Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

Concevoir une affiche, ce n’est pas du cinéma : à Bayonne, un coup de gueule contre le travail gratuit des graphistes

6 février 2017 > > 2 commentaires

La mode des concours d’affiches déclenche la colère des graphistes qui y voient une des causes de la précarisation de leur métier : parmi les professionnels luttant contre ce genre de pratiques, en particulier celle liée à la Fête du Cinéma 2017, Guénolé Le Gal, graphiste et photographe à Bayonne, est en première ligne.

En organisant un concours pour réaliser l’affiche de la Fête du cinéma 2017, la Fédération Nationale des Cinémas Français (FNCF) s’est attiré les foudres des professionnels. Lancée le 6 janvier dernier, cette compétition, dont le résultat sera connu le 10 février, promet 5.000 euros au vainqueur, un an de cinéma gratuit aux 9 finalistes et … rien pour les autres.

Guénolé Le Gal, graphiste bayonnais, fait partie de ceux qui dénoncent cette « fête du travail gratuit ».

« Organiser une compétition ouverte à tous, permet aux organisateurs de gagner du temps et de l’argent, mais précarise la profession. Répondre à ces consultations implique d’offrir gratuitement ses compétences, son savoir-faire et sa capacité de travail, et à céder ses droits d’auteur en cas de victoire », explique-t-il.

« 520 affiches validées et diffusées sur leur site en cette veille de fin de concours : 520 idées trouvées, 520 concepts mis en œuvre, 520 projets aboutis, 520 visuels fournis clé en main, techniquement exploitables », indique la page Facebook « La Fête du travail gratuit » (plus de 3.000 abonnés en quelques jours) exprimant le ras-le-bol des graphistes professionnels.

Car concevoir des affiches est un métier à part entière, qui demande des compétences, et mérite un salaire : la riposte ne s’est donc pas faite tendre, ou elliptique.

« Concours : vous êtes créatif et passionné de mariage ? J’ai une mission pour vous, confectionner ma robe de mariée». « Concours : vous êtes bricoleur et passionné de chauffage ? J’ai une mission pour vous, réparer nos chaudières ».

Des parodies comme celles-ci, il y en a plusieurs sur la page de « La Fête du Travail Gratuit », groupe Facebook dénonçant le concours de l’affiche de la Fête du cinéma. De bons mots qui font rire… jaune, et permettent de mettre en perspective les enjeux derrière une initiative, qui aurait pu sembler anodine.

Source : Fête du Travail gratuit (Facebook)

« On présente les travaux comme quelque chose qui va faire le buzz, non comme des créations qui répondent à un cahier des charges précis. C’est une course à la popularité, et la quantité prime sur la qualité. Le «concurrent» aura en effet plutôt tendance à lisser son travail de manière à plaire au plus grand nombre. Il s’agit avant tout de faire parler, et de glaner des « j’aime » sur les réseaux sociaux », ajoute-t-il encore.

Au final plus d’un millier d’affiches sont visibles sur la page du concours, qui a été maintenu malgré une pétition en ligne « Paye ton affiche » de plus de 3.500 signatures réclamant son retrait.

Un millier de visuels gratuits et dix fois plus de « like », clics et partages : une campagne marketing à moindre frais, dont le bénéfice direct est pour le commanditaire de la FNCF, et qui pourrait laisser croire que faire une affiche est à la portée de tous. Une équation où figure une inconnue : le nombre d’heures de labeur nécessaires à tous les participants, pour en arriver là.

En soi, l’idée n’est pas nouvelle. Cela s’appelle du crowdsourcing, une pratique d’ubérisation qui consiste à  faire appel au grand public pour réaliser certaines tâches, qui incombent traditionnellement à des professionnels. Un phénomène qui touche aussi les photographes, voire les journalistes.

« Au niveau local, les commanditaires se servent moins de jeux concours, mais l’appel au travail gratuit est utilisé dans certains appels d’offre publics », précise Guénolé le Gal.

« Parfois, on fait des propositions sans être rémunéré, et dans beaucoup de cas, ce sont les clients qui fixent les tarifs. C’est comme si vous alliez voir un maçon pour construire une maison de deux étages, en lui disant : « le budget c’est 30.000 euros si vous ne voulez pas travailler, ce n’est pas grave, il y en a d’autres ».

« Il ne s’agit pas de blâmer ceux qui participent, mais de faire comprendre à tous ce qui se cache derrière ces événements », ajoute le Bayonnais.

Divers projets de Guénolé Le Gal.

La Fête du Cinéma n’est pas seule dans la ligne de mire. L’Alliance Française des Designers (AFD) dénonce aussi le concours organisé pour la création du logo de la région Occitanie, ou encore celui des Hauts-de-France.

Autant d’initiatives, qui sous le prétexte de la convivialité, laissent sur le carreau un trop grand nombre de professionnels, supplantés par des amateurs qui ne réalisent pas ce qui se joue vraiment au niveau de la précarisation du métier.

Source : page Facebook de la Compagnie Place des Arts (cliquer pour s’y rendre)


La FNCF explique sa démarche « assez naïve »

Dans un entretien donné le 18 janvier dernier à Télérama, ses promoteurs à la FNCF expliquent avoir agi » assez naïvement », en voulant « nous ouvrir à des graphistes que nous ne connaissions pas », explique Marc-Olivier Sebbag, le délégué général de la Fédération., « nous n’avons pas du tout anticipé la réaction des graphistes, dont nous ne connaissions pas la problématique professionnelle ».

Malgré les protestations, la Fédération a décidé de poursuivre le concours, le règlement ne permettant pas, selon elle, de l’interrompre. « Mais le message est passé, et nous en tirerons les enseignements pour l’avenir », précise Marc-Olivier Sebbag.


Quid du concours de l’affiche des Fêtes de Bayonne ?

Résultat du concours 2015 de l’affiche des Fêtes de Bayonne

Le concours de l’affiche des Fêtes de Bayonne a longtemps été sur la liste noire créé par l’Alliance Française des Designers (AFD). Avec le changement des règles il y a trois ans, et une rétribution des 5 participants finalistes, l’événement est à nouveau reconnu par la profession.

Dix auteurs sont pré-sélectionnés, puis proposés à la commission extra-municipale des Fêtes de Bayonne, qui retient 5 finalistes sur leurs books.

Le lauréat est rémunéré 4.000 euros (cession des droits compris), les quatre autres créateurs étant indemnisés à hauteur de 500 euros pour leur investissement dans le projet.


 


Commentaires

2 réponses à Concevoir une affiche, ce n’est pas du cinéma : à Bayonne, un coup de gueule contre le travail gratuit des graphistes

  1. Théo dit :

    « SI, chacune des 500 personnes qui lit cette page aujourd’hui donne 5€ par mois, Eklektika pourra continuer d’exister en 2017 »
    Vu le contenu de l’article avec son point de vue tout sauf objectif, comment dire ……. NON MERCI 😉

    • Merci beaucoup pour votre commentaire, Thibaud, qui me permet, par rapport à cet article dont je mesure pourtant une objectivité qui ne vous convainc pas, combien est grande la distance entre le refus de plaire à tout le monde et la possibilité de déplaire à certains. Sans aucune obligation de réduire cette distance, par ailleurs.

      Bien à vous,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *