Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

« Kubo et l’armure magique » de Travis Knight : une oeuvre d’art par effraction dans un monde de produits conditionnés

7 octobre 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Poète cubain vivant désormais à Bayonne, Carlos Dorim a adressé à Eklektika un coup de coeur pour ce film d’animation sorti dans le circuit commercial : convoquant Myazaki et Fellini, « peu d’artistes ont en effet inventé un monde imaginaire aussi détaillé et enchanteur », écrit-il.

Kubo est un être aussi intelligent que généreux, qui gagne chichement sa vie en sa qualité de conteur, dans un village de bord de mer. Cette petite vie tranquille, ainsi que celle de ses compagnons Hosato, Hashi et Kamekichi va être bouleversée quand par erreur il invoque un démon du passé. Surgissant des nues cet esprit malfaisant va abattre son courroux sur le village afin d’appliquer une vindicte ancestrale.

kubo-Travis-Knight-6

Dans sa fuite, Kubo fait équipe avec Monkey et Beetle, pour se lancer dans une épopée palpitante afin de sauver sa famille et percer le secret de la chute de son père, le plus grand samouraï que le monde ait jamais connu. À l’aide de son Shamisen- un instrument musical magique-il va affronter toutes sortes de dieux et de monstres, notamment le terrible Moon King assoiffé de vengeance ainsi que les affreuses sœurs jumelles afin de dénouer le mystère de son héritage, réunir sa famille et accomplir sa destinée héroïque.

kubo-Travis-Knight-7

On pourrait croire à  la simple lecture d’un résumé, qu’il s’agit de l’énième dessin animé de  » heroic fantasy » que la production actuelle nous réserve : dans le cas présent, il y aurait erreur.

L’histoire proposée s’attache donc la jeune vie de Kubo, un jeune homme d’une douzaine d’années, que la mer rejette avec sa mère sur une plage déserte, près d’un village perdu.

kubo-Travis-Knight-5

Trois faits le caractérisent : il a un seul œil, des pouvoirs de chanteur redoutables, et une mère dépressive, car celui qui lui arraché son premier oeil est son grand-père.

Peu à peu on découvre la tragédie de cette jeune existence : sa mère, cette femme dans des états d’asthénie, était une femme magique qui, avec ses sœurs, était venue tuer son père, un vaillant samouraï qui affirmait les droits des hommes.

kubo-Travis-Knight-12

Pendant la bataille, le père comprit que sa quête était l’amour pour cette femme, la désarma en se désarmant, et l’humanisa.

De rage, le grand-père vint tuer tout le monde avec les deux sœurs restantes, et arracha un oeil de Kubo avant qu’il ne s’enfuie, car seuls les aveugles ont ici le pouvoir suprême.

Pour toutes ces raisons, Kubo ne peut pas sortir la nuit, où il devient visible pour son grand-père.

kubo-Travis-Knight-10

Mais il possède des pouvoirs magiques, car en utilisant son instrument à cordes japonais comme la guitare électrique d’un Jimmy Hendrix, il anime un monde mort en racontant des histoires.

Le conte passera par moult vicissitudes initiatiques, où il perdra sa mère, la retrouvera sous d’autres formes, retrouvera son père, et le perdra à nouveau,

Cet enfant de douze ans affrontera de fait seul son grand-père tout puissant qui veut l’aveugler définitivement, et la puissance du chant de Kubo s’avérera une arme d’une puissance insoupçonnée.

kubo-Travis-Knight-9

Il n’est pas nécessaire de statuer sur sa nature de seul conte pour les enfants : il est un conte pour l’adulte que je suis, et peut-être pour vous.

Fait en cinq ans pratiquement à la main (en stop motion de figurines), ce film est un ravissement esthétique, et la composition des images, les couleurs, les idées graphiques, en font littéralement un grand film de cinéma, à accompagner des mêmes superlatifs devant l’immense Princesse Mononoké de Myazaki : depuis Fellini, peu d’artistes ont en effet inventé un monde imaginaire aussi détaillé et enchanteur.

kubo-Travis-Knight-1

Cela est visiblement passé par un foisonnement hors de tout calcul financier, Travis Knight, directeur des studios Laika, ayant pris des risques considérables pour réaliser un ouvrage qui, par effraction, est une oeuvre d’art dans un monde de produits conditionnés.

Il n’est pas question ici de se substituer à la responsabilité des parents d’y amener leurs enfants, mais si vous croyez à la force de vie du chant contre le pouvoir, à la capacité de reparer ses propres blessures par la beauté de l’art, alors ce film est pour vous.

kubo-Travis-Knight-8


kubo-Travis-Knight-13« Kubo et l’armure magique » de Travis Knight – Etats Unis – 1h42 – Sorti 21 septembre 2016 dans le circuit commercial (CGR Bayonne, Monciné Anglet), avec les voix de Charlize Theron, Art Parkinson, Ralph Fiennes…

Renseignements sur le film via le site Allociné


dorim-carlos-3Depuis son arrivée à Bayonne en 2013, Carlos Dorim s’exprime et publie en français, sa langue maternelle étant celle d’un « pays mort, d’où je me suis évadé, et qui nous a quitté ».

Auteur de quatre recueils de « poésie infinitive », dont La Vie qui Gronde récompensé en 2010 par le Prix Simone de Carfort de la Fondation de France, Carlos Dorim partage désormais sa préférence pour des vers courts, non articulés sur le seul principe de la narration directe ou de la répétition, mais rapprochés de la poésie japonaise des haïkus.

Et on le remercie vivement pour son envie de partager son coup de coeur.


 


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.