Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

Avec « Instinct Couleur » de Jean-Claude Pinchon, Anglet agrandit le territoire inespéré de l’art contemporain

4 juillet 2016 > > 3 commentaires

Face aux trois installations à Anglet formant l’exposition « Jean-Claude Pinchon, Instinct Couleur », la surprise est totale, et multiple, un article très long s’en fait le guide, pour une visite essentielle à Anglet jusqu’au 31 août prochain (entrée libre).

Il faut commencer par définir cette multiplicité d’étonnements, en commençant par l’évocation personnelle de cet artiste, Jean-Claude Pinchon, disparu trop vite en 1998 à l’âge de 53 ans.

Cet aspect intime n’est pas superflu pour comprendre le travail de celui qui, il y a 18 ans, du côté de Rouen, fut enterré dans un linceul humble et anonyme, loin des canons de célébrations convenues des grands artistes officiels..

Entré à 16 ans à l’Ecole des Beaux Arts de Rouen, Jean-Claude Pinchon (1944-1998) est déjà encensé à l’âge de 20 ans par de nombreux articles de la presse critique, sans que cela ne constitue pour lui un repère significatif.

Sa trajectoire d’artiste impressionnait, qui avait choisi de dépasser ce post-impressionnisme récurrent chez ses contemporains, que son illustre grand-père, Robert-Antoine Pinchon, avait défriché avant lui.

Cet article n’a toujours pas abordé le fond du sujet, ses peintures, mais il faut continuer encore un peu dans sa vie passée, à l’écart de (presque) tous les regards.

Jean-Claude Pinchon, c’est ce petit bonhomme, là, dans son atelier.

pinchon-anglet-2016-18Il n’a laissé ni page Wikipedia ni trace historique suffisante pour que, depuis ce triste mois d’avril 1998, son oeuvre ait été moult fois célébrée après sa mort, malgré une exposition de ses Duelles organisée au Musée de Louviers cette année là (il décéda quelques semaines avant).

Submergé toute sa vie par sa dimension d’artiste et d’être humain voué à son art, il a laissé plus que cela, au delà des 300 toiles désormais en possession de son ami et mécène Jean-Jacques Lesgourgues, qui en a regroupé une centaine pour l’expo en trois lieux sur Anglet en une rétrospective inédite, à même de tromper la mort.

Non pas la mort de l’homme, bien regrettable et définitive, mais celle de ses oeuvres, désormais sorties de leurs rangements depuis 17 ans, remises en lumière par admiration, par fidélité, et par évidence désormais, au vu des 3 installations qui l’accueillent dans cet « Instinct Couleur »

Pour les trois lieux qui l’accueillent, il n’y aurait pas d’itinéraire à privilégier pour les spectateurs de l’exercice de style habituel des grandes expos des villes estivales, pour celles (rares) qui se préoccupent de ne pas laisser traîner la confusion entre animations et culture.

Organisé par son commissaire Emmanuel Lesgourgues, la triple exposition a pourtant un sens, qui va de l’appréciable à l’extra-ordinaire, à la fois dans ce qui est visible mais aussi dans la façon dont elle organisée.

On prend nos responsabilités de guide subjectif.

pinchon-anglet-2016-16


1ère étape : la galerie Beatrix Enea


Regroupées de façon chronologique, les oeuvres exposées dans les trois salles situent l’oeuvre de Pinchon dans les courants de peintures qu’il semblent avoir ingérés puis traversés, de l’arte povera où tout fait support de création à ces toiles sans format, aux influences de Pollock où la limite du cadre est devenue indésirable.

C’est dans les détails, de très près, que semble se situer la définition de ses choix artistiques. Des couches de peinture, grattées, recouvertes jusqu’à l’épuisement physique d’un Soulages dont il aurait adopté en miroir la captation de la lumière.

pinchon-anglet-2016-13A la luminosité des vives couleurs, à dominante de bleu, s’invitent à la fois l’impact de l’aplat et l’insistance de s’approcher, de sentir en soi ce moment où l’artiste a pensé pouvoir s’interrompre.

Cette peinture n’est pas figurative, elle en est son propre sujet, son interrogation constante. Peindre, peindre, sans donner de clés autre que celles qu’offre un coucher de soleil, ou une aube d’été.

pinchon-anglet-2016-12Un rêve qu’il partage avec le grand peintre chinois Zao Wou-Ki, qui n’eut de cesse de tenter de peindre le vent.

La peinture garde le mouvement, porte la recherche des sensations sans nécessité de mots abscons pour la décrire.

L’insuffisance impatiente est pourtant là, devant une proposition assez ordinaire pour le lieu, mais la route continue, qui nous mène au plus près de l’oeuvre de Pinchon, progressivement essentielle pour ses visiteurs.


2ème étape : Galerie Pompidou 


A l’anarchie picturale déployée précédemment s’impose désormais une quiétude surprenante, articulée autour des Duelles, sortes de champ/contrechamps de peinture où, à la manière d’un livre relié, se révèle une dissymétrie qui ne doit plus rien au hasard.

Une possibilité de paix complète sans le combattre un espace plein, l’impression d’une composition musicale et du silence qui l’accompagne prend du sens.

pinchon-anglet-2016-6

L’espace de la galerie a été remodelé, qui invite à un parcours déjà silencieux dans l’obsession d’un peintre pour la liberté de son art.

Il faudra prendre son temps, ressentir en soi le poids des choix chromatiques, et comprendre l’attachement de Pinchon aux rêves, confrontés à leurs réalités.

pinchon-anglet-2016-10Toute une vie résumée potentiellement à cette alchimie partagée par tous, éprouvée par le peintre, sans violence, dans une partie du 20ème siècle qui, pourtant, n’a épargné personne, ou presque.

 

Et il faut trouver la petite pièce, pas assez visible, dans un pan courbe de la rotonde.

Celle qui contient les photos de famille des liens entre le peintre et celui qui, aujourd’hui, en est le gardien du palais.

pinchon-anglet-2016-9

pinchon-anglet-2016-22

L’homme à ses côtés est celui qui y a cru, indépendamment des fluctuations du marché de l’art, devenu son ami avant même de se définir comme son mécène.

L’un a disparu, l’autre a vieilli, leur amitié est évidemment éternelle.

pinchon-anglet-2016-24On regarde les visages, on repense aux quiétudes des Duelles dans la pièce à-côté, « Jean-Claude était un ami, très fragile, mais intense », a confié celui qui est resté.

Peindre, peindre. Vivre. Continuer, sans besoin de regards, ni de mots.

Mais il faut continuer la visite de l’expo, dans la « petite salle » du Théâtre Quintaou.


3ème étape : dans la Black Box


pinchon-anglet-2016-1Et silence.

Pour la toute première fois de sa jeune histoire, la petite salle de spectacle du Théâtre Quintaou est illuminée à la fois par des oeuvres éclatantes de couleurs, et par les dispositifs d’éclairages qui les révèlent.

Tout devient lumineux.

De la puissance de l’artiste à son importance picturale, il y a comme un effet « cathédrale », qui impose le respect, suscite l’admiration, et rend plus lourde l’absence de Jean-Claude Pinchon.

pinchon-anglet-2016-5Jean-Jacques Lesgourges et son fils, Emmanuel, ont réalisé l’alchimie à Anglet d’un territoire inespéré, que l’on n’imaginait finalement pas aussi étendu que cela pour notre côte basque.

L’expo « Instinct Couleur » est l’une de ces propositions qui n’appartiennent plus aux seules grandes métropoles françaises, portant lointains échos de nos désirs d’ici.

pinchon-anglet-2016-3Le voyage est là, intense, et presque immobile.

« Une autre municipalité nous l’aurait demandé, nous aurions refusé d’organiser cette rétrospective de Jean-Claude ailleurs qu’à Anglet, où leur envie de cette construction d’exposition en trois lieux nous a beaucoup émus », avait introduit Jean-Jacques Lesgourgues en préambule de sa présentation devant la presse la semaine dernière.

pinchon-anglet-2016-25Une visite de 45 minutes sur les trois lieux a donné tout son sens à cette affirmation, résumée de son côté par le mot « fulgurance » par la Directrice de la Culture d’Anglet, Liane Behobide.


 


Commentaires

3 réponses à Avec « Instinct Couleur » de Jean-Claude Pinchon, Anglet agrandit le territoire inespéré de l’art contemporain

  1. CAUDRON FRANCIS 41 rue Armand CARREL 76000 ROUEN Port. 0645430897 dit :

    Un Ami de Jeunesse aux Beaux Arts de Rouen et de sorties fumantes
    J’ achetais qq oeuvres de Jean Claude surnommé  » cuicui, à l’école des Beaux Arts de Rouen. par les intimes.J’ai un trés beau portrait de Catherine SERGENT /CAUDRON ( le papa de Catherine était Henri SERGENT prof de dessin au Lycée Corneille et aux Beaux Arts de Rouen ).J’allais souvent à son domicile à Elbeuf. lui rendre visite et discuter de peinture…
    Jean Claude un grand ami de jeunesse et d’études à l’HOtel Daligre Annexe de L’école des B A. un lieu magique d’atelier, de rencontres et de partages amicaux. Atmosphére extraordinaire des années 1968 / 70 Discussions, réflexions, 1ere EXpo de J C à la Galerie Menuisement avec Roger Parment Critique d’Art et P R. WOLF Directeur de Paris Normandie ( Journal Régional ; Liberté Dimanche etc… Bref toute une époque !!!
    Voila trés cordialement à vous. Francis CAUDRON plasticien

  2. Carlos Dorim dit :

    Je souhaitais réagir à la magnifique exposition de Jean- Claude Pinchon mais tout ou presque a été dit par le très pertinent article de Liane Behobide.
    Je me permettrai d’ajouter ceci : un tableau est souvent une proposition qui transforme notre rapport au réel et à l’imaginaire, qui se trouvent eux  » hors cadre »; Mais le travail de Jean Claude Pinchon remet en question cette division et la redistribue , l’absence d’un cadre clairement délimité, la présence d’une matière soit disant brute aux limites, et dans le cas des Dyades, le fait que chaque membre du duo est l’hors cadre de l’autre, cela remet tous nos critères de lecture en question.
    Dan les dyades par exemple, le hors cadre devient le tableau imaginaire qui n’existe pas entre l’un et l’autre, dans la ligne de séparation de deux tableaux réunis. Ou alors nous sommes obligés d’imaginer un troisième tableau sphérique qui relie les deux, car les choix de couleur et de composition n’en font pas du tout des variantes. Et pourtant ils sont ensemble, d’une façon inattendue et mystérieuse.
    La division même entre matière et image est annulée dans un tiers membre inconnu, ni l’un ni l’autre.
    Mais  » le pompon de la pomponette » arrive dans la salle sombre du Quintaou. Les tableaux pendent comme des toiles de tapies dans un noir absolu, dans une lumière d’apparition qui est celle d’une conscience qui regarde, dans les déchirures d’une pseudo fenêtre cassée sur un monde à venir. Et comme les tableaux se plient vers nous, nous devenons des habitants imaginaires de leur intérieur.
    Qui plus est , ici, hors dyades, la figuration, la matière et la lumière d’une couleur éclatante vont de l’une à l’autre sans aucune distinction.
    Tout ceci ne serait pas possible si Jean Claude Pinchon n’avait pas compris toute l’histoire de l’art moderne et n’y avait pas rajouté un chapitre.
    Je dis encore merci à Anglet,à Eklektika, à Jean Claude Pinchon et à son collectionneur avisé. j’aura raté quelque chose de moi-même et du monde à ne pas voir cela.
    Cordialement,
    Carlos Dorim, poète.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.