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Kulture Sport : un « selfies-tival » loin de ses effets d’annonce (et une pensée pour Blondin)

26 mai 2015 > > Un commentaire

Du 12 au 14 juin prochain, Bayonne accueillera Kulture Sport, une manifestation croisée décrétée « de niveau international » par ses organisateurs, sans que le programme (enfin) révélé ne le confirme.

La scène eut lieu à l’été 1962, au soir d’une étape du Tour où le maillot jaune et futur vainqueur retrouvait son souffle, plus difficilement que prévu. Jacques Anquetil, ce champion cycliste que la France a tant aimé, devait répondre à la presse pour savoir comment s’était passée sa journée. Sans lever les yeux, il répondit : « Je n’en sais fichtre rien. Demandez plutôt à Antoine Blondin. Moi je pédalais… ».

A cette époque-là, l’écrivain cité, qui avait entre autres habitudes celle de siroter son verre de blanc au Bar du Marché à Bayonne, venait de publier Un singe en Hiver, et avait eu les honneurs d’une adaptation au cinéma, immortalisé par Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo. Mais Blondin continuait surtout de suivre le Tour de France, dont il fut le chroniqueur pour le journal L’Équipe, de 1954 à 1982.

L’anecdote est connue : elle aurait dû prouver encore longtemps que, sans la culture et la passion qui motivent la main d’un tel écrivain, « le champion, élément fabuleux dans le paysage moderne, est un héros qui ne parvient pas à devenir un personnage », pour reprendre Blondin.

kulture-sport-bayonne-7Les liens entre le sport et la culture, mariage heureux de récits, de dramaturgies et d’incandescence littéraires, artistiques et cinématographiques, n’ont donc que très peu à voir avec « ce regard un peu condescendant et très français de la culture sur le sport », axiome de départ du nouveau festival Kulture Sport, du 12 au 14 juin à Bayonne.

Cela vaut ignorance, imbécilité ou effet de communication douteux, et sans être forcé de choisir pour l’instant, cela n’augure rien de sensé. Ou seulement une inversion du regard de travers, largement perceptible dans le programme désormais dévoilé, présenté comme « le sport sous toutes ses cultures »

En premier lieu, son volet cinéma semble destiné à ceux qui ne fréquentent pas les salles depuis 20 ans, ou qui auraient renoncé à la télévision sur la même durée.

kulture-sport-bayonne-11De la projection des 3 premiers Rocky, à celles de films que nous aurions pu laisser dans l’oubli quelques temps (Karaté Kid, Rasta Rocket), la classification d’une trentaine de films en « grands docs » (tous passés par le petit écran), de « grands biopics » (tous antérieurs à 2013), sans les avant-premières pourtant avancées, la programmation, à 7€ la séance à l’Atalante, étale plus des recherches faites sur Wikipédia qu’une réelle proposition croisée, ambitieuse.

Des proposition de théâtre et de danse également loin, bien loin de leurs effets d’annonce lors de la présentation publique de Kulture Sport en janvier dernier ; des expositions photographiques dont l’intérêt, certain pour celle de Raymond Depardon (sur les JO de 1964 à 1980) et crédible pour les autres, même si déjà vues pour certaines ; et un volet littérature inexistant, quand pouvaient être imaginées tellement de rencontres, autres que la disposition publique d’ouvrages consacrés au sport : le doute est permis de penser que l’ensemble puisse concrètement attirer l’attention des grands médias nationaux, du 12 au 14 juin prochain, comme le répètent ses organisateurs.

Un embryon de propositions mises bout à bout, sans l’amplitude d’une imagination au travail qui l’aurait rendue incontournable, et qui n’est pas à la hauteur, pas cette année en tout cas, du modèle des deux éditions réalisées à Lyon sur le même thème depuis 2014.

culture-sport-lyon-3Seul le sens d’une « culture populaire » forme le ciment encensé de cette manifestation, dont les multiples invités (au moins annoncés), pour l’essentiel venus du sport (Rives, Teddy Riner) ou acteurs people (Jean Dujardin, Julie Gayet, Nastassja Kinski), auront pour tâche de transformer Kulture Sport en un joyeux selfies-tival chargé de faire taire les railleries.

kulture-sport-bayonne-1Et verra-t-on, comme annoncé et répété, Eric Cantona, Ken Loach et Emir Kusturica ? Aucune confirmation de ces noms ne figure pour l’heure dans le programme, à trois semaines de son ouverture.

Dès son lancement de presse en novembre dernier sur Paris, nous est apparue une re-définition de ce qui est censé faire « événement » dans la cité labourdine : des associations locales invitées à son organisation très « peñas », un budget important (annoncé à 480.000 € par biennale par ses organisateurs) et la validation de l’événement par son attractivité en seuls termes d’affluence, comme pour une foire commerciale.

Pour le moins, l’équipe rédactionnelle d’Eklektika assume n’y voir qu’une « édition zéro », loin de ses effets d’annonce.

Il se trouvera bien des personnes qui nous exprimeront ce « tant pis pour quelques intellos récalcitrants qui sont en définitive bien plus éloignés du peuple qu’ils ne l’écrivent à longueur de papier », déjà lu sous la plume d’un élu local.

Des mots moins difficiles à entendre que les superlatifs auto-alignés par ce nouveau venu dans le calendrier culturel de Bayonne, qui n’a guère fait dans la demi-mesure pour décrire « un rendez-vous national du sport et de la culture, comme Cannes est le festival du cinéma, […] Avignon celui du théâtre », par son maître d’oeuvre, le producteur Vincent Maraval, dans le bulletin municipal de la Ville.

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Dans ce dossier de 5 pages, le tout est surmonté d’un grand titre, « Kulture Sport est un Festival unique », dont le double sens a sans doute échappé à ses auteurs, mais que nous pouvons partager.

Oui, à Bayonne, ce festival est unique, puisque, de toute façon, il ne reste plus que lui à porter cette responsabilité, dans un calendrier culturel décimé (Translatines, Black&Basque entre autres), avec un soutien municipal de 60.000 euros par biennale de 3 jours.

Mais unique aussi dans sa prétention à le décréter, avec un programme où quelques expressions remarquables ne permettent pas d’en dissiper le dérisoire et la confusion des genres.

En particulier son regard ne semble être porté que du sport vers la culture, sans l’enrichir par ce que la culture peut porter comme créativité et liens, porteuse de challenges qui n’ont pas à rougir face à ceux du sport.

« Cocteau disait qu’il y avait un grave danger à ne pas ressembler à l’idée que les gens se font de vous ».

Blondin, toujours lui.

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A paraitre dans Eklektika cette semaine :

kulture-sport-bayonne-9Kulture Sport : ce que le Festival aurait pu être


kulture-sport-2Tout le programme de Kulture Sport sur le site dédié


 


Commentaires

Une réponse à Kulture Sport : un « selfies-tival » loin de ses effets d’annonce (et une pensée pour Blondin)

  1. Fillion Patrick dit :

    L’anecdote qui débute cet article comporte une erreur. Jacques Anquetil a proposé à ceux qui l’interrogeaient de lire le lendemain l’article de Pierre Chany et non pas celui d’Antoine Blondin.

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