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‘Les moments de solitude’ d’Isaac Cordal : état des lieux avant liquidation de nos rêves

5 février 2015 > > Un commentaire

Du 5 février au 4 avril 2015, la galerie Spacejunk de Bayonne ouvre son lieu aux « Moments de solitude » d’Isaac Cordal, pour une remarquable exposition qui n’en finit pas de nous remettre en question.

L’ensemble échappe à l’idée enfantine de départ. Des petits bonhommes de ciment mis en situation dans des mondes trop grands pour eux.

Isaac Cordal les a disposés aux quatre coins du monde, souvent dans des pays durs, comme le Mexique ou l’Angola, où l’impact a été immédiat.

L’artiste né en Galice positionne ses personnages en costume, qui brandissent attaché-case et téléphones portables, dans une fissure de mur, une faille de trottoir, une flaque d’eau. Une scénographie du minuscule, poétique, inquiétante, également.

cordal-spacejunk-2L’époque est en crise, la poésie qu’il en fait surgir est un raz de marée, « nous vivons une époque de crise, ce qui arrive quand l’ancien régime ne veut pas mourir mais que le nouveau n’est pas capable de s’imposer », confie-t-il.

Et assène.

« Nous vivons dans des époques où les monuments, mausolées et œuvres pharaoniques deviennent inutiles, plus besoin non plus de centres commerciaux et d’aéroports, plus d’autoroutes ni de ponts, non pas à la cause de la crise économique mais plutôt parce qu’ils ne nous laissent pas pleinement profiter du coucher de soleil ».

cordal-spacejunk-9Repéré par Jérome Catz, le fondateur des Spacejunk, avant même sa résidence spectaculaire aux Voyages de Nantes, Isaac Cordal façonne une ironie du désespoir, sans vouloir en plaisanter.

Il met en scène des survivants, des slow sinking, des petits bonhommes aux sommets de plateaux observant le large, le loin, on les sent en attente, et on ne peut que prédire avec eux des catastrophes inéluctables.

La perspective photographique des clichés qu’il prend, et rajoute à ses installations, échappe au seul message artistique. La perspective est là, tout simplement.

Celles des dérives sociales et morales, qui ont enfermé les êtres dans des cages à lapin, où leur est demandé de prolonger jusqu’à l’épuisement la conquête du pouvoir et de l’argent.

cordal-spacejunk-5La valeur du travail d’Isaac Cordal n’est pas tant de dénoncer cela que de nous montrer notre participation pleine et entière, lucide, quand sont freinées nos envies de mettre à bras ces statues gigantesques qui nous dominent. Et nous maintiennent dans cet infiniment petit des « rien du tout » généralisés.

L’homme ne devrait pas être cette entité duplicable d’un nouvel esclavage consenti, l’exposition des Moments de solitude de l’artiste galicien devient terrifiante. Pouvons-nous dès lors affirmer que nous sommes différents de cet « homme qui rétrécit », cette figure-cauchemar du cinéma fantastique des années 50 ?

Un demi-siècle plus tard, l’Espagne de Cordal préfigure un monde qui ne croit plus au Père Noël.

Ses personnages se pendent aux branches du sapin. Et ne prennent même plus la peine d’éteindre les guirlandes avant.

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« Mes sculptures sont devenues de plus en plus petites, j’imagine donc que la prochaine étape, c’est leur disparition… », conclut Isaac Cordal.

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