Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

L’évènement Joël Pommerat à Bayonne, « Des humains entre eux »

10 février 2014 > > Soyez le premier à réagir !

Le nom de Joël Pommerat n’est pas inconnu à Bayonne de ceux qui, mercredi 12 et jeudi 13 février au Théâtre de la Scène Nationale, espèreront avoir mis la main sur l’un des billets d’entrée de sa pièce La grande et fabuleuse histoire du commerce.

Désormais désigné par la Ministre de la Culture Aurélie Filippetti comme artiste associé au légendaire Théâtre des Amandiers de Nanterre, cet « écrivain de théâtre » (qu’il préfère au terme de metteur en scène) a su imposer une sensation du réel nourrie de poésie, par une écriture que tous ses spectateurs ont dégustée pour sa justesse, et ses puissantes émotions.

Lors de ces deux représentations données à Bayonne, il ne sera question que de ce que nous connaissons ou pressentons déjà, « des données établies peut-être de façon naturelle, mais sur lesquelles il n’est pas inutile de s’interroger », décrit-il. Jusqu’au titre narquois, dont le sens est déjà dynamité par la violence que représente ce qu’il faut faire (et se faire) pour entrer chez les gens, quadriller les villes inconnues, résumée par ce « faire mieux que les autres » qui est leur « marche ou crève ».

joel pommerat bayonneDans ce dyptique disposé sur l’année 1968 puis sur les années 2000, la même chambre d’hôtel tient lieu de théâtre du cynisme, ceux des VRP plaçant dans les mains de ceux qui n’en ont pas besoin des objets dont la vente les fait vivre, eux, ces reclus tantôt fiers à bras, tantôt victimes conscientes de leurs propres mécanismes de bourreaux.

La question ici n’est pas de donner à voir la « simple » voracité du capitalisme, ni de relancer la lutte des classes, mais, au sein de ces systèmes de fausses représentations organisées du réel comme l’est celui de la vente, d’interroger la possibilité de croire encore à la confiance des humains entre eux, travaillée en incertitude par ces individus prisonniers d’un système et de ses turpitudes.

Car nul n’a le droit d’évoquer sa vie, ses amours ou ses emmerdes tant il doit se concentrer sur son carnet de commandes, même si Pommerat laisse une chance à chacun de ses personnages, qui s’accrochent coûte que coûte, vaille que vaille.

joel pommerat bayonneL’interrogation ne relève ni du cri de guerre ni de la nostalgie des relations humaines, chez Pommerat. Il le sent, le sait, et nous l’offre : même chez ceux qui prétendent l’éviter, la roue tourne, et les nantis d’hier peuvent se métamorphoser en démunis d’aujourd’hui, que guette un avenir en dernière roue du carrosse.

Alors, dans la solitude grinçante des chambres d’hôtel, la fable se fera amère, quand le vide des existences les submergera, comme chez Arthur Miller de Mort d’un commis voyageur, où celui qui a cru que l’oubli de soi dans le travail lui assurerait le bonheur d’une vie pleine, qui aurait du sens, perd pied et se désagrège.

C’est cette même quête angoissée du sens qui étreint chez Pommerat ces hommes aux voix blanches, dans la pénombre des lieux anonymes où le travail les condamne à transiter, et où l’autre, de complice, est devenu en trois décennies son principal ennemi, muni des mêmes armes que soi, la déshumanisation en plus.

joel pommerat bayonneJe veux montrer comment la logique du commerce génère du trouble et de la confusion dans nos esprits, désagrège notre relation à autrui et toute possibilité de confiance dans les autres. Confiance : un mot qui a perdu tout sens. En montrant ces personnages de vendeurs professionnels, tout en bas de la hiérarchie du système, tels des soldats un peu égarés mais néanmoins convaincus et fidèles, je veux surtout parler de nous tous, citoyens ordinaires, immergés dans ce monde de faux-semblants et de vraies valeurs détournées et instrumentalisées plus ou moins consciemment. Certainement abusés nous aussi par la « grande » confusion de la « fabuleuse » histoire. Gagnants et perdants, unis pour le meilleur et pour le pire.

Joël Pommerat

pommerat joel bayonne


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.