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Le Getxo Photo 2014, au-delà du choc de l’expo

18 septembre 2014 > > Soyez le premier à réagir !

À quoi bon vous déplacer pour aller voir une exposition de photographies, si vous pouvez contempler les images sur l’écran de votre ordinateur ou dans le catalogue ? Un petit tour à l’expo Getxo Photo 2014 en compagnie d’Eklektika pour vous sortir de vos doutes et montrer l’intérêt de quitter votre chaise.

Getxo, station balnéaire située sur la côte biscayenne à 20 minutes de métro du centre de Bilbao, accueille jusqu’au dimanche 28 septembre une nouvelle édition de Getxo Photo, un festival de photographie qui, en investissant l’espace public de la ville, cherche à “promouvoir l’utilisation de formats, supports et espaces non conventionnels pour faire circuler les images”. Les photographies s’affichent sur des murs, des conteneurs, des vitrines, des bâtiments ou même dans la mer.

Getxo Photo 2014. Photo: Frederik Verbeke

Getxo Photo 2014. Photo: Frederik Verbeke

Le festival est dirigé pour la deuxième année consécutive par Christian Caujolle, un critique de renom qui a été élève et collaborateur de Michel Foucault, Pierre Bourdieu et Roland Barthes, ancien rédacteur en chef chargé de la photographie à Libération, l’un des fondateurs de l’agence VU et actuellement directeur artistique du festival Photo Phnom Penh au Cambodge.

Si dans l’édition antérieure, il avait exploré la thématique des “Rêves”, cette année-ci il a décidé d’aborder le thème des “Luttes” (“Borrokak” en basque), les luttes qui cherchent à réaliser les rêves ou, pour reprendre le slogan de la bande-annonceles luttes qui n’ont pas de voix”.

Avec d’une part, et souvent liées, les luttes bien réelles sur le terrain, pour la paix, pour l’indépendance, la liberté, la santé, l’éducation, la vie, contre la violence, les innombrables pollutions destructrices, les humiliations. Mais également les décisions de certains photographes de s’engager dans une lutte ou aux côtés de ceux qui luttent, chez eux et partout dans le monde”, indique Christian Caujolle dans le magazine L’Oeil de la photographie.

Ainsi, la photographe yéménite Boushra Almutawakel, considérée comme l’une des premières femmes photographes du Yémen, affirme dans The Hijab Series son opposition à “la façon dont les fondamentalistes musulmans font disparaître, jusqu’à l’invisibilité, toutes les femmes”, selon Christian Caujolle.

The Hijab Series, Boushra Almutawakel. Photo: Frederik Verbeke

The Hijab Series, Boushra Almutawakel. Photo: Frederik Verbeke

Les images du photographe cambodgien Pha Lina, de leur côté, sont des métaphores visuelles dénonçant la situation d’une minorité ethnique du Ratanakiri (Cambodge) menacée par la déforestation et les expropriations abusives organisées par les sociétés vietnamiennes, soutenues par les banques internationales. Attachés avec un mètre servant à mesurer les terres qui leur sont volées, “les figurants de cette évocation du Ratanakiri en danger sont une métaphore amère et poétique”.

Ratanakiri, Pha Lina. Photo: Frederik Verbeke

Ratanakiri, Pha Lina. Photo: Frederik Verbeke

Ce ne sont que deux exemples.

Je pourrais en rajouter d’autres et poursuivre la présentation des auteurs exposés.

Or, les analyses individuelles des photographies étant disponibles (en français) sur le site du festival, je préfère donner une autre dimension de lecture, celle provoquée par la mise en espace des photographies.

Le commissaire a beau estimer que “certains travaux vont perdre leur sens avec une installation dans l’espace public, ou ne s’y prêteront pas” selon ses propos recueillis par Libération, les travaux, une fois mis en espace, peuvent aussi prendre de nouveaux sens (parfois imprévus) et se prêter à d’autres interprétations et lectures, celles auxquelles se livre le spectateur en déambulant dans les espaces publics où les photos sont exposées, celles qui surgissent en faisant dialoguer et interagir les travaux avec ces espaces.

Des photos de Philip Blenkinsop. Photo: Frederik Verbeke

Des photos de Philip Blenkinsop. Photo: Frederik Verbeke

Getxo n’est certainement pas une ville dont l’image traditionnelle s’associe à celle des “luttes qui n’ont pas de voix”. Au contraire, c’est plutôt la ville des voix sans lutte.

La station balnéaire a été longtemps l’un des lieux favoris de la bourgeoisie biscaïenne et de la classe dirigeante, comme en témoignent les villas luxueuses, et est aujourd’hui une escale très prisée des bateaux de croisière. La présente édition de Getxo Photo pousse donc à une lecture en contraste, à confronter les photos des dominés avec l’image des dominants qui habitent ou fréquentent la station balnéaire.

Sur la promenade en bord de mer, les images du photographe anglo-australien Philip Blenkinsop consacrées à la guérilla Falintil au Timor Oriental et le “Théâtre de la guerre” du Basque Mikel Bastida avec des soldats débarquant sur une plage ou dans un paysage enneigé choquent avec le spectacle fourni par les baigneurs sur la plage d’Ereaga ou par l’arrivée des bateaux de croisières.

Des photos de Mikel Bastida en face de la plage d’Ereaga. Photo: Frederik Verbeke

Des photos de Mikel Bastida en face de la plage d’Ereaga. Photo: Frederik Verbeke

À l’entrée de la station de métro d’Algorta, des portraits de mineurs urkainiens réalisés par Gleb Kosorukov se dressent devant les travailleurs basques, dont le “métro-boulot-dodo” est tellement éloigné de l’enfer vécu dans les mines, comme en témoigne le documentaire du bayonnais Gaël Mocaer.

Des photos de Gleb Kosorukov à l’entrée du métro d’Algorta. Photo: Getxophoto

Des photos de Gleb Kosorukov à l’entrée du métro d’Algorta. Photo: Getxophoto

À cela on pourrait ajouter d’autres exemples, comme les photos de mines antipersonnel photographiées par Raphaël Dallaporta qui gisent sur les pavés d’une rue piétonne d’Algorta, ou les images de torture de la prison d’Abou Ghraib qui ont été affichées dans un tunnel piéton, que les habitants du quartier fréquentent paisiblement.

[Des photos de mines antipersonnel dans une rue piétonne d’Algorta. Photo: Frederik Verbeke

[Des photos de mines antipersonnel dans une rue piétonne d’Algorta. Photo: Frederik Verbeke

La mise en espace dans une ville de dominants de photos représentant des luttes de dominés, ressemble beaucoup à la mise en scène qui caractérise la série de photomontages “Horror in Pink” de l’artiste thaï Manit Sriwanichpoom. Dans des documents en noir et blanc témoignant de la violence des massacres et des coups d’État militaires en Thaïlande, il a remis en scène “Mister Pink”, un acteur populaire des séries télévisées, affublé d’un costume en soie d’un rose flashy et équipé d’un téléphone portable rose et d’un caddie peint en rose.

Photomontage de Manit Sriwanichpoom

Photomontage de Manit Sriwanichpoom

On pourrait y voir la mise en scène du cynisme et de l’indifférence de notre société de consommation et conclure avec Christian Caujolle :

Malgré les apparences, les temps n’ont pas profondément changé et la lutte continue entre dominants et dominés”…

Getxo Photo 2014. Photo: Frederik Verbeke

Getxo Photo 2014. Photo: Frederik Verbeke


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