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‘Fonds perdus’, Thomas Pynchon : New-York, anarchie et internet

25 juin 2015 > > 3 commentaires

Si vos passions sont la poésie médiévale, internet et le sexe, alors vous aimerez le dernier Thomas Pynchon. Deux sujets sur trois, c’est déjà pas mal.

Mais si les théories du complot vous passent au dessus de la tête, vous aimerez moins Fonds Perdus.

La quatrième de couverture :

fonds-perdusNew York, début des années 2000, entre l’éclatement spectaculaire de la bulle Internet et l’effondrement des tours jumelles. Maxine, jeune mère new-yorkaise à la vie amoureuse mouvementée, est une inspectrice des fraudes qui a perdu sa licence officielle pour avoir trop bien conseillé un client véreux.

La voilà embarquée malgré elle dans une aventure haletante et dangereuse : comment se fait-il que la start-up du très louche Gabriel Ice n’ait pas bu le bouillon quand le marché du Net s’est brutalement dégonflé quelques mois auparavant?

Avant même de vous parler de ce livre complexe, au centaine de personnages, aux histoires qui se croisent, s’entrecroisent et s’encastrent, il faut souligner le travail incroyable du traducteur français Nicolas Richard tant Pynchon est un auteur compliqué, qui aime les mots tarabiscotés et la subtilité du second degré et double sens.

Peu de romanciers divisent l’opinion comme Thomas Pynchon Ruggles Jr. Il est un des auteurs vivants américains les plus loués, et le plus étudié. Son roman Gravity a été comparé à Ulysse ou Moby Dick. Il est une sorte de légende excitante parce que « reclus » (il ne parle pas aux journalistes et ne fait pas de photos).

Il est l’auteur dont le travail a ouvert les yeux du jeune David Foster Wallace (lisez-le!) et il a même fait des apparitions dans Les Simpsons, avec un sac en papier sur la tête…

pynchon-the-simpsonsNew-York en 2001. Sujet tentant, fascinant et casse gueule pour n’importe quel auteur. Mais Thomas Pynchon et ses 80 ans ont toujours l’œil, l’oreille et la main alertes pour en faire une fresque épique, mélange de polar, de thriller et de réflexion philosophique quasi métaphysique.

Je ne vais pas vous raconter l’histoire en plus de détails que la quatrième de couv’ parce que c’est impossible. Je vais simplement ajouter que Maxine va rentrer dans le monde des nerds, des geeks et des hackers, des cybervoyous et des âmes perdues, un monde parallèle qui tient de l’occulte et de l’anarchisme, un monde où les « script-kiddies » portent des t-shirts où il est inscrit « <P> REAL GEEKS USE COMMAND PROMPTS </P> ».

Les passionnés savent déjà tout sur les groupes activistes, le jargon et la terminologie et Pynchon, débutant du 3e – 4e âge? – s’en sort pas mal pour décrypter ce monde parallèle.

À première vue, c’est tout bon. Ses plaisanteries – simultanément élaborées et loufoques – fusent. Il y a foison d’acronymes inventés et des jeux de mots. Il joue avec les codes du polar – détective moralement ok mais pas toujours dans la légalité, scènes de sexe torride avec la mauvaise personne – pour mieux s’en défaire et aborder avec entrain un roman passionné sur l’après 9/11.

Il sait raconter un monde réel et technologique, la vie réelle et sur le web, où tout est information et désinformation, échos des multiples existences, mélange de concret et de mythologique.

New-YorkParce que Pynchon ne change pas, Fonds Perdus combine l’humour et même le puéril, avec des thèmes graves. Il y a près de 500 pages denses qui portent un message clair sur l’orientation actuelle de l’Amérique à propos de l ‘«ordre techno-émergent» :

« Après l’attaque du 11 septembre », éditorialise March un matin, « au milieu de tout ce chaos et cette confusion, une brèche s’est discrètement ouverte dans l’histoire américaine, dilution de la responsabilité, un vide dans lequel les biens humains et financiers commencent à disparaître ».

fonds-perdus-couvCe roman postmoderne, comme beaucoup d’autres, dégénère souvent en un dessin animé brut; et le changement de ton est maladroit lorsqu’il essaie de pirater le chemin de l’ironie et du pastiche pour revenir à la gravité.

Derrière la vaste panoplie de fiction, derrière l’excès de connaissances colporté sans relâche, on lit quelque chose de moins divin : un ensemble de gémissements libéraux et urbains, par exemple sur l’ancien maire Rudy Giuliani, sur la «Disneyfication» de Times Square ou sur les hipsters colonisant Manhattan.

new-york-city«Le petit restaurant Le Pirée est en pleine redescente, avec une nouvelle fournée de hipsters rincés par une nuit de défonce, de fêtards qui n’ont pas réussi à choper, de noctambules qui ont loupé le dernier train pour rentrer en banlieue. Des réfugiés de la moitié sans soleil du cycle.»

Les fans aimeront parce qu’il est toujours égal à lui-même avec ses idées, sa politique, et ses colères. Et les autres trouveront qu’il est temps qu’il murisse un peu et qu’il dépasse une pensée politique qui semble redondante voire rabâchée.

Et de penser au terrier du lapin dans Alice au Pays des Merveilles

« Tombe, tombe, tombe! «Cette chute n’en finira donc pas !» Peut-être que cette exclamation d’Alice devrait figurer sur le texte de présentation du roman.


fonds-perdusFonds perdus, de Thomas Pynchon
Editions du Seuil, 450 pages
21 août 2014, 24 euros.


 


Commentaires

3 réponses à ‘Fonds perdus’, Thomas Pynchon : New-York, anarchie et internet

  1. Benoit dit :

    Un livre bien mais ardu. Ton résumé est excellent mais il aurait pu être encore plus long parce que c’est une histore longue. C’est un bon Pynchon, parfait pour la lecture sur une chaise longue mais à l’ombre!

  2. Laurent dit :

    Pynchon est spécial. On aime ou on n’aime pas. Perso, je n’aime pas mais il fait partie des auteurs qu’il faut lire au moins une fois dans sa vie.

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