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Les frères Larrieu, « sans l’authenticité et le charme de leurs premiers films »

27 janvier 2014 > > Soyez le premier à réagir !

Après une première contribution critique signée Michèle Solle pour Eklektika au sujet du nouveau film des frères Larrieu, L’Amour est un crime parfait, voici une autre voix, discordante mais tout aussi construite, venue d’Isabelle Rossignol, bien moins convaincue : pour votre propre avis, le film est encore programmé dans les deux principaux cinémas art et essai du Pays Basque, le Royal de Biarritz et l’Atalante de Bayonne.

Bonne lecture…

Filmer l’amour relève d’une gageure dans le fond. C’est un peu comme en parler ou l’écrire. L’amour ne se vit qu’en creux, qu’en mode mineur, nimbé de silence, de troubles. La beauté puis l’émotion qu’il dégage ne se mesurent qu’au travers de ces instants saisis dans la pudeur d’un regard qui ne se pose pas vraiment, d’une main qui se tord, d’un détail échappé du monde conscient. Les intermittences du coeur, le dépit et son cortège de douleurs tout comme la naissance d’un rose aux joues, s’abandonnent au creux d’une porte, à la dérobée.

larrieu amour crime parfaitOn repense alors au baiser volé des tableaux de Fragonard, à l’humanité exquise de Dorante, dans le jeu de l’amour et du hasard, qui, masque tombé, avoue à Sylvia encore déguisée en servante, qu’il l’aime malgré tout : huis clos d’audace et de justesse, de pudeur et d’abandon mêlés dans lequel les mots sonnent justes parce qu’ils révèlent plus qu’ils ne disent…

Bardot nue, abandonnée sur les draps froissés cherche à faire dire à Piccoli qu’elle est « belle », le vocabulaire qui rassure, qui charme sans voir qu’il la regarde et que cela suffirait… Mépris souverain de Godard : le thème de Camille la surprend dans la fadeur d’un discours rebattu et l’emporte dans la poésie de la féminité , de l’intime… L’amour ne bavarde pas, ni ne s’étale à la face du monde.

larrieu amour crime parfaitIl manque aux Frères Larrieu ce sens de l’intime, de la retenue et pourtant tout y était : Podalydes, Amalric, Viard, les stars montantes, Sarah Forestier, magistrale Suzanne par ailleurs, et Maïwen…

C’est peut-être ce qui dérange d’emblée, un casting peut être trop parfait, lisse : Amalric, on va encore en être amoureuses…Oui, forcément puisqu’il nous joue le prof de littérature, mélancolique , partagé entre les amours incestueuses avec sa soeur, Karin Viard, sulfureuse bibliothécaire de l’Université qui rend fou son doyen, Podalydès, et ses jeunes étudiantes. Amalric ne veut pas grandir et rêve de paysages, d’écriture ouverte sur le mode sensible. Il séduit ses étudiantes, qui sont toutes jolies, en bas noirs de préférence quand il les met dans son lit.
larrieu amour crime parfaitLes Larrieu ont quitté les Pyrénées pour les Alpes, mais depuis le très réussi Un homme, un vrai, ils peinent à retrouver l’authenticité et le charme qui entouraient leurs premiers films. On parle bien, une langue châtiée, des mots choisis, entre gens de la bonne société entre deux dîners au grand air : seule la fille du gansgter local, la petite Sarah, tranche. Son verbe est plus cru, son désir de coucher avec le grand maître aussi. Mais il manque l’intrigue, l’écriture : tout est convenu, cliché.

On hésite entre Marc Lévy et un mauvais polar : on découvre qu’Amalric a des absences, qu’il erre la nuit mais on ne sait pas pourquoi il aurait tué l’une de ses meilleures étudiantes dont il découvre les cahiers, plus tard.

larrieu amour crime parfaitForcément, il va tomber amoureux de la jolie belle-mère, Maïwenn – Anna, qui pleure beaucoup parce qu’elle est soi-disant mal mariée, sans comprendre qu’il tombe peu à peu dans un piège. Le chalet en bois est joli, la montagne aussi. Et forcément avec Anna, c’est impossible …

Tout se devine, très vite comme ce titre ,qui sonne « proverbe » et qui apparaîtra à la fin de l’histoire, bien sûr. Un titre fade qui aurait pu scintiller au soleil de cette neige dans laquelle on s’enfonce.

Comme dans tous les mauvais films, il faut des références et elles affluent à la pelle : Breton pour l’Amour fou, Mallarmé, Mishima… Le discours amoureux se fige dans une tradition convenue et le cinéma n’échappe pas aux poncifs du genre. Et en filigrane, bien sûr, le roman de Philippe Djian, Incidences, centré, lui, avec justesse et vérité sur un portrait de l’écrivain en creux, ce que nos deux frères ont oublié.

larrieu amour crime parfaitSnobisme? Artifice? Je ne sais, tant le film glisse avec fadeur et parfois vulgarité quand Karin Viard se rase le pubis, surprise par son frère, alors qu’elle attend la venue de Podalydés. Le corps surgit, transgresse, mais quoi au juste ?

Le Romantisme demande du souffle, du lyrisme (La Leçon de piano, Eternal sunshine of the spotless mind), des courses folles dans les bois, une mélodie enlevée et spontanée. Et les bons acteurs se dirigent et se dérangent aussi : chacun dans son registre fait ce qu’il sait déjà faire et c’est aussi très ennuyeux.

On préférera de loin notre Amalric, parce que je l’adore, dans le dernier Polanski, La Vénus à la Fourrure, où, magistral, il incarne un metteur en scène tyrannique et torturé, fasciné par une actrice qui le dépasse. Et on ira voir un grand film sur le désir féminin, un opus à l’érotisme noir du marquis de Sade, Nymphomaniac de Lars Von Trier.

venus in furs, Polanskinymphomaniac


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