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Getxophoto 2015 : sur ces « nouveaux voyageurs » qui ne prendront pas de selfies

10 septembre 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Getxo accueille jusqu’au 4 octobre la neuvième édition de son célèbre festival Getxophoto, à quelques kilomètres de Bilbao, autour du thème des “voyages”, plus que jamais d’actualité.

Une vingtaine d’artistes ont investi l’espace public de la ville côtière du Pays Basque sud, en y exposant leurs photographies dans des lieux peu conventionnels, utilisant des façades, des vitrines, des containers, des lampadaires urbains ou même la surface de la mer.

Pour la troisième (et dernière) année, le commissaire d’exposition Christian Caujolle s’est chargé de la direction artistique. C’est donc avec un sentiment mélangé de joie et de tristesse qu’il a présenté la nouvelle édition, tout en faisant ses adieux lors de la soirée d’ouverture.

caujolleGetxophoto a été une étape “unique”, a-t-il confié, en dressant un petit bilan de ses trois années de commissaire. Pour deux raisons.

D’un côté, il y a l’équipe avec laquelle il a organisé les différentes éditions, un “petit groupe de passionnés” permettant de faire “des choses impossibles”.

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Photo : Frederik Verbeke

De l’autre côté, au niveau du contenu, il y a l’expérience extraordinaire d’avoir pu utiliser l’espace public urbain comme lieu d’exposition.

La diversité des espaces – du bord de mer jusqu’à la place du marché en passant par des stations de métro – lui a permis d’apprendre beaucoup.

“Ça m’a fasciné comment les gens regardent et s’emparent des images qu’ils ne pourront plus revoir de la même façon”, a-t-il partagé. “Que pensent-ils quand ils prennent des photos des photos exposées? On ne le sait pas,” rajoute-t-il, convaincu tout de même qu’il doit y avoir « quelque chose », une surprise, un émerveillement, qui leur a poussé à capter ce moment et en garder un souvenir, « le début d’un rêve”, songe-t-il de son côté.

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Photo : Frederik Verbeke

Rien d’étonnant donc s’il a insisté sur l’importance de concevoir et définir l’espace urbain comme public, et sur l’urgence de se réapproprier cet espace public, de plus en plus privatisé (comme l’ont si bien démontré les réalisateurs du documentaire Mainmise sur les villes).

Car des initiatives comme Getxophoto invitent les citoyens à revendiquer les espaces publics pour eux-mêmes.

Comme dans les deux éditions précédentes, consacrées respectivement aux Rêves et aux Luttes, l’objectif est de dresser un tableau « d’autres mondes”, nous faire découvrir des univers qui nous sont inconnus et nous pousser à réfléchir sur le monde.

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Photo : Frederik Verbeke

La présente édition 2015 a pour thème les “voyages”, qui accompagnent l’évolution de la photographie depuis ses débuts, « les premiers photographes furent des voyageurs”, a-t-il rappelé lors de la soirée d’ouverture.

Sur les traces des peintres, ils allèrent “inventorier une histoire de l’art et de l’architecture qu’ils découvraient en même temps qu’ils l’immortalisaient. C’était un temps où les voyageurs étaient rares”.

Aujourd’hui, par contre, “on n’a jamais voyagé autant… et aussi mal”, selon le commissaire français.

En voyage, chacun peut “réaliser des images, les transmettre immédiatement, les partager avec des proches. Et c’est tant mieux. Mais il ne s’agit plus ici d’enjeux photographiques. Plutôt d’enjeux sociétaux.

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Photo : Frederik Verbeke

L’imagerie numérique fait partie du voyage au même titre que « l’obligation de se présenter à l’aéroport avec deux heures d’avance,” estime Christian Caujolle dans un article publié sur le site de l’exposition.

Or, dans les images diffusées par les “voyageurs-touristes”, il est souvent aisé de remarquer “à quel point les stéréotypes sont installés”. D’où le sentiment que le voyage, devenu synonyme de tourisme et un phénomène de masse, consiste souvent à “aller vérifier que le cliché que nous avons dans la tête”, voire le cliché proposé par les agences de voyage, “existe bel et bien, et à le réitérer”.

Photo : Frederik Verbeke

Une part importante de l’exposition, par contre, n’est pas consacrée aux voyageurs touristiques, mais aux personnes, de plus en plus nombreuses, qui sont obligées à voyager, forcées à se déplacer et à passer les frontières dans d’atroces conditions : des immigrés économiques quittant les campagnes pour les villes, des réfugiés fuyant des guerres ou des catastrophes, etc.

Ce sont surtout ces “nouveaux voyageurs” auxquels est consacré Getxophoto 2015.

getxo-photo-2015-2“L’apparition d’autres voyageurs, la relecture des circuits obligés, la massification des déplacements sont des terrains sur lesquels la photographie trouve à redéfinir son sens », estime Christian Caujolle, « c’est ce qui nous permet de penser qu’elle a aujourd’hui une fonction. Et qu’elle peut continuer à assumer un rôle, esthétique, politique, éthique ».

Le spot annonçant la troisième édition invite à réfléchir sur la banalisation dont souffre la photographie à l’ère du numérique.

La vidéo raconte l’histoire d’Abdou Diouf à travers les images que ce jeune africain a postées sur Instagram.

Accompagné par des hashtags typiques du réseau, ces clichés montrent différentes étapes de son périple pour rejoindre l’Europe depuis le Sénégal.

Peu après leur diffusion sur Instagram, cette histoire avait été reprise par de nombreux médias, dont The Huffington Post, qui ne s’étaient pas rendus compte qu’il s’agissait en réalité d’un docu-fiction dont l’objectif était d’annoncer le festival Getxophoto, appeler à la réflexion et “dénoncer la frivolité occidentale du selfie”, selon le producteur du film, Oriol Caba.

Parmi toutes les oeuvres exposées à Getxo, certaines poussent parfois le spectateur à des lectures ou des interprétations inattendues, du fait de son implantation inattendue.

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Photo : Frederik Verbeke

Ainsi, le panoramique d’une rue de Mendong, un quartier de Yaoundé, capitale politique du Cameroun, réalisé par le photographe William Gaye a été installé dans la station souterraine Areeta de la ligne 1 du métro de Bilbao.

Située jadis dans une zone périphérique et menacée de disparaître à cause de l’expansion de la ville, la rue accueille des vendeurs de bric et de broc, des menuisiers, des coiffeurs, des soudeurs, des restaurants qui coexistent dans la proximité des habitants, à l’opposé du modèle des nouvelles villes qui tend à regrouper certaines activités vers d’autres zones périphériques.

Au bord de la mer, en face de la plage d’Ereaga et près du port de plaisance et de la digue accueillant les bateaux de croisière, se dressent des panneaux avec des photographies d’Elena Chernyshova, d’Alejandro Cartagena et de Philong Sovan.

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Photo : Frederik Verbeke

Ce dernier, Philong Sovan nous transporte vers le Cambodge avec une série de portraits de vendeurs et livreurs qui voyagent chaque jour parce que leur métier le leur impose, alors qu’Alejandro Cartagena montre la situation de précarité des travailleurs du bâtiment qui se déplacent chaque jour vers les grandes villes du Mexique.

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Photo : Frederik Verbeke

La photographe Elena Chernyshova jette un regard sur Norilsk, une ville minière située près du cercle polaire et l’une des plus polluées au monde, où les gens ont réussi à s’adapter à des conditions inhumaines.

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Photo : Frederik Verbeke

Des lampadaires urbains situés dans une rue piétonne du centre ville de Getxo pendent des clichés d’Eugenia Maximova explorant la permanence de l’esthétique du kitsch dans les cimetières moldaves et ukrainiens. Des images de tombes qui nous parlent du dernier voyage.

Dans les galeries en ruines de Punta Begoña, Corinne Vionnet présente sa série Photo Opportunities, des images obtenues en superposant une centaine de clichés touristiques du même lieu, retrouvés sur Internet.

Le tourisme noir ou le tourisme de catastrophe, qui déplace chaque année près de 20 millions de personnes vers des lieux qui ont été témoins de génocides, de tsunamis, de tremblements de terre ou d’autres catastrophes, est au centre de l’oeuvre d’Ambroise Tézenas, auteur aussi de Tourisme de la désolation (paru en novembre 2014 chez Actes Sud), dont plusieurs photographies ont été exposées au Marché d’Algorta.

getxo-photo-2015-15Dans le cadre du festival, de nombreuses activités sont également proposées: ateliers, visites guidées, conférences, nuit de la photographie, parcours nocturnes, projections spéciales, etc…

incaseofloss00-3Ainsi, pendant la semaine d’ouverture, des clichés de Francesco Giusti, où apparaissent des ballots appartenant à des réfugiés et accompagnés par la photographie d’identité de leurs propriétaires, ont été projetés sur la surface de mer…

Une expérience visuelle et émotive intense, les images de réfugiés flottant sur la mer n’étant pas sans rappeler les images qui font la Une de nos journaux ces derniers jours…

Pour plus de renseignements sur Getxophoto, consultez leur site Internet, disponible en français.


 


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