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« Horror » à Bayonne et « Vivre » à Anglet : une semaine aux extrémités du spectre théâtral de l’effroi

20 janvier 2017 > > Soyez le premier à réagir !

La première pièce du Neerlandais Jokop Ahlbom est donnée ce vendredi et samedi au Théâtre de Bayonne, enchainant avec ce  que la pièce des Piqueurs de Glingues a offert de lundi à jeudi dernier au Théâtre Quintaou d’Anglet : deux pièces très opposées, rejointes par leurs extrêmes à ce sentiment que la peur est au centre du jeu.

Éprouver la peur, sans oublier qu’il s’agit de théâtre. Démarrer là où les réponses sont incertaines, que la scène dévoile comme un cri, ou reprendre sur un plateau ce que le cinéma et la littérature a accaparé, et qui peut faire spectacle.

La programmation de la Scene Nationale Sud Aquitain a tissé les fils cohérents reliant un grand spectre de l’effroi, avec Vivre de la compagnie des Piqueurs de Glingues, donné quatre soirs durant au Théâtre Quintaou d’Anglet, enchainé avec ce Horror du Néerlandais Jokop Ahlbom, qui sera dévoilé ce vendredi soir et demain au Théâtre de Bayonne.

Peu de choses unissent à première vue cette plongée dans le gouffre des attentats terroristes aveugles d’une part, et cette convocation dans les ombres inquiétantes des mondes d’Edgar Poe, de Kubrick ou Polanski.

Les deux propositions sont pourtant reliées, par leurs extrêmes, à la certitude que la place du spectateur dans un théâtre est impressionnable. Et que chacun d’entre eux ressortira avec la perception d’une multitude de niveaux de compréhension d’histoire aux vérités complexes, libérées par les trois coups initiaux à même de résonner encore longtemps après la représentation.

La première expérience fait l’objet ici d’un retour par Fanny Coulmance, nourrie par les lumières blafardes entourant la folie d’Alexandre ; l’autre sera jugée sur pièce, et pourrait faire l’objet d’un nouveau compte-rendu dans Eklektika.

On le pressent : ces deux pièces, habilement programmées dans le même présent, nous suggèrent tour à tour que le pire reste toujours à venir .


Horror, de Jakop Halbom (au Théâtre de Bayonne vendredi 20 et samedi 21 janvier 2017)


Rien n’est annoncé comme vrai, dans cette pièce du metteur en scène néerlandais programmée dans toute l’Europe depuis sa création début 2016, à l’exception des peurs convoquées, enfantines ou persistantes, nourries de films et récits d’épouvante.

Pas un mot ne sera prononcé durant l’heure et demie de représentation, le point de vue ici s’appuie sur la mise en ambiance du public (restreint aux plus jeunes),  avec comme cadre une demeure isolée dans laquelle débarquent deux hommes et une femme.

L’atmosphère n’a d’autre projet que de virer au cauchemar, à travers une succession de phénomènes inquiétants et d’apparitions sinistres, hommage appuyé au genre cinématographique dont les emprunts parcourt nos souvenirs de The Grudge à Paranormal Activity via Darkness ou L’exorciste.

L’inventaire de l’effroi s’appuie sur une bande-son archétypale, tandis, que scène, les mains coupées se baladent, les corps s’affrontent, les objets valdinguent et vont rejoindre les ombres tâchées de sang au sol.

Des effets spéciaux à des figures de ballet – la femme tourne une boite à musique, accroche un cadre – les codes du film d’horreur sont transposés pour adapter ses effets de l’écran à la scène – les photos s’agitent derrière son dos, et deux personnages s’approchent derrière elle.

Du 30 mars au 3 avril dernier, le Théâtre de la Villette à Paris a fait le plein de spectateurs : programmé à Bayonne deux soirs durant, que le cauchemar commence.


Vivre de la Cie des Piqueurs de Glingues

Retour sur le spectacle donné mardi 17 janvier 2017 à Anglet, par Fanny Coulmance


En représentation à la Scène Nationale du Sud-Aquitain quatre jours durant cette semaine, Vivre clôture le triptyque de la Compagnie Les Piqueurs de Glingues sur une note cruellement actuelle qui ne laisse pas insensible.

C’est dans l’antre intimiste de la Black Box du Théâtre Quintaou d’Anglet qu’ont été proposées ces rencontre avec cet Alexandre, « peintre célèbre », pour ceux qui le découvrent dans ce troisième volet, Vivre, de la trilogie écrite et mise en scène par Hugo Paviot.

Le corps décharné, un visage émacié annoncent d’emblée la violence dont témoigne le personnage tout au long de la représentation.

A peine visible dans un coin, au début, seule sa voix enregistrée, monocorde, mécanique, sous le choc et l’incompréhension de ce qui lui arrive nous guide vers ce qu’il reste de lui. Peu à peu, il sort de l’ombre dans une démarche de mort-vivant, tensions dans son corps, dans ses bras, jusque dans ses doigts : Alexandre vient de survivre à un attentat.

Pourtant écrite avant les attaques en France de 2015 comme l’a précisé son metteur en scène, Vivre résonne inévitablement en un écho brutal à l’actualité tragique du terrorisme aveugle, et génère une écoute toute particulière de ce texte porté admirablement par son seul acteur, David Arribe, plus d’une heure durant d’une performance millimétrée.

Par ses mots, l’espace-temps se dilate, une errance débute dans les limbes réflexifs du survivant au milieu d’une scénographie à l’ambiance funéraire. Son témoignage de l’attentat est rapporté dans la pénombre, puis dans la lumière neigeuse d’un tube cathodique, renforçant ce qu’il est devenu : Alexandre flotte ainsi comme l’ombre de lui-même, les lumières blafardes accentuant sa solitude au milieu du néant.

Le personnage structure une zone de jeu théâtral comme les contours de son âme blessée, poteaux noir en forme de crucifix, liés par une corde de ring, dans laquelle il s’enferme, pour mieux se retrouver confronté à la mort, devenue ennemi constant et compagnie inséparable. Son étau se resserre au fur et à mesure, sa liberté de déplacement se restreint, la résilience en devenant le seul vainqueur imaginable.

Axe central de ce volet, la déshumanisation est au coeur de la dramaturgie, celle des bourreaux, acteurs sans visages du terrorisme, mais aussi celle des victimes : l’homme sur scène ne peut en dissocier cette fillette, instrumentalisée par des adultes au nom d’une idéologie, et dont la ceinture d’explosif n’a pas fonctionné lors de l’attaque.

Une enfant « qui porte un adjectif qui ne convient pas aux enfants », et qui obsède à présent le peintre, figure du paradoxe de cette position de bourreau, qu’il tente de ré-humaniser au nom d’une violence qui s’est retournée contre ses tenants.

Retrouver cette fillette, lui offrir un verre de grenadine et lui rendre son enfance volée. La sauver. Réparer ce que le monde des adultes a perverti de son innocence, une idée nécessaire, à laquelle il s’accroche comme à une bouée.

Les rôles de la société et des politiques sont aussi questionnés quant à la fabrication de terroristes en puissance, s’agissant du moment où, un adolescent « ordinaire », dévie et s’enrôle, pour devenir un bourreau : zombifié, déstructuré et ramené à la vie dans une peau nouvelle, automatisé, coquille vidée d’humanité quand obéissant à une telle idéologie de la mort, dont le sens échappe à son entendement.

La vie d’Alexandre se compliquera d’une angélisme qui le place entre les mains de ses bourreaux, et, dans le discours à celui qui le tient en otage, très sensiblement écrit, Alexandre tente de donner du sens à ce qui n’en a pas.

Comment, d’Homme à Homme, en arrive-t-on là ? Alexandre s’accroche comme un boxeur groggy et KO, il lui invente une vie, un passé, pour mieux l’appréhender, afin qu’il ne soit pas que ce monstre sans une once d’humanité en face de lui.

Dans la pénombre apocalyptique ambiante, et en dissonance avec son corps meurtri et sa voix éraillée, l’espoir reste pourtant tapi, toujours présent dans la toile de fond de l’artiste, et lui permettrait alors de vivre, le dernier mot prononcé comme un cri avant la tombée du rideau.

Tournée de Vivre à suivre sur le site des Piqueurs de Glingues (prochaine représentation le 23 avril 2017 au Théâtre Jean-Vilar de Vitry/Seine).


 


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