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Festival « Merci la vie ! » de Biarritz : le plein d’émotions, et les promesses d’une seconde édition

10 février 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Le premier festival musicalo-théâtro-littéraire « Merci la vie ! »de Biarritz vient tout juste de se terminer, que sont parvenus des mots qui font du bien, et qui anticipent déjà d’une seconde édition portée par l’association « Les petits plaisirs ».

Tout d’abord ceux de Kattalin Dalat, sur place pour notre portail culturel, qui est ressortie de Réparer les vivants d’Emmanuel Noblet avec une émotion palpable.

Si le mot « merci » ne peut pas trouver d’existence entre donneurs et receveurs d’organes, qu’il nous soit permis ici de remercier ce grand comédien et l’association « Les petits plaisirs » pour cette puissante programmation.

Malgré la fatigue et la décompression naturelle et nécessaire, la femme de coeur du projet, Cathie Simon Loudette, nous a confié également quelques mots, heureux et rassurés.

Plus de 600 spectateurs pour cette 1ère édition. Tous enthousiastes. Ces moments sont précieux, car ils prouvent que les belles rencontres existent.

On partage donc cela, avec ce Et puis à préparer la 2ème édition du Festival également lu, qui nous y invite.


Réparer les vivants : un théâtre à cœur ouvert

[Kattalin Dalat]

merci-la-vie-noblet-uneC’est une pulsation haletante que proposait de suivre la première et belle édition du festival Les petits plaisirs » ce week-end du 6 et 7 février.

Réparer les vivants est l’histoire d’une transplantation cardiaque, roman écrit par Maylis de Kerengal, adaptée au théâtre par Emmnanuel Noblet (coup de cœur au festival d’Avignon). Trois représentations à Biarritz, trois salles pleines et une heure trente de texte précis, incisif comme un instrument de chirurgie, se cousent à une poésie épidermique, « entre joie qui dilate et tristesse qui resserre ».

C’est en janvier 2014 qu’Emmanuel Noblet décide de mettre en scène le roman nerveux de Maylis de Kerangal, celle-ci étonnée de prime abord que son livre puisse devenir un spectacle. « Le corps de l’acteur devient le lieu d’une performance physique, voire athlétique reconduisant la « performance » physique de la transplantation », explique-t-elle.

merci-la-vie-noblet-2Pour Emmanuel Noblet, un évènement va participer douloureusement à sa compréhension du texte. Le jour de la première lecture à la Maison de la Poésie, il apprend qu’un ami à lui, Thierry Vareille, technicien chargé de la lumière, vient d’avoir un accident et se trouve en état de mort encéphalique. Thomas est donneur d’organes. Le spectacle lui est aujourd’hui dédié.

C’est ainsi que seul en scène, Emmanuel Noblet raconte l’histoire du cœur de Simon Limbres, un jeune surfeur de dix-neuf en état de mort cérébrale.

L’organe, au-delà de sa définition physique, révèle ce qui le relie aux affects et aux symboles de vie. « Le cœur qui boit, bondit, vomit, grossit… La boite noire d’un corps de vingt ans». Par le fil tendu d’un encéphalogramme, il nous est permis de suivre les personnages, les « vivants » et l’impact, à la minute près, de la mort de Simon sur leurs existences, du corps médical aux parents.

merci-la-vie-biarritz-5Un jeu comme une course contre la montre, un genou dans la mort et l’autre dans le renouvellement de la vie, entre génie médical et fatalité charnelle, damnation et espoir. Mais aussi, un plaidoyer pour le don d’organes dont est racontée chaque étape, sur vingt-quatre heures.

Le comédien joue le rôle de Simon Limbres, fougueux adolescent, sur sa planche de surf. Il nous en insuffle la vie les premières minutes de la pièce, comme le plein d’air dans les poumons. Simon, on le connaît tous. Et il en faudra (de l’air) en soi pour dompter les battements de son propre cœur durant la pièce.

Le comédien devient ensuite narrateur, un regard proche et distant qui peut voir l’accident de voiture mortel auquel un groupe de jeunes, dont Simon, ne reviendront pas.

Il devient alors Thomas, le médecin dévoué qui sera « en charge » des organes de Simon durant tout le parcours. Il est aussi l’ombre de Juliette, la petite amie de Simon, ou encore des parents qui doivent décider du devenir du corps de leur fils.

merci-la-vie-biarritz-4Emmanuel Noblet joue cet effet papillon pendant une heure trente, sans relâche, y compris dans le silence le plus nécessaire. Ce sont alors des voix off qui donnent la parole aux personnages. Emmanuel Noblet leur donne une silhouette, « juste ». Les intensités des vérités parcourues sont parfois teintées de musique, celle, grave et sereine, de Miles Davis, celle, assoiffée, de Purcell, ou celle, qui rend belle la résignation, d’Alain Baschung.

Il ne s’agit pas d’un one man show dans ce qu’on y lit de bruyant et mégalo, mais bien d’un conte cruel de tous les jours, narré physiquement et spirituellement par un comédien qui en a saisi le nerf vital et la poésie.

merci-la-vie-biarritz-3Le risque était grand mais la pièce ne s’épanche pas sur la douleur, elle la contient, irrémédiablement. Sur un fil, elle évite le pathétique d’une mort insoutenable, légèreté et gravité sont indissociables, les discours médicaux en guise de parois. Elle ne sombre pas non plus dans un pur discours médical, même si les actes chirurgicaux sont expliqués. Le texte traite avec la même précision, les réalités d’une transplantation et celles des humains qui la vivent. Chaque greffe a une histoire et ses héros de l’ombre.

Ainsi, toutes les présences forment une boucle humaine, signifiant le renouvellement de la vie, de prime abord inacceptable. On parle de deuil, de traumatisme, de « membrane qui sépare les heureux des damnés ». Puis il y a la force donnée par ce « pas mort pour rien » et celle du cœur de Simon, greffé, à la scène finale. Le cœur « reprend sa place initiale ». Le corps médical est salué, sobrement.

De la voix d’Emmnanuel Noblet dévale un récit captivant.

merci-la-vie-biarritz-2Le silence des spectateurs, suspendus à ses lèvres, partage quelques sourires, retient son émotion. L’écoute est gagnée. Et le combat pour le don d’organes aura surement un peu avancé sur le terrain de l’évidence, la pièce nous rappelant qu’un tiers des entretiens pour un don d’organes se solde par un refus.

Cette pièce emploie des techniques rappelant les pièces radiophoniques (voix off, musique amplifiante, sons de machines médicales, battements de cœur) et on l’imagine très bien diffusées sur les ondes, malgré que l’énergie physique dépensée sur scène par Emmanuel Noblet participe pleinement à la puissance narrative du récit.

La tirade de Tchekhov, reprise dans le titre du livre de Maylis de Kerengal, murmure ce que peut-être l’espoir dans un monde mourant: « Il faut enterrer les morts et réparer les vivants ».

Lorsque la pièce se termine, Emmanuel Noblet reste immobile, droit de dignité, quelques instants, sur la scène redevenue sombre.

reparer_les_vivantsUn silence profond précède les applaudissements et l’admiration de quelques spectateurs debout. « J’ai fait l’amour, j’ai fait le mort », chante Baschung.

Et ce sont bien ces mots-là que l’immense comédien accroche à nos consciences en une heure trente. Si le mot « merci » ne peut pas trouver d’existence entre donneurs et receveurs d’organes, qu’il nous soit permis ici de remercier ce grand comédien et l’association Les petits plaisirs pour cette puissante programmation.


« C’était quoi le risque ? De réussir ? »

[Cathie Simon Loudette]

merci-la-vie-biarritz-1Attention au « Festival Blues » après 2 mois de travail acharné 7/7j non stop pour organiser, communiquer, convaincre.

Avancer même quand le découragement est là. S’apercevoir que les soutiens ne sont pas ceux que l’on attendait mais que ceux là sont sincères et profonds. Avoir le sentiment d’un devoir accompli, de la matérialisation d’une idée germée il y a plus d’un an, l’émotion du partage puissance 1000, des larmes, des rires, de la sérénité, de la solidarité, du talent.

La concordance de marques de confiance et de la parole donnée quand d’autres nous abandonnent. S’apercevoir que les histoires sont liées. Redonner foi en la nature humaine. Prouver qu’il est possible de tisser des liens, d’ouvrir nos esprits et nos coeurs, d’être ensemble, de s’aimer pour un moment ou pour toujours, d’accomplir de belles choses et les partager.

Tenter d’avoir le sens du détail et le souci des autres.

En 4 jours, nous, Les petits plaisirs, avons distillé du beau et du bien dans le coeur et la tête de tous les spectateurs.

Plus de 600 spectateurs pour cette 1ère édition. Tous enthousiastes.

Ces moments sont précieux, car ils prouvent que les belles rencontres existent, et que, quand elles sont porteuses de sens et d’excellence, l’émotion est au rendez-vous. Ils donnent envie de continuer à jouer aux alchimistes, ce que nous avons été durant 4 jours.

Ce soir vers minuit, nous avons été fiers et heureux de tous les petits détails avec lesquels nous avons construit ces 4 jours : les jolis billets, l’accueil, les carnets, les boites Les Petits Plaisirs, LA boite Réparer les vivants.

Tout ne fut pas parfait et notre marge de progression est énorme.

Maintenant il nous reste à rembourser le prêt, à continuer à mettre en place nos actions habituelles et régulières (visite d’expos, travail en lien avec la littérature, ateliers intergénérationnel autour du fil,…).

Et puis à préparer la 2ème édition du Festival. Peut être plus sereinement mais tout aussi passionnément et généreusement.

On s’appelle Les Petits Plaisirs tout de même !


 


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