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Gaël Faye, fleur sauvage de la poésie et du rap, clando entre Café de Flore et flow d’afro

2 juin 2017 > > 2 commentaires

Dimanche 4 juin 2017 à la salle Mamisèle de Saubrigues, le prodige franco-rwandais des mots scandés sera l’invité de la Scène aux Champs en compagnie du duo Kolinga, retour sur une trajectoire fulgurante sauvée par l’amour de l’écriture.

A 35 ans, le poète inclassé Gaël Faye continue d’illuminer deux mondes qu’il nourrit et réunit sans changer le regard fragile qu’il leur porte, suspendu et accroché à sa quête du mot juste.

Fils d’un père français et d’une mère rwandaise, sa trajectoire commencée depuis un jardin d’Eden burundais a dépassé l’étape douloureuse de l’exil lorsque les Grands Lac se chargent de sang et qu’il débarque en région parisienne, encore gamin, « un hiver, avec mon sac de riz », l’indifférence lui collant à la peau safran tandis que ses yeux découvrent les jungles de béton dont il ne perçoit pas les nourritures qui lui sont essentielles.

Silhouette assise dans l’obscurité des lendemains prompts à s’écrouler, il enfile le costume de rappeur à toute vapeur, ses mots touchent et font tomber les premières distinctions.

Il délaisse les géants de verre de la finance londonienne pour mieux mener à distance le seul combat qu’il savoure, « sans l’écriture, je serais, moi aussi, certainement, dépressif et inconsolable, une personne sans espoir, incapable d’aller vers l’autre ».

Autour de lui se dressent très vite d’autres ombres mélangées dans le même mouvement au bord des scènes, « ne pas se replier, vivre, sourire », il apprend en 2013 à dompter les attentes du label Motown France pour son premier album, Pili Pili sur un croissant au beurre.

Prix Charles Cros de la meilleure chanson francophone, il ne tombe dans aucun panneau du succès ni dans les conneries de l’amour torride avec la mode du moment.

Il apprend vite, Gaël Faye, ses concerts deviennent plus brûlants, plus explosifs, il s’engouffre dans l’espace d’un deuxième univers, qui lui sert l’étiquette de « prodige littéraire » comme un python serre le cou en éprouvant la solidité de ses vertèbres.

Ses détracteurs dénoncent une trop grande naïveté, il ne baisse pas son futal dans ces amertumes vagues, il refuse la dérive.

Au-delà du prestigieux Prix Goncourt des Lycéens en novembre 2016, il enfile 340.000 ventes de son premier roman Petit Pays, dans une France où 10 millions d’électeurs s’apprêtent à s’empaler sur le vote de la fiction xénophobe de Marine Le Pen.

Il continue de ne pas ressembler à ce que l’on a vu avant lui, un rappeur franco-afro plus Rimbaud que Rambo, qui revendique l’ouverture des portes et des âmes, détruit les sommeils délabrés sans tomber dans la colère plaquée or des étasuniens, « j’ai passé l’âge des pamphlets, je ne connais que l’amour, et la peur qu’il s’en aille ».

Gaël Faye ne choisit pas les mondes qu’il a investis, son écriture vaut amnistie entre Georges Clinton et Prévert, depuis ce Rwanda de sa mère d’où il a décidé de s’installer et observer à distance les morts et les oxymores.

Il a quitté les salons des compliments littéraires pour lancer en avril dernier un nouveau EP, Rythme & Botanique, préfiguration d’un second album prévu pour 2018, le garçon est devenu homme avec le même refus de s’assoir, ni dans la posture ni dans l’amnésie.

Il fixe les pièges de ce que l’on attendrait de lui, lui le môme des mangues et de la peur, il enflamme le Printemps de Bourges il y a deux mois et cherche sur son GPS ce village landais de Saubrigues pour qui il a dit  « oui », encore une fois, dont il a dû apprécier le refuge présenté de leurs envies et de leurs interrogations, à partager pour un soir.

« Le rap, la chanson, la poésie, la littérature, au fond, il s’agit juste d’écriture », il faut occuper le terrain des envies, martèle-t-il dans son nouveau titre Irruption :

Ils veulent nous assigner des places, et nous faire saigner
Les amoureux aux bancs publics n’arrêteront jamais de s’aimer
Depuis que nos checks ressemblent à des poignées de mains de Montoire
On ne laissera personne parler au nom de nos espoirs
On n’est pas des victimes, encore moins des condamnés
On arrivera de l’aube en irruption spontanée…

Le Gaël de Bujumbura va découvrir le duo franco-congolais Kolinga, world music elle aussi suspendue entre deux mondes, que les organisateurs des Landes Musiques Amplifiées et de la Scène aux Champs ont eu l’intelligence de faire éclore dans ces terres de sable.

Les Petits Pays vont s’échanger, les passeports et les encouragements vont claquer des mains, ça ne sera presque rien, ça vaudra pour un soir, mais ça va nettoyer les tympans des barbaries ordinaires et faire traits d’union.

Dimanche soir, à partir de 20h30 dans le petit chaudron de la Mamisèle, on pourra rêver que les tempêtes ne frapperont que les digues de la résignation et des larmes rentrées.

Et puis Gael Faye repartira, « par un beau matin, à la recherche de mon Abyssinie, moi l’Arthur Rimbaud ».


Irruption, nouveau titre de Gaël Faye (sorti le 14 avril 2017)


Dimanche 4 juin 2017, 20h30
Salle la Mamisèle, Saubrigues (40)
Tarif : 15 €, adhérents 10 €
Coproduction Landes Musiques Amplifiées & La Mamisèle – Scène aux champs

Tous les renseignements sur le site de LMA.


 


Commentaires

2 réponses à Gaël Faye, fleur sauvage de la poésie et du rap, clando entre Café de Flore et flow d’afro

  1. bruno richer dit :

    On est tous a la recherche de son Abyssinie…Le texte de cet article nous le rappelle, et d’abord par sa dimension poétique…
    je vous cite :
    « Les Petits Pays vont s’échanger, les passeports et les encouragements vont claquer des mains, ça ne sera presque rien, ça vaudra pour un soir, mais ça va nettoyer les tympans des barbaries ordinaires et faire traits d’union. »
    Solidarités d’abord, de tou-te-s pour tou-te-s
    rien que pour ça, je vais me debrouiller pour y aller

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