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« Karamazov » de Bellorini, à Bayonne : l’invitation rare à un théâtre total, pour interpeler Dieu et le diable

31 janvier 2017 > > Un commentaire

« Karamazov » est présenté à Bayonne les jeudi 2 et vendredi 3 février à 19h30. Un spectacle fleuve pour découvrir l’un des metteurs en scène les plus excitants et talentueux du moment, Jean Bellorini, accompagné de sa troupe de comédiens-musiciens-chanteurs, pour cette pièce coproduite par la Scène Nationale Sud Aquitain.

De lui, il n’est plus guère possible de le voir évoqué autrement que par des comparaisons avec des maitres fondateurs du théâtre, de Peter Brook à Patrice Chéreau, ou  Ariane Mnouchkine, dont il assume la filiation et salue la complicité constante : Jean Bellorini a 35 ans et, depuis le 1er janvier 2014, dirige le Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis avec son équipe fidèle.

Formé à l’école Claude Mathieu, où il a connu certains des membres de sa troupe actuelle, le metteur en scène aime les grands auteurs.

Après Rabelais, Victor Hugo, Brecht, il s’est attaqué avec son complice Camille de la Guillonnière à l’ultime roman de Dostoievski, Les Frères Karamazov, dont il présente des morceaux choisis, parmi les 3 000 pages de ce chef d’oeuvre de la littérature, réduites ici des deux tiers pour raconter, en quatre heures d’un spectacle palpitant et dense, cette terrifiante histoire de famille, opposant un père à ses fils.

Là encore, comme dans tous ses précédents spectacles, il mêle théâtre et musique au sein d’une choralité forte.

Les personnages de Dostoïevski parlent au ciel, à Dieu et au diable. Ils sont une quintessence d’humanité, de ses égoïsmes, ses désirs, ses haines et ses lâchetés, et Bellorini fait défiler pied au plancher les tirades théologiques, les histoires d’amour à tiroirs, les personnages tourmentés par des conflits intérieurs.

Jouisseur dépravé, Fedor est le père de quatre garçons : l’ardent Dimitri, venu réclamer l’héritage de sa mère, l’érudit Ivan, qui lui voue une haine non dissimulée, le mystique Aliocha, qui tente de réconcilier ce clan désuni, et le cynique Smerdiakov, fils illégitime revanchard et pervers. Alors que la fratrie se retrouve dans la ville paternelle, le vieil homme est assassiné. Qui est coupable: celui qui a porté le coup ou celui qui n’a rien fait pour l’empêcher ?

Jean Bellorini était déjà venu en 2013 au Théâtre de Bayonne présenter son spectacle Paroles gelées d’après Rabelais avec sa compagnie Air de lune, qui lui valut les Molières du meilleur spectacle du théâtre public et du meilleur metteur en scène.

Dans Les frères Karamazov, sur fond d’intrigue policière (qui a commis le parricide ?), le premier enjeu est de sonder les contradictions de l’âme humaine, et confronter d’une manière aiguë les valeurs du bien et du mal, de la justice et de l’injustice, avec la question de la nécessité d’un dieu. De quoi nourrir le chef de troupe titillé par les questions existentielles et en prise avec son temps.

Porté par une exigence inébranlable d’entremêler, sans jamais trahir l’un ou l’autre, théâtre et littérature, Bellorini considère que son travail est réussi si les spectateurs sortent en voulant lire le texte original. Rendre le spectateur lecteur du texte. Un comédien donc, qui parle à un spectateur, comme un conteur.

C’est au Festival d’Avignon 2016, en plein air (dans la fameuse carrière Boulbon qui accueillit le Mahabharata de Peter Brook), que Jean Bellorini a créé Karamazov. Du spectacle de 5 heures diversement apprécié par les critiques du Festival subsiste aujourd’hui une version raccourcie de 4 heures (4 heures 30 avec l’entracte et la soupe offerte par le théâtre).

Ce spectacle plus resserré, qui a gagné en force, a été joué par la troupe de Jean Bellorini tout le mois de janvier 2017 au TGP, et entame sa grande tournée française par Bayonne. Et ses premiers spectateurs avouent ne pas avoir vu le temps passer.

Raconter une histoire donc, pour s’adresser au goût ancestral d’en écouter, et pour divertir. Saisir le spectateur, le séduire avec cette œuvre que l’on place au sommet de la littérature.

A mains nues, face aux spectateurs. Comme une extension du domaine de la lutte au théâtre, pour accompagner le spectateur vers la main et lui demander avec lui de réfléchir à une interrogation portée par Ivan « Ce n’est pas Dieu que je n’accepte pas. C’est le monde qu’il a créé ».

Un théâtre humaniste, sombre et joyeux, qui célèbre la vie et explore les tourments humains : présenté au Théâtre de Bayonne les jeudi 2 et vendredi 3 février à 19h30.


Teaser « Karamazov », Jean Bellorini, Théâtre Gérard Philippe de St Denis


 


Commentaires

Une réponse à « Karamazov » de Bellorini, à Bayonne : l’invitation rare à un théâtre total, pour interpeler Dieu et le diable

  1. Nicolas Sarrade dit :

    Quatre heures et un départ pour la Russie à 19h30 pétantes ! Ne vous ratez pas, c’est une proposition qui vaut vraiment le détour. Une co-production de la SNBSA ? Bravo à elle ! « Karamazov »… un incontournable de la saison 2016-2017 qui vient rejoindre le formidable « Titus et Bérènice » dévoré quelques mois plus tôt.
    Et vive la soupe d’entracte !

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