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« Silences » du poète-sculpteur basque Zigor : une main caressante et l’autre, poing serré

20 avril 2016 > > 3 commentaires

Poète, sculpteur sur bois, bronze ou acier, mais aussi dessinateur et photographe, l’artiste basque Zigor vient de sortir son dernier livre « Silences » aux éditions Kilika, dont la sortie officielle aura lieu le 6 mai à la Médiathèque de Biarritz.

Dessins au brou de noix, bois sculptés (platanes, châtaigniers, hêtres), bronze fondu et poésies minérales, l’artiste basque Kepa Akixo, connu sous le nom de Zigor, a toujours puisé son inspiration dans l’observation de la nature.

Né à Aretxabaleta au Pays basque sud, ses écrits en langue basque sont publiés dès 1973. Il devient reporter photographe et parcourt le monde jusqu’en 1982 puis s’installe à Biarritz où il va s’adonner à sa nouvelle passion : la sculpture.

zigor-biarritz-silencesDe voyages en histoires insolites, d’engagements politiques en promenade solitaire, c’est en parcourant son existence qu’il nous est donné, non pas de comprendre, mais de ressentir les vibrations de sa quête et notamment du titre donné à son dernier livre : Silences.

Le livre en noir et blanc dévoile les photos d’un Pays Basque subtil, à fleur de peau, et des poèmes à son image, entre rugosité et caresse.

L’artiste a ouvert sa porte à Eklektika avant que celui-ci ne s’envole quelques semaines pour New-York, où sa galerie est installée.

Son lien éternel avec le Pays Basque

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Extrait du livre « Silences  » de Zigor

En parcourant les pages de Silences, à l’image de cette bergère caressant un mouton d’une main et serrant son poing de l’autre, des murmures nous parviennent entre la clarté d’une rivière et le ton rocheux d’une montagne ou d’un regard.

Ces murmures, ce sont les pensées de Zigor, sûrement solitaire à l’instant de ces clichés pour lesquels il choisit le noir et blanc, révélant son lien éternel avec le Pays Basque et la nature dans ce qu’elle est de plus stable mais aussi de plus éphémère.

Comme l’immobilité dans la danse est toujours la danse
Le silence est toujours la langue (extrait du livre Silences)

« Le chaos est très organisé. Mais c’est une organisation que le regard ne reconnaît pas ».

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Extrait du livre « Silences  » de Zigor

Ce sont ces mots vertigineux de Zigor qui nous accueillent dans son atelier et sur lesquels nos pensées s’appuient, comme nos regards errants se nichent dans les courbes des bois et des bronzes sculptés, disposés ici et là.

Ici, la matière raconte ce que la fragilité contient de plus solide, à l’image des ailes d’oiseaux que Zigor aime reproduire dans toute leur agilité et leur puissance, membres délicats tenus par un fil, mais qui vont pourtant supporter tous les vents.

Observateur de la nature et de ses gestes invisibles, il rassemble les pierres fracturées, témoins d’un tout qui se disloque un jour pour créer « autre chose » et fracture ce qui est relié, renouvelant le mouvement originel du chaos.

zigor-biarritz-1La violence de la séparation réside dans les créations de Zigor tout autant que l’harmonie retrouvée, ce fameux « chaos qui s’organise », cher à l’artiste.

Compositeur tellurique aux constructions gigantesques telles qu’on lui demande souvent, c’est dans l’infiniment subtil et parfois l’infiniment petit que son regard puise sa source.

Dans le poids d’une goutte d’eau qui s’en va plier l’herbe sans la déchirer, ou dans l’existence protégée d’une graine qui, pour venir à la vie, va semer le désordre derrière elle.

Du local pour aller vers l’universel

Reconnu et exposé à Anglet, Bilbao, Bordeaux, Madrid, New York, Washington, il offre à Biarritz Olerki qui signifie Poèmes en basque, cette sculpture que nous pouvons admirer sur le plateau de l’Atalaye face à la mer et que parfois des gens enlacent comme il le ferait avec un tronc d’arbre, pour en capter la tendre énergie.

zigor-biarritz-12Il créé également Urkulu, aux Halles de Biarritz, en 2015, qui témoigne du chagrin d’un rocher qui voit s’en aller la vague ou Eskua (la main) : deux blocs d’acier massif étreignant un galet de Guéthary.

A l’embouchure de l’Adour, près de la Barre, l’oiseau qui déploie ses ailes de « géant » tel un albatros qui ignorerait son immobilité est aussi signé de son nom.

L’essentiel dans un monde compliqué

zigor-biarritz-8Kepa Akixo se défend de l’abstraction pour privilégier le non figuratif.

Il appelle au toucher et parle avec sensualité de ses œuvres qu’on ne peut s’empêcher de frôler de la main pour en retenir la douceur et autour desquelles on tourne, chaque angle offrant une œuvre nouvelle, laissant passer la lumière, le vent ou l’eau.

« Il n’y a pas de fin dans mes créations », confirme l’artiste dans un sourire passionné.

« Toutes mes sculptures ont été arbre un jour, et c’est au plus profond de celui-ci qu’habite la forme. Il faut le regarder longtemps pour que nos chemins se croisent au milieu du hasard », écrit un jour Kepa Akixo.

Il nous raconte alors que plus jeune, lorsqu’il regardait un arbre, il percevait de suite la sculpture que celui-ci contenait. Il n’avait plus qu’à aller la chercher.

Mais les années passent et le regard se voit adultéré par la pensée, alors il faut aller chercher ce regard initial, seul en montagne, par exemple, écouter, voir la simplicité, se vider des perceptions baroques, déshabiller son regard des pensées.

« Faire avec peu, c’est très difficile. La simplicité, le dénuement nous déchiquettent vite. Mais leurs absences nous rendent aveugle ».

« Sans passion, tu ne braques pas les banques »

zigor-biarritz-6Passionné, construit de plusieurs strates comme en parlerait un géologue, Zigor n’a pas toujours été un nom d’artiste pour Kepa Akixo.

Ce pseudo, il le doit à sa vie passée comme ancien membre de l’ETA, baigné depuis son enfance dans un monde militant lié à l’histoire du franquisme. « Sans passion, tu ne braques pas les banques », raconte t-il en souriant, plongé dans ses souvenirs de vie clandestine, où survie et solitude marchaient d’un même pas certain vers l’absolu.

« Nous étions très vivants, nous chantions et notre légèreté ne nous dispensait pas de profondeur. Nous étions convaincus de nos actes. J’ai adoré mon existence, son intensité, je l’adore encore ».

Aujourd’hui et même sans accord idéologique, Kepa Akixo se sent proche, voire responsable des prisonniers basques.

« Je fais partie de ceux qui leur ont chauffé la tête », explique t-il, « tant qu’il y en a encore en prison, une partie de moi est avec eux ».

Semer l’identité du Pays Basque à travers le monde

zigor-biarritz-7En phase avec la lutte armée quand il s’agit de légitime défense, Zigor la continue à sa façon face aux matières difficiles, « il faut cesser de croire que l’identité nous isole. Je ne veux pas que les gens parlent ma langue, je veux qu’ils parlent la leur. C’est ainsi que nous sommes égaux et identiques. Le contraire est un génocide ».

Ainsi, chez Zigor, les sculptures respirent, se consolent du chaos qui nous dépasse et qui nous survivra, un pays Basque entier dans son bois et son imaginaire, « si un basque croise une de mes sculptures dans le monde, j’espère qu’il sentira un peu de son pays ».

A l’image de cette phrase, prise dans son livre, comme un cri s’en échappant :

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Extrait du livre « Silences  » de Zigor

Gizonaren eskuak harria hartu
Eta mendia jo oihartzuna bila

La main de l’homme prit la pierre
Et frappa la montagne cherchant l’écho
(extrait du livre Silences)

Sur ce, faisons aussi Silences.


Pour information : Zigor est représenté par la Galerie Jean-Bernard Dehoux 39 bvd Thiers à St Jean de Luz. Ses oeuvres y sont exposés toute l’année.


 


Commentaires

3 réponses à « Silences » du poète-sculpteur basque Zigor : une main caressante et l’autre, poing serré

  1. Tony dit :

    Excellent article…C’est bien pour ça que je l’adore…!!!

    • Kattalin dit :

      Merci pour votre message Tony !
      Par ailleurs, Zigor est représenté par la Galerie Jean-Bernard Dehoux 39 bvd Thiers à St Jean de Luz. Ses oeuvres y sont exposés toute l’année. Ramuntxo, peux-tu ajouter cette info sur le papier ? Chokran…

  2. SARRADE dit :

    Un aventurier-artiste qu’il m’a eu l’occasion de croiser… un homme simple et rieur également. Foncez le découvrir auprès des toutes jeunes et sympathique éditions Kilika. Bravo Vincent 😉

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