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Avec son « oui » à Saubrigues, Gaël Faye a offert son nom à La Mamisèle

6 juin 2017 > > Soyez le premier à réagir !

Dimanche 4 juin, l’artiste franco-rwandais a proposé un puissant concert autour de son nouvel EP « Rythmes et botaniques » : lauréat du dernier Goncourt des Lycéens pour son premier roman « Petit Pays », sa capacité à rassembler entre rap, hip hop et émotions partagées a révélé un poète complet et extrêmement généreux, que la petite salle landaise pourra longtemps s’enorgueillir d’avoir accueilli en ses murs.

Le concert a duré près de deux heures, dans un dialogue constant entre une salle bien pleine et le chanteur, jusqu’à ce « Je n’ai plus de chansons à vous offrir » souriant et presque gêné, conclu par une ultime longue salve d’applaudissements :  la venue du poète chantant Gaël Faye à la Mamisèle de Saubrigues- La Scène aux Champs (40) a marqué clairement un avant/après dans l’histoire des organisateurs et coproducteurs de Landes Musiques Amplifiées (comme ce « La claque ! » a résumé leurs sentiments sur leur page Facebook).

L’auteur compositeur et interprète de l’album Pili Pili sur un croissant au beurre (2012) et de son très récent EP 5 titres Rythmes et Botanique (avril 2017) a eu la grande classe de ne faire strictement aucune différence dans son engagement musical entre le Printemps de Bourges, qu’il a électrisé il y a un peu moins de deux mois, et cette modeste salle nichée entre ses pinèdes monotones et ses  brumeux marais d’Orx, dont il n’a eu de cesse de répéter son plaisir d’en être l’hôte, en ce dimanche soir de Pentecôte.

Deux heures durant, il a nourri ses textes puissants par l’impeccable univers sonore porté par Guillaume Poncelet (au piano et à la trompette, parfois les deux en même temps) et le solaire DJ Blanka (aux machines et aux zygomatiques).

L’existence des Petits Pays s’est rassemblée et unifiée, ce slameur au récent Goncourt (celui des Lycéens 2016, pour son premier roman) ayant proposé pour un soir d’en finir avec les amertumes, une fille et un stylo de cet enfant franco-rwandais des Grands Lacs trouvant ici le berceau pour se transformer en braises et en pétales.

Le petit grand monsieur de la scène rap hexagonale n’a laissé seuls que les tenants des cases musicales, ses sourires et la puissante empathie qu’il dégage trouvant un parfait point d’équilibre entre le faya des dragons des dancefloors et le jab du swing des émotions.

Combien sont-ils aujourd’hui à pouvoir enserrer ses peurs et ses blessures dans une telle proposition d’amour et de joie lucide, de sonner sans appel le partage de la langue comme un poing levé qui rassemble sans écarter ?

Incontestablement, Gael Faye est déjà en route vers les salles les plus prestigieuses et les plus grands superlatifs, il ne devrait plus tarder sur sa silhouette longiligne une nouvelle pluie de superlatifs, le public de la Mamisèle chavirant dans l’inévitable comparaison avec un Jacques Brel du flow.

Combien sont-ils à pouvoir nous rappeler l’abandon de la France en Afrique (et la décennie de conflits induits par sa non-intervention dans les « conflits intérieurs » marchandisée par Mitterrand depuis son Discours de La Baule en 1990), en assénant d’un regard droit :

C’est cool… C’est cool…
Ma jeunesse s’écoule…
C’est cool…
Entre un mur qui tombe et deux tours qui s’écroulent

Alors j’écris des textes comme un écho de nos vies silencieuses
Sur leur écran on est des bouts d’pixels perdus dans la foule
Et nos vies s’écoulent, coulent pendant qu’le monde s’écroule

Ce dimanche soir, l’envol proposé par ce petit grand gamin a pu ressembler à un partage de flambeaux qui ont éclairé une nuit passablement détrempée, où les étoiles de ses poèmes chantés ont transpercé des rideaux de mochetés ordinaires, ses mélopées ont fait sens et clés par son enthousiasme impressionnant.

Son roman Petit Pays s’est invité clairement dans nos désirs impérieux de retrouver ses mots, tout comme une alerte sur ses prochains concerts, avant son second album déjà annoncé pour 2018.

Un grand monsieur dans une grande petite salle : Gaël Faye, Guillaume Poncelet et DJ Blanka ont jeté leurs dernières forces dans un long moment silencieux de partage face aux applaudissements interminables d’un parfait métissage, là-bas, entre les pinèdes et les marais d’Orx.


« TV »

Auteur : Gaël Faye / Compositeur : Guillaume Poncelet
Album « Pili Pili sur un Croissant au Beurre »

« Je pars »

Auteur : Gaël Faye
Album « Pili Pili sur un Croissant au Beurre »


« Petit Pays », de Gael Faye

Prix Goncourt Lycéens 2016, entre autres distinctions prestigieuses
Paru le 24 août 2016,
Editions Grasset
224 pages, prix 18 euros

J’ai écrit ce roman pour faire surgir un monde oublié, pour dire nos instants joyeux, discrets comme des filles de bonnes familles: le parfum de citronnelle dans les rues, les promenades le soir le long des bougainvilliers, les siestes l’après-midi derrière les moustiquaires trouées, les conversations futiles, assis sur un casier de bières, les termites les jours d’orages… J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d’être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants.


 


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