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‘Hivatal’ de Viktor Oszkar Naguy [FIPA 2016] : ces petits papiers qui nous consument

26 janvier 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Le 29ème FIPA de Biarritz a remis son Palmarès samedi soir, le film hongrois ‘Hivatal’ étant très justement récompensé pour la qualité de son scénario par un Prix de poids sur des existences de migrants qui ne semblent pas en avoir.

Après s’être immergé dans de nombreuses réalités plus ou moins soutenables (le djihadisme en particulier), c’est l’angle reculé choisi par le réalisateur hongrois, Viktor Oszkar Naguy qui a « coincé » notre intérêt durant cinquante minutes, vendredi, au FIPA, puis reparti avec le Prix du Meilleur Scénario dans la section Fiction (voir palmarès plus bas).

Hivatal raconte le quotidien d’un bureau de l’immigration en Hongrie, à travers le rôle d’Anna, jeune fonctionnaire fraichement recrutée. Certains personnages jouent leur propre rôle, ce qui n’est révélé qu’à la fin du film. Sans artifice, sans larmoiements, des vies se jouent derrière les formulaires administratifs et l’impuissance des regards.

Hivatal-Naguy-fipa-4Filmée dans les bureaux de l’immigration en Hongrie, cette fiction nous conte le quotidien d’Anna, une employée dont le rôle est de recevoir les demandes d’asile ou de titres de séjour, de récupérer les papiers administratifs, les donner aux « décideurs » et rendre ensuite les réponses aux personnes concernées.

La caméra choisit de tourner au plus près des visages pour capter subtilement les émotions contenues, les masques de bienséance peu convaincus, les signaux de rassurements peu convaincants, mais aussi le silence des attentes et les restes de pudeur.

Sobrement, elle permet une intimité avec les personnages que le lieu voudrait résumer à des formulaires et dont l’humanité ne peut pas s’exprimer, faute de contexte.

Lors de son entretien d’embauche, Anna est la première personne à subir des pressions quant à sa capacité à maitriser ses sentiments personnels.

Les interrogatoires se succèdent tout le long du film, durant les entretiens entre Anna et « les clients » tels qu’on les nomme ici. Les histoires, les espérances se disent, s’extirpent, du jeune étudiant dragueur sans papier au vieil homme seul sans ressource, de la famille turque, résidant en Hongrie depuis 20 ans et menacée d’expulsion à l’épouse d’un égyptien désirant vivre avec lui.

Hivatal-Naguy-fipa-1Anna est également chargée d’enquêter sur la légitimité des mariages mixtes. La machine administrative devient alors une intrusion profonde et absurde, sortant sa langue de fer et ses questions abrutissantes et impudiques. La réalité de l’entreprise gère la réalité du monde.

Anna plonge ses yeux dans chaque histoire puis les baisse en elle-même. Se peut-il que ce soit elle qui joue ce rôle ? Et comment peut-on prouver si deux personnes s’aiment ou pas ?

Toute l’émotion du film se trouve dans le regard de la comédienne. Anna Fignar est redoutable et apaisante à la fois. Bienveillance et gêne s’entendent chez elle sans qu’un seul mot correspondant soit lâché.

L’humanité du film repose sur son rôle et sa façon de recevoir l’autre.

Hivatal-Naguy-fipa-25 minutes. C’est le temps à ne pas dépasser lorsqu’elle annonce une demande rejetée. 5 minutes, c’est ce qu’il faut à un être humain pour réaliser son sort. « Vous avez trente jours pour quitter le territoire ».

Durant ce temps d’incubation, consigne est donnée de tamponner les derniers documents, prendre les empruntes digitales, en silence.
« Peux-tu faire quelque chose pour eux ? Non. Donc, ne les laisse pas se confier à toi.»

Pourtant, si la compassion semble bien absente des murs, elle vole parfois sa place, grâce à une personne, qui considère l’autre et décide, à ses dépends, d’agir en conséquence.

Hivatal-Naguy-fipa-3Quand on demande à Anna d’appeler la police et la sauvegarde de l’enfance pour arrêter ses derniers visiteurs, on comprend la véritable interrogation de ce film : à quel moment doit-on désobéir et user de sa conscience individuelle pour changer les choses, obéir ou s’enfuir, juste ?

Si le résumé lu dans le programme du FIPA parle d’humour, on a envie d’être plus subtil que ça.

Des petits sourires lors de discours cocasses, des joies fugaces lorsqu’une « bonne nouvelle » est annoncée amènent du souffle et dispensent du mélodrame. Mais non, il n’y a pas de moments « drôles », du moins, dans la salle du Colisée, personne n’a envie de rire.

C’est un film réaliste, silencieux, aux questions froides, aux réponses nerveuses que nous propose le réalisateur. On y montre des existences qui ne pèsent pas. Des gens, chargés de les entendre ou presque et qui ne pèsent pas non plus, tous otages d’un système sans bon sens et d’une capacité plus ou moins résistante à ignorer l’insoutenable.

Hivatal-Naguy-fipa-5Mais c’est une fois sorti de la salle que l’émotion laisse son sillon le plus fort.

Comme on l’a dit au départ, certains jouent leur propre rôle et c’est seulement à la fin du film, qui ne brutalise à aucun moment ses spectateurs, qu’on réalise ceux qu’on laisse derrière soi, victimes d’une violence autorisée, sans trace et qui doivent déjà être loin à l’heure qu’il est.

Alors, on se demande un peu, mal à l’aise : à quel moment devient-on responsable d’une injustice quand elle est légale ?


Tout le palmarès du 29ème FIPA Biarritz
fipa 2016 palmares

FICTIONS

Fipa d’or :
BIRTHDAY de Roger Michell (Royaume-Uni)

Fipa d’or de la meilleure interprétation féminine :
MARIE BAÜMER dans Brief an mein Leben (Allemagne)

Fipa d’or de la meilleure interprétation masculine :
NICOLÀS ROJAS dans Zamudio, perdidos en la noche (Chili)

Fipa d’or du meilleur scénario :
VIKTOR OSZKÀR NAGY et PETRA SZÖCS pour Hivatal (Hongrie)

Fipa d’or de la meilleure musique originale :
ALEXANDER BALANESCU et ARIEL SOMMER pour The Scandalous Lady M (Royaume-Uni)

SÉRIES
Fipa d’or :
HISTORIA DE UN CLAN de Sebastián Ortega (Argentine)

Fipa d’or de la meilleure interprétation féminine :
STEINUNN ÓLINA ÞORSTEINSDOTTIR dans Case (Islande)

Fipa d’or de la meilleure interprétation masculine :
STELLAN SKARSGÅRD dans River (GB – Etats-Unis)

Fipa d’or du meilleur scénario :
LIOR RAZ, AVI ISSACHAROFF, MOSHE ZONDER,
MICHAL AVIRAM, ASAF BEISER et LEORA KAMENETZKY
pour Fauda (Israël)

Fipa d’or de la meilleure musique originale :
LUIS ORTEGA et DANIEL MELINGO pour Historia de un clan (Argentine)

DOCUMENTAIRE DE CRÉATION
LE SIÈGE de Rémy Ourdan et Patrick Chauvel (France)

GRAND REPORTAGE ET INVESTIGATION
LA BATAILLE DE FLORANGE de Jean-Claude Poirson (France)

MUSIQUE ET SPECTACLE
ZPOVĚSD’ ZAPOMENUTÉHO (Confession Of The
Vanished) de Petr Vaclav (Rep. tchèque)

SMART FIPA
WEI OR DIE de Simon Bouisson (France)

PRIX DU PUBLIC
CORÉE, NOS SOLDATS OUBLIÉS de Cédric Condon et Jean-Yves Le Naour (France)

PRIX MICHEL MITRANI
VUE DE L’ESPRIT de Sébastien Simon et Forest Ian Etsler (France)
Mention spéciale à VILLENEUVE de Agathe Poche (France)

PRIX DU JURY DES JEUNES EUROPÉENS
BURDEN OF PEACE de Joey Boink (Pays-Bas)

PRIX HACKATHON DU SMART FIPA
MNÉMÉSIS développé par l’équipe Pharmakon

PRIX TÉLÉRAMA 2016
LORO DI NAPOLI de Pierfranscesco Li Donni (Italie)


 


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