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Gabrielle Duplantier, face aux mystères de « Volta »

20 septembre 2014 3 commentaires
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Gabrielle Duplantier le dit sans afféterie, doucement, les yeux posés sur le portrait féminin en couverture de son nouveau livre-recueil de photos, VOLTA (Éditions Lamaindonne), qui sort ces jours-ci. « L’attirance pour ce visage reste encore mystérieux pour moi ». A peine âgée de 30 ans, elle vit à Bayonne mais également dans un monde peuplé d’ombres fugitives, de femmes et d’enfants qu’elle photographie depuis un âge presque ancien, dont les seules frontières sont artistiques. En noir et blanc, dans une esthétique au-delà du réel, tout au moins dans ce que nous en percevons de notre côté. « Pour moi, cela m’apparait comme des images nécessaires », résume-t-elle tout d’abord.

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Photos : Gabrielle Duplantier (VOLTA)

Elle a rarement donné plus d’explications que cela, et pourtant, dans l’incertitude qu’elle décrit, qu’elle ressent, elle doit se confronter à un constat. Tous ceux qui ont eu la chance d’avoir entre les mains son travail édité sur les quartiers nord de Bayonne, « Les enfants d’ici » (2012), ou celui sur les chapelles enfouies dans ce Pays basque (2009), ont compris que son nom resterait gravé comme une lueur d’étoile. L’écrivain Christian Bobin l’a écrit, et il aurait pu penser à elle en le faisant : « Son travail est d’allumer la lumière dans les palais de nos cerveaux déserts« .

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Photo de Gabrielle Duplantier (VOLTA)

Une invitation à publier ses photos dans la revue Coil  lui vaut d’attirer le regard d’un éditeur, David Fourré (Éditions Lamaindonne), qui a su voir ce qu’elle-même ne percevait pas.

« Cela peut prendre des années avant de réaliser que vos photos peuvent constituer une série. Et engager un vrai travail », donne-t-elle comme explication, avant que, d’un grand sourire, elle confie n’avoir jamais travaillé avec quelqu’un d’aussi exigeant.

Elle lui a proposé un matériau photographique très important, il a gardé 100 à 150 clichés, et alors que d’autres propositions de compositions à éditer l’avait laissée de glace, « là, il avait compris un truc ».

Elle hésite, mais elle a tellement envie de le dire : « C’est devenu notre livre ».

Cet objet dans ses mains, pesant et proche de son corps, la libère des formes plus classiques d’exposition, elle s’en réjouit. Le recueil des photos des photos devient un objet d’attention qu’elle pourrait (re)prendre en photo, elle aime cette idée que les choses puissent tourner en rond, comme une danse hypnotique et enivrante. Et son nom est marqué dessus, sans doute s’est-elle pincé plusieurs fois pour l’admettre.

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Photo de Gabrielle Duplantier (VOLTA)

L’entretien se prolonge, elle parle de son refus initial de ne laisser aucun objet dans son cadre permettant de situer la date de la prise de vue. Pas de portable, pas de voiture, « un réflexe, un peu stupide, mais aujourd’hui, je résiste à ça, j’évolue vers moins d’intemporalité ». Elle vous regarde, le prononce pour écouter l’effet de ses mots en elle, « je pense que mon écriture photographique est définitivement perceptible ».

Quand lui est posée la question d’influences nées du cinéma de l’Est, de Bela Tarr à Tarkovski, ou même des premiers Buñuel, elle secoue la tête, « non, je ne suis pas une grande cinéphile ». Son temps nourricier ancien, elle l’a trouvé dans ses études en arts plastiques et d’Histoire de l’art à Bordeaux, avant qu’elle ne laisse tomber cette voie pour se saisir définitivement d’un appareil photo.

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A gauche : photo de Gabrielle Duplantier (VOLTA)

Elle s’interrompt, rajoute « Aujourd’hui est l’autrefois de demain ».

Une jolie phrase, comme une pirouette qui lui permet de reprendre une gorgée de thé.

Elle a donné l’explication de ses photos, issues de rencontres qu’elle a faites au Portugal, dans la région de l’Alentejo qui est son deuxième jardin de petite fille, et également au Pays basque, cette terre qui la nourrit. Elle aimerait que cela suffise, mais elle perçoit un doute. Reprend un peu de thé. « Oui, c’est vrai, mes portraits sont souvent ceux d’enfants. Et de femmes brunes », le « comme moi » sera prononcé après un silence.

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A gauche : photo de Gabrielle Duplantier (VOLTA)

En effeuillant son livre, une similitude de lieux, d’expressions de visages se fait jour, qui renvoie le « comment ? » derrière la question qu’elle aimerait éviter, celle du « pourquoi ? ».

Elle n’est pas certaines d’avoir la bonne réponse. « Je ne m’explique toujours pas pourquoi, dans mes photos, il y autant de croix, de chapelles ».

Pourtant, dans la cuisine de son appartement, un dessin-poster du Christ assiste à l’entretien, « je l’ai depuis des années, il me suit partout… je ne sais pas pourquoi, je ne suis pas croyante, mais il y a quelque chose ».  Gabrielle le répète. « Des images nécessaires ». Elle rajoute, « j’aime leurs incertitudes, tout ce mystère, et puis ce silence… ».

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A droite : photo de Gabrielle Duplantier (VOLTA)

Elle laisse le temps en suspension, dans l’embrasure d’une fenêtre déjà vue dans son livre. Elle voudrait rajouter « c’est aussi simple que cela », mais sait que ces mots ne pourraient convaincre. Sans doute est-elle tout entière dans cette recherche permanente, dans son envie de fixer un visage et d’en traduire la signification exacte.

Ce qu’on voit nous révèle, dit-on, nous baptise, nous donne notre vrai nom. Une photographe comme elle ne peut y échapper. Elle est Gabrielle Duplantier, et elle est ces photos.

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A gauche : photo de Gabrielle Duplantier (VOLTA)

Alors elle prend ce vieux carnet de bord, qui ne la quitte jamais. Et réagit sur la citation de Bobin. « J’en ai notée une, moi aussi, qui me parle beaucoup ». Elle cherche, la trouve, et la cite : « Je pense que le grand art est l’art des distances : trop près on brûle, trop loin on gèle, il faut apprendre à trouver le point exact et s’y tenir ».

A gauche : photo de Gabrielle Duplantier (VOLTA)

A gauche : photo de Gabrielle Duplantier (VOLTA)

Cette vérité pressentie fait son chemin en elle comme le jet d’eau d’une fontaine jusqu’à la place d’un village, de son âme jusqu’à son appareil photo.

Une vérité comme une croyance, un mystère de plus, à même d’éteindre le feu de l’abandon qu’elle redoute, et qu’elle sait pouvoir chasser par le bruit furtif de mains qui tourneront les magnifiques pages de VOLTA.

Photo de Gabrielle Duplantier (VOLTA)

Photo de Gabrielle Duplantier (VOLTA)


livre VoltaVOLTA
format 22 x 28 cm
128 pages
95 photographies en bichromie + gardes

Prix de vente : 26 euros
Actuellement en vente à la Librairie Elkar de Bayonne

Site de l’éditeur :
http://www.lamaindonne.fr/lamaindonne/Volta.html

Site de Gabrielle Duplantier :
http://www.gabrielleduplantier.com/



Commentaires

3 réponses à Gabrielle Duplantier, face aux mystères de « Volta »

  1. […] Gabrielle Duplantier le dit sans afféterie, doucement, les yeux posés sur le portrait féminin en couverture de son nouveau livre-recueil de photos, VOLTA (Éditions Lamaindonne), qui sort ces jours-ci. « L’attirance pour ce visage reste encore mystérieux pour moi ». A peine âgée de 30 ans, elle vit à Bayonne mais également dans un monde peuplé d’ombres fugitives, de femmes et d’enfants qu’elle photographie depuis un âge presque ancien, dont les seules frontières sont artistiques. En noir et blanc, dans une esthétique au-delà du réel, tout au moins dans ce que nous en percevons de notre côté. « Pour moi, cela m’apparait comme des images nécessaires », résume-t-elle tout d’abord.  […]

  2. Sarrade dit :

    Formidable article-photo-roman ! Peut-être le plus précieux d’Eklektika à mes… yeux. Le fond dans la forme ou l’inverse… je ne sais plus. Un vrai travail d’association texte-photos sur les dualités ouvrage/portrait de l’auteur… intriguant et intelligent. Bravo ! En ce qui concerne « Volta », pour être passé à Elkar, c’est une belle proposition éditoriale et photographique en effet. Gabrielle-Gaby… une jeune photographe à suivre.

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