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« Karamazov » de Bellorini au Théâtre de Bayonne : un moment exceptionnel a bien été au rendez-vous

7 février 2017 > > Soyez le premier à réagir !

Dans le « Karamazov » de Jean Bellorini, donné la semaine passée au Théâtre de Bayonne (co-produit par la SNSA),  l’œuvre de Dostoïevski devient une ode à la vie, par la force du collectif : l’incarnation magistrale des 15 comédiens-musiciens a fait vivre au public un moment de théâtre exceptionnel.

Mis en scène par le dramaturge et metteur en scène Jean Bellorini (également directeur du Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis), son Karamazov inspiré du chef d’oeuvre de Dostoïevski brasse les questions existentielles du roman, dans un format assez exceptionnel de 4h30 sur le plateau.

Croire ou pas en Dieu, en l’éternité, en l’homme, en la justice, en l’amour : la pièce de théâtre restitue l’essence du roman, mais les corps, les voix et la mise en scène inventive et esthétique en font un objet théâtral complet.

Le spectacle célèbre avant tout la vie, par-delà les croyances des personnages en Dieu ou dans le socialisme. Comme le dit l’un d’eux à la fin : « On peut quand même aimer l’humanité sans croire en Dieu ! ».

On ne peut pourtant pas dire que les relations amoureuses dans le spectacle vantent l’amour, ni que les relations filiales et fraternelles donnent beaucoup le goût de la famille.

De la dureté, de la souffrance, du doute, sans parler des récits récurrents d’injustice et de honte, d’humiliation d’un père devant son enfant : il y en a à foison chez Dostoïevski. Mais Karamazov parvient à transmettre le texte avec un souffle qui mêle de manière indissociable les forces de vie et de mort, d’obscurité et de lumière.

Le dispositif scénographique est proprement époustouflant : une datcha au toit plat porte par moments les comédiens comme sur un deuxième plateau, plus près du ciel. Les rails qui traversent la scène permettent à des blocs de décor de se déplacer.

Arrivent ainsi sur scène des bouts d’appartement, fermés de vitres comme des cabines transparentes, ou simplement des angles de salons, chambres, etc, et tout fonctionne merveilleusement.

L’humour est également présent dans le choix de certaines chansons entonnées par les comédiens, comme ce Tombe la neige d’Adamo, complètement incongru et très réussi. Des moments de grâce surgissent, comme ce chœur des comédiens chantant a cappella le Gloria de Vivaldi, sur le toit. Moment réellement suspendu dans le temps et l’espace.

Il faut mentionner l’ouverture jubilatoire du spectacle par Camille de La Guillonnière, co-adaptateur du roman et comédien.

D’une manière délicieuse, il interpelle le public, salle éclairée encore, pour introduire l’histoire en ironisant sur le temps que l’on s’apprête à passer ensemble. Immédiatement, le public est accueilli, il est pris par la main pour partir à l’aventure, en communion avec l’équipe.

Jean Bellorini le dit dans chacune de ses interviews : ce spectacle a été créé avec le concours de toute la troupe. Le texte a été choisi à un moment où la distribution des personnages principaux (les quatre frères, le père, les trois femmes) coïncidait avec les acteurs de la compagnie.

C’est un spectacle dont l’énergie débordante est portée par un collectif puissant. Les musiciens sont sur le plateau, les comédiens chantent, jouent de la musique et changent le décor à vue avec les techniciens.

La densité du spectacle ne permet pas, bien sûr, de tout saisir, tout retenir, des méandres métaphysiques évoqués sur scène, mais la richesse de l’ensemble est telle que chacun grappillera quelque chose, une nourriture sensible et intellectuelle, une image ou une émotion et, certainement, l’envie d’aller lire ou relire Dostoïevski.

Karamazov poursuit sa grande tournée française jusqu’en juin (toutes les dates à venir).


 


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