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« Juste la fin du monde » : il n’y a rien à dire sur le nouveau Dolan, parce qu’il n’y a jamais rien à dire, de toute façon

28 septembre 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Sorti le 21 septembre dernier, le nouveau film de Xavier Dolan s’appuie sur la pièce de Jean Luc Lagarce : que les critiques et les spectateurs puissent avoir un avis très partagé devant cette rencontre de deux auteurs exceptionnels est finalement inscrit dans une dramaturgie où chacune de nos vies peut contester la notion d’un simple « spectacle ».

L’écueil devant le désir d’écrire sur le nouveau film du prodige Xavier Dolan, « Juste la fin du monde », ne relève pas de la difficulté, mais de son impossibilité.

Il n’y a rien à dire sur le nouveau Dolan, Grand Prix du Jury au dernier Festival de Cannes, à moins d’être passé complètement à côté de cette adaptation de la pièce homonyme de Jean Luc Lagarce, sur le retour dans sa famille de Louis, après 12 ans d’absence et de silences, pour annoncer à sa mère, son grand frère (et sa femme) et sa petite sœur (devenue grande) qu’il va mourir.

Dès la première scène, rien n’est caché de cela, il y a ces mots qui peinent à s’aligner dans la tête du personnage joué par Gaspard Ulliel, sur son siège d’avion qui le ramène près des siens, depuis sa trajectoire artistique d’auteur de théâtre que tout le monde suppose merveilleuse.

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La portée du théâtre est double ici, en premier lieu en suivant quelqu’un qui jongle avec les mots pour les autres et tremble pour les siens, et dans la maitrise habituelle des jeux de masques quand lui ne peut arborer qu’un timide sourire, dès que franchi le seuil de la maison familiale : l’y attendent son frère (Vincent Cassel), qui lui tourne le dos et fait la gueule, sa femme qui ne connaît pas sa place exacte dans cette histoire de non-dits familiaux (Marion Cottillard), la mère (Nathalie Baye), qui n’arrête pas le sèche-cheveux sur le vernis frais de ses ongles, et où celle qui avait 8 ans à son départ (Léa Seydoux) déploie l’enthousiasme d’une jeune fille de 20 ans désormais.

Il n’y a rien à dire, parce que Jean Luc Lagarce, qui a écrit son chef d’œuvre après avoir vécu cet instant à 35 ans, quelques temps avant de mourir dans les années sida, a porté la certitude que les dialogues ne feront pas sens immédiat, parce que les mots sont fatigants à force d’être fuyants.

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Il n’y a rien à dire, parce que Xavier Dolan s’est emparé de cette pièce comme un chirurgien fixé sur son microscope, de très près, avec une fureur animale, mais sans plus expliciter la résolution de la dramaturgie, quand bien même les conversations futiles emplissent l’espace pour empêcher les vraies confidences d’être entendues.

Il n’y a rien à dire parce que l’on ne peut pas dire, devant ce sentiment oppressant que les mots sont en faillite.

Ceux que l’on ne peut dire, ceux que l’on aurait dû dire depuis longtemps, ceux qui font peur, ceux que l’on ne voudrait pas être obligé de répéter, de simplifier, d’expliciter.

Pas plus qu’il n’y a de mots pour dire que l’on va partir, il n’existe pas de mots pour dire pourquoi on est revenu.

« Juste la fin du monde  » devient alors un film dangereux, hors du « famille je vous hais » qui aurait dû offrir sa simplicité en cache-misère.

Il est dangereux parce que l’expression « c’est du cinéma » est balayée dès la première séquence, on n’est pas dans le spectacle mais dans la vie, là où la distance avec l’œuvre devient problématique, perturbante, asphyxiante.

Il n’y a rien à dire sur cette rencontre entre Dolan et Lagarce parce que chaque spectateur peut en avoir un sentiment propre et unique, pour avoir entendu une porte s’ouvrir ou avoir vu une fenêtre se refermer, ce qui ne peut être partagé éventuellement qu’après un très long moment de silence à la sortie du film.

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Il n’y a rien à dire parce que des larmes peuvent couler sur votre visage ou alimenter la vase en vous, et que cela suffit. Cela suffit.

Il n’y a rien à dire, parce qu’il n’y aura rien à dire. Il faudra sans doute envisager de repartir, sans le confort d’avoir été compris, écouté.

Il faudrait au moins quitter ces lieux avec le sentiment que l’on a été aimé, qu’on l’est encore et que tout se comprendra peu à peu.

Mais ni Lagarce ni Dolan n’offrent cette certitude.

Les mots ont perdu, le cœur s’est accéléré, mais votre main a empoigné la poignée de la valise, dans le brouhaha des conversations où se sont étouffés les mots d’amour.

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juste-la-fin-du-monde-xavieJuste la fin du monde – Réalisé par Xavier Dolan (Québec), avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux, Vincent Cassel, Marion Cottilard – 1h35

En salles au Cinéma L’Atalante de Bayonne, au Royal de Biarritz, au Select de St Jean de Luz


 


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