de nos mondes actuels et à venir, a perdu toute innocence.

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affiche-festival-acces-2016Tous les renseignements sur le site du Festival accès)s(


 


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