Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

Les Jours Heureux, à Anglet : il suffisait de se laisser embarquer

12 mai 2015 > > 2 commentaires

Toute l’équipe d’Eklektika (ou presque) s’est retrouvée plongée avec plaisir dans le festival des Jours Heureux d’Anglet, le week-end dernier, où chacun a pu reprendre son rôle de Peter Pan dans un univers attachant et pour de vrai.

Un jour heureux, qu’est-ce que cela pouvait être, durant le dernier week-end ? Une définition nous a été proposée samedi et dimanche au domaine de Baroja à Anglet, entre un stand à sucettes multicolores et une calèche conduite par d’étranges trolls.

jours-heureux-anglet-8

Les Jours Heureux. Pourquoi pas donc prendre au pied de la lettre le principe d’une journée entière plongée dans le monde imaginaire de l’enfance, où on se baignerait de sourires des pieds à la tête ? A quatre mains pour le texte (Murielle et Kattalin) et trois appareils photos, Eklektika a testé pour vous.

Ça commencé comme ça

A l’ombre d’un arbre, avec la compagnie Agora Theater… Et un Cornélius, étrange monsieur qui suce des sachets de thé quand il n’a pas une clope ou une bouteille à la main.

Illustrant son histoire fermière par de petits accessoires genre cheval de Barbie, ce bonhomme peu causant se fait l’ami des plus petits qui, loin d’être effrayés par son apparence bougre, tissent avec lui un moment de contes et de tendresse.

Un premier coup de cœur.

Dans le coin pigeonnier, caché derrière un gros arbre, l’homme seul, en caleçon long et marcel, des journaux et une ficelle comme chaussures, se réveille. De ce Cornélius, on devine qu’il est de passage. Avec, pour seul bagage, une poussette, rafistolée en cuisine-garde-manger- salon-scène de théâtre-garage.

Il prend son thé en silence, gobe un œuf dur, lit le journal. La toilette est sommaire, mais il prend soin de se raser. Et il commence à parler, peut-être revigoré par la rasade d’alcool qu’il a versé dans son mug. Il commence à raconter sa vie à ceux qui veulent bien l’écouter.

Aujourd’hui ce sont des enfants et leurs parents, assis sur des bancs d’école. L’un d’eux tient le miroir afin que Cornélius fasse les choses bien.

Et il nous raconte son histoire. L’histoire d’une vie unique et universelle.

Celle d’un enfant, puis d’un homme, héritier de la ferme familiale, qui tombe amoureux, a des enfants, travaille trop. Puis sa femme le quitte, fatiguée des tâches ingrates des femmes de fermiers. Cornélius est malheureux, s’endette et perd.

Et malgré tout, on rit. Les enfants rient.

Parce que Cornélius a le don de trouver des pépites de bonheur pour faire oublier le tragique. Les animaux de la ferme, les bruitages, la valse qu’il joue à l’accordéon, Goethe et les prénoms de ses enfants.

Les enfants écoutent, répondent, partagent et partent avec l’idée que le bonheur est partout, et qu’il peut même se trouver dans la voix d’un homme à l’accent du nord, du coté de la Belgique et de l’Allemagne.

Les adultes savent que c’est plus compliqué et ils sont touchés par la voix rocailleuse d’un homme qui parle d’amour, de perte, de culpabilité, d’angoisse et de courage.

Parce que sa vie est peut-être aussi celle de ceux qui sont venus l’écouter. Et que ces vies là ne feront jamais la Une des journaux.

jours-heureux-anglet-3Nous poursuivons notre promenade, pendant que Nicolas Barrome, le parrain et créateur de l’affiche de cette année, attaque sa fresque de 6 mètres de long.

Des dinosaures géants nous devancent, accompagnés d’une horde d’enfants et d’adultes dont certains croient voir des dromadaires.

jours-heureux-anglet-10Il faut dire que tout est voué au mirage dans ce parc parsemé de cabanes et de petits stands roses, « des cafés à l’anglaise ! », et en effet, de la décoration bonbons aux brownies, thés, glaces, sucettes qui y sont proposés, on se retrouve propulsé dans un univers digne de Charlie et la chocolaterie.

Plus loin, dans une piscine en plastique, de talentueux musiciens en combinaisons de surf Les Aquacoustiques jouent avec de drôles d’instruments des rythmes brésiliens brulants, un « concert’eau en dos nageur ».

jours-heureux-anglet-15Ça tombe bien, le soleil est à son comble en ce début d’après-midi.

On sauterait bien dans la piscine, fantasme rapidement rafraichi par les éclats d’eau distribués généreusement par les barboteurs.

Au milieu du parc, de hautes branches de bambou sont disposées, bientôt rejointes par deux comédiens, acrobates, danseurs et une musicienne.

jours-heureux-anglet-7Technique et poétique, la performance voit ces branches se dresser à hauteur des arbres. Les acteurs évoluent dans les airs, il s’agit de deux marins, et cette construction « en live » est un bateau imaginaire.

Cap vers le large ! crie, haut perchée, la comédienne sur son majestueux navire, bercé par des musiques du monde, de l’Orient au pays des sirènes. La compagnie Tête allant vers porte bien son nom. Tout le monde fixe le ciel comme s’il s’agissait de l’océan.

jours-heureux-anglet-11Nicolas s’échine, sans grimacer, et nous revoilà parties en promenade jusqu’à… la rencontre du troisième type, ou l’entrée au pays du Magicien d’Oz. Des extra-terrestres de trois mètres avancent doucement mais surement vers nous.

Vêtus de costumes en caoutchouc, les Cosmopodes de la compagnie Les Géants ont un regard curieux, fixe, et s’affranchissent des distances sociales convenues.

jours-heureux-anglet-4Nous voilà prisonnières des pattes immenses de ses créatures et on ne peut s’empêcher d’être impressionnées par leur silence et leur présence intrusive.

Ils nous laissent reprendre notre route et s’en vont piéger d’autres passants.

Une marchande de fleur avec un soleil en peluche qui parle et un guitariste farfelu garent leur roulotte pour conter des histoires botaniques entre deux clowneries : la compagnie Laviefil.

jours-heureux-anglet-5Au loin, des enfants se font maquiller dans une tente. Derrière un arbre, un autre spectacle se déroule, un certain : « Vu » de la compagnie Sacekripa que nous n’avons pas le temps d’aller voir mais qui nous laisse envieuses, tant les gens semblent convaincus.

Il est l’heure pour nous d’entrer dans le chapiteau pour découvrir la pépite d’or de notre journée, Caché dans son buisson de lavande, Cyrano sentait bon la lessive, par la compagnie Hecho en casa.

Cyrano de Bergerac revu à la japonaise, se saisissant de tout ce que le théâtre asiatique a de plus délicat, c’est un exploit. Trois comédiennes virevoltantes content et jouent à elles seules quatre personnages du célèbre drame. L’humour du jeu n’enlève rien à la profondeur du texte.

L’éloquence de Cyrano se mêle à la poésie de l’image. Costumes, chorégraphies, décors, scénographie, jonglent entre onirisme et réalité minimaliste.C’est un ballet franco-nippon qui se danse, se joue, se rit, se chuchote, se crie. Les comédiennes sont étonnantes de talent et de fraicheur.

C’est beau, émouvant et drôle. La mise en scène est ingénieuse, subtile. Elle ne laisse pas un moment de répit tout en laissant respirer chaque parole. Elle peint des tableaux asiatiques vivants dont l’élégance et la poésie restent en mémoire, bien après le spectacle.

Et c’est une ovation méritée que les spectateurs font aux trois demoiselles. Chacun repart enchanté, dans le sens le plus littéraire du terme.

jours-heureux-anglet-9La visite s’achève, et la certitude gagne. Aller au festival des Jours Heureux, c’est voir du rêve, écouter des musiques du monde, ouvrir son esprit et savourer de l’humour intelligent grâce à une sélection pertinente de spectacles.

C’est aussi, et surtout, entrer dans un univers d’émerveillement et d’imagination. Sauf que cette fois, ce sont des grands qui jouent, pour les enfants, certes, mais aussi pour ceux qui ont grandi.

Entre mômes et artistes, il n’y avait qu’un pas. Petit, on a tous un peu été Peter Pan, « et si on disait qu’on était des marins sur un bateau dans les branches ? ».

jours-heureux-anglet-17Alors les Jours Heureux, c’est ça. Sauf que le bateau de branches, il existe pour de vrai.

Nicolas a fini sa fresque, aussi colorée que nous l’attendions. Il est reparti sur Paris, espoir et promesses faites de le revoir l’an prochain pour une expo qui lui serait consacrée.

jours-heureux-anglet-14


Commentaires

2 réponses à Les Jours Heureux, à Anglet : il suffisait de se laisser embarquer

  1. Jean-Marie Broucaret dit :

    Un petit coup de chapeau en passant à Jérôme Potiès, créateur des « Jours heureux ».
    Et on se réjouit que ses successeurs aient eu le bon sens de prendre le relais…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.