Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

Le grand Jacques, avant et après le dentiste au BIG Festival Biarritz [« j’ai de la chatte »]

13 juillet 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Mardi soir pour l’ouverture de la BIG Boite Biarritz 2016, le musicien electro Jacques a collé à son image aussi zarbi que génial de bidouilleur de sons joués en live. Avant d’enflammer le public dans la nuit, il nous a accordé un entretien dans un cabinet dentaire où une rage de dents menaçait le bonhomme et le concert.

Il y a des moments de la vie où tous vos talents et votre volonté peuvent être réduits à néant par un tout petit trou dans une dent.

Dans le cas de l’invité de marque de la première soirée techno du Big Festival 2016, l’extra-ordinaire Jacques, faiseur-bidouilleur-electro de sons, une carie dans la prémolaire supérieure gauche n’est pas qu’un simple inconvénient : la rage de dents avec laquelle il est arrivé à Biarritz était une problématique au moins aussi urgente que le montage de son matériel sono.

big-biarritz-2016-jacques-e

Jacques à la BIG Boite, après le dentiste.

Eklektika l’a accompagné chez un dentiste, sollicité en urgence par les organisateurs, et la rencontre s’est prolongée jusqu’à la fin de son set, dans la Big Boite devant un public conquis jusqu’à la transe.

A la question du dentiste (« cela ne vous dérange pas que ces deux personnes soient présentes pendant mon intervention ? »), Jacques a répondu : « Ptsssstts gggddshmm chhc ttshch kttnnnsnn, chhhé cool ».

On a pris ça pour un « Ouais,  ça roule », on vous détaille la rencontre sans rien vous cacher de ce qui s’est passé hier soir.

Merci à Jacques, merci aux organisateurs, et merci au dentiste.


Dévitalisation étape 1
Une anesthésie locale est pratiquée pour prévenir la douleur, elle agit en bloquant les terminaisons nerveuses

Cela fait six ans à peu près que Jacques a orienté sa vie vers cette certitude que tous les sons font sens, dans un canevas de boucles électro de sons produits en live durant son set, divers objets cognés, frottés, frappés ou caressés faisaient office de rythmiques entêtantes.

« J’ai un set live effectivement original à chaque prestation, cela représente à chaque fois un risque pour moi de ne pas bien sentir ou partager ma musique, les organisateurs le savent aussi », mais cela se passe bien, chaque concert lui vaut 3 propositions à venir, « je suis passé de 1 concert par mois à trois par semaine, en très peu de temps ».

Considéré aujourd’hui comme un artiste complet, Jacques apprécie également d’avoir été repéré comme musicien, « notre époque se contente trop de gars planqués derrière leurs ordis, ou de Djs, qui en font encore moins ».

Son créneau à lui reste l’improvisation, ses live electro y gagnent en puissance scénique, « mais c’est sûr que si je suis en colère, en mauvaise forme ou si j’ai mal aux dents, c’est pas pareil », il se tourne vers le dentiste, « c’est normal que ça picote encore ? ».


Dévitalisation étape 2
Une voie d’accès est ménagée à travers la dent pour accéder aux racines


big-biarritz-2016-jacques-5

Ces champs harmoniques qui s’imposent à lui de façon très sensible lui offrent un point d’étape sur son travail musical, « je vois où j’en suis, je déteste me répéter, et je peux voir toutes les améliorations encore à apporter ».

Sa musique définit aussi son parcours géographique nourri de système D sur Paris, de chambre de copains (« j’en ai connu 12 en trois ans ») en squats à ré-aménager, en y espérant une ligne de tension électrique pas trop loin, ou de l’eau courante, ce qui peut ne pas être le cas parfois.

« J’ai longtemps galéré, jusqu’à ce que, avec des potes, on parvienne à définir l’utilité d’un squat où installer 4 ordis au m2, et bosser sur un nombre importants d’aspects créatifs en même temps ».

Il en conserve la certitude d’avoir appris à ne pas dépenser, plus encore que de gagner du fric, on imagine que certains de ses potes ont dû tousser, il a malgré tout tracé sa route pour atterrir dans une ancienne usine Wonder de l’époque Bernard Tapie, « c’était tellement pollué qu’on nous a prévenu de ne pas remuer la terre ».

Il s’y est occupé de l’étage musique, la question a été de ne pas se laisser envahir par les pessimistes indécrottables ou par les zombies noctambules, sourire malgré la roulette.


Dévitalisation étape 3
Les racines sont nettoyées et élargies à l’aide de petites limes puis sont désinfectées avec des antiseptiques


big-biarritz-2016-jacques-3

Sa vie s’est à la fois retrouvée « encombrée par des mecs qui viennent sur ta notoriété, et qui te prennent la tête quand, toi, dans ta vie privée, la question prioritaire reste celle de l’accès électrique, à l’eau et à internet ».

Jacques a 24 ans et pas l’intention de rester dans ce genre de lieux toute sa vie, « au bout du compte, l’endroit où tu vis à 40 ans parle aussi de ce que tu es devenu », il secoue la tête et la meuleuse avec, « besoin d’espace, dans un mode de vie lent, et plus simple ».

Il refuse d’être considéré comme « un mec malin », il a juste une sainte horreur de la norme héritée d’années de collège privé où l’évêque du coin venait faire des cours.

Il a plongé dans la musique et la différence, « tu as vu ma coupe de cheveux ? Y’a que moi qui est coiffé comme ça aujourd’hui ! », oui, sans doute, le dentiste au-dessus de lui partage cette impression.


Dévitalisation étape 4
les racines sont obturées de façon étanche pour éviter toute réinfection


big-biarritz-2016-jacques-7Les apparences n’ont pas formé l’ADN de ses recherches musicales permanentes,  débutées dans un groupe rock, puis est venue la grande phase d’autodidacte, « j’ai surtout appris en écoutant Youtube pendant des jours et des nuits ».

Il a perçu un niveau de lecture nourri de cycles puissants de sons d’objets, « très féminins, il me semble, si l’on devait les qualifier », et il s’est dès lors interdit de les sampler, pour les reproduire en live à chaque concert.

« Le looping a pris, je pense même que cela va devenir une sorte de norme pour tous les musiciens », et chaque soir, il confie regarder ses machines comme un chef cuisinier le ferait d’une table où rien ne lui interdit de mélanger les produits qu’il connait par coeur, il ferme les yeux en écoutant l’aspirateur dans sa bouche.


Dévitalisation étape 5
dans ce cas précis de Jacques, le soin est provisoire, s’assurer de connaître un bon dentiste qui prendra la relève


big-biarritz-2016-jacques-6

Le fait de se retrouver au BIG Biarritz est un vrai motif de satisfaction pour lui, il se retrouve sollicité à la fois par des contacts établis via les réseaux sociaux, mais également par son label, Pain Surprises, « ça a tout de suite cartonné, j’ai eu de la chatte ».

Le terme n’a pas de grossièreté revendiquée mais porte cette certitude que la sensibilité doit être valorisée dans une période qui pourrait se passer des brutes incontournables, « la  musique traverse de très nombreux points de convergences avec de très nombreux champs créatifs émergents », il rêve de jouer d’une GoPro dans de prochains concerts où la vidéo trouverait sa place.

Pour l’heure, il a essayé, « je ne sais pas encore le faire », il masse sa mâchoire, ça va mieux, il sourit, « j’ai eu de la chatte de tomber sur vous, merci pour les soins, je n’ai plus mal », la soirée reprend sa bonne humeur, les sourires s’échangent, direction la Big Boite.

big-biarritz-2016-jacques-8


Dans la Big Boite, la rage (non dentaire), et le feu


Jacques a pris place sur la scène vers minuit et quart, il a disposé ses objets divers et très variés retenus pour la soirée, ainsi que sa guitare, devant un public qui n’a pas traîné à s’approcher de la scène.

big-biarritz-2016-jacques-abig-biarritz-2016-jacques-bbig-biarritz-2016-jacques-cbig-biarritz-2016-jacques-d

Puis, en quarante cinq minutes, il a mis le feu au dancefloor.

big-biarritz-2016-jacques-fbig-biarritz-2016-jacques-gbig-biarritz-2016-jacques-hbig-biarritz-2016-jacques-i


Jacques – Phonochose #1 : Live-looping à l’Amour (juin 2015)



Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.