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‘J’appelle mes frères’, de Jonas Hassen Kemiri : écrire après une bombe

18 février 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Si vous vous demandez ce que c’est que d’être dans la peau d’un  arabo-américain quand un acte terroriste a été commis localement et que les flics sont à la recherche des auteurs ?

C’est le thème du roman J’appelle mes frères de Jonas Hassen Kemiri, fils d’un père tunisien et d’une mère suédoise.

Il a été écrit comme un poème en prose, adapté en roman, puis révisé pour devenir une pièce de théâtre.

L’histoire :

j'appelle-mes-freresUne voiture piégée explose dans le centre de Stockholm, semant la panique générale. La police sillonne la ville à la recherche d’un coupable et les habitants sont en proie au doute. Amor, un jeune homme issu de l’immigration, arpente discrètement les rues en essayant de ne pas se faire remarquer. À la recherche d’un anonymat devenu impossible, il est hanté par ce qu’il ressent comme une méfiance accrue à l’égard des “gens comme lui”. Il appelle ses frères pour les mettre en garde : planquez-vous, fondez-vous dans la masse, ne vous faites pas remarquer – ça va commencer. Le sentiment d’insécurité qui s’insinue peu à peu en lui et le prend en otage finit par devenir tellement oppressant qu’il va jusqu’à douter de sa propre innocence…

Amor a la peau plus mate que ses congénères suédois, les cheveux bruns attachés en queue de cheval et une barbe. Il est étudiant en chimie tellement passionné par le sujet qu’il appelle ses amis par l’élément qui se rapproche le plus d’eux.

Amor a passé la nuit en boîte et quand son ami Shavi l’appelle au petit matin pour lui dire qu’il y a eu une bombe, il ne répond pas et laisse la boite vocale faire son travail.

Le jour d’après, sa cousine, qui vit à l’étranger, lui demande s’il peut aller échanger la mèche d’une perceuse, ce qui le fait aller dans un magasin de bricolage près du lieu de l’explosion. Et cela malgré avoir été averti par ses amis qu’il ressemblait au  poseur de bombe et qu’il devrait plutôt se faire discret quelques jours.

Le livre se découpe en cinq chapitres, cinq noms, cinq personnages : Shavi, Alhem, Valeria, Karolina et Tyra.

Shavi, l’ami d’enfance, maintenant marié et papa d’un bébé. « Shavi c’était toujours le mec qui voyait le monde d’une manière différente. »

Alhem, la cousine. « elle qui était partie aider ma grand-mère paternelle à construire une maison d’été sur la côte ».

Valeria, celle qu’il aime mais qui ne l’aime pas « Oui ils sont toujours amis. Ils s’appellent. Ils discutent. Et parfois, il y en a un des deux qui… »

Karolina, qui veut simplement défendre la cause des animaux.

T’as dit que tu t’appelais comment ? “Karolina” ? “Ka-ro-li-na” ? Je suis sûr que tu t’appelles pas comme ça.
 Euh. OK.
 Tu viens d’où ?
 Pardon ? J’appelle de Droits des animaux. L’association la plus importante de Suède et…
 Mais comment tu t’appelles ?
 Moi ? Karolina.
 Non, tu t’appelles pas Karolina. J’entends que tu triches. Je l’entends. Vas-y. Dis comment tu t’appelles. Dis comment tu t’appelles en vrai.

Enfin il y a Tyra

Est-ce qu’Amor est le poseur de bombe ? Son comportement paranoïaque nous laisse à penser qu’il a quelque chose à se reprocher.

Il a un couteau mais quand il décrit ce qu’il pourrait faire de mal avec, ses mots divaguent, passent du réel à la fantaisie. Est-ce que le policier qui le surveille existe vraiment ?

Comment faire la part du vrai et du faux dans un roman qui mélange monologue et discussion ?  Des mots dits fiévreusement, comme avec urgence et avec défiance.

Parce que nous ne sommes pas comme eux. Nous n’avons pas la nostalgie d’un passé hypocrite. Nous entrons la tête haute dans un avenir sans frontières strictes en sachant fermement qu’on ne peut pas remonter le temps ! Répétez-vous à vous-mêmes : Nous n’avons pas peur.
C’est vrai, non ? Non ?

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Photo Sergels Torg © Luca Monachino

S’inspirant de l’attentat suicide commis par Taimour Abdulwahab à Stockholm en décembre 2010, Jonas Hassen Kemiri traite avec talent du profilage racial, du statut des immigrés seconde génération, des attentats suicide.

Tous les éléments d’une histoire pas si banale sont là pour nous faire lire jusqu’au bout, pour comprendre, pour savoir. Et pour douter.

Dès que vous sortirez de chez vous, vous devrez cesser d’être vous-mêmes et vous devrez vous transformer en représentants. Il est de la plus haute importance que vous fassiez tout pour vous fondre dans la masse.

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j'appelle-mes-freresJ’appelle mes frères, de Jonas Hassen Kemiri
Actes Sud Littérature
Publié en avril 2014
128 pages – 12,80 €


 

 


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