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Kulture Sport à Bayonne : ce que le Festival aurait pu être

29 mai 2015 > > 5 commentaires

Du 12 au 14 juin prochain, le festival Kulture Sport présente à Bayonne une première édition autour de ces deux thèmes, un « faux départ » pour une rencontre décrétée « de niveau international » que Eklektika a imaginé bien différente.

Avant même que de dévoiler (récemment) son programme, le nouveau venu dans le calendrier culturel de Bayonne, ce festival Kulture Sport du 12 au 14 juin, a communiqué sur ses caractéristiques.

Trois années de réflexion sur cette double thématique par une équipe autour de son Président Vincent Maraval, 480.000 euros de budget réuni pour une organisation en biennale, 60.000 euros de subventions directes de la Ville, et environ 100.000 euros de prestations techniques municipales par édition.

De quoi parle Kulture Sport, ce « festival unique » propre à décliner « le sport sous toutes ses cultures », sinon de sa capacité revendiquée à créer un « grand festival culturel aux côtés de la Foire au Jambon et des Fêtes de Bayonne », posant ainsi son ambition…

Son argumentation a nourri une interrogation interne dans l’équipe d’Eklektika sur « ce qu’il pourrait être« , sans doute bien loin de cette assurance, suffisante pour l’heure, d’être porteur d’une « culture populaire ».

kulture-sport-prop-24Une façon pour nous de prolonger le débat public sur la question du choix politique de cette place qui lui est accordée, et de la satisfaction de son « sens » dans un paysage culturel qui a vu cette année être écartées ses principales références de festivals (Black&Basque, Translatines, Rencontres Improbables).

Dans leur dossier de présentation, on peut y lire que ce festival serait « de rayonnement régional, national et international, autour des grands noms du sport et de l’art et une programmation d’exception ».

Place donc, avec Kulture Sport, entre autres propositions thématiques, à ce qui y est décliné comme « le sport sous toutes les cultures ».

Sur trois soirs, on y note deux soirées « d’exception » : la finale du Top 14 de rugby projetée en public le samedi, suivie d’une Nuit Rocky I, II et III ; et, le dimanche, une commémoration de la finale France-Brésil de 1998, en présence de deux des joueurs de l’époque, au Théâtre de Bayonne.

France-Brésil-1998 (1)

Pour rappel; le schéma du 4-3-2-1 initial de la France contre le Brésil en 1998 – Et le score n’a pas bougé depuis 17 ans : 3 à 0.

Sans pouvoir le résumer à ces deux « événements », que le doute nous soit accordé d’y voir concrètement « le sport sous toutes ses cultures ».

« Il est permis de dépasser les bornes, à condition toutefois de rester dans les limites », disait l’humoriste et ancien résistant Pierre Dac, à qui on ne la faisait pas à l’envers.


 D’autres films, et sans se prendre la tête

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Deux recherches sur Internet permettent d’établir l’essentiel de la programmation cinéma de Kulture Sport pour cette année, constituée de classiques certes incontournables, mais également de nombreux films et documentaires télé déjà vus et revus.

Une première sur Google, avec les mots clés « cinéma et sport », et ensuite, sans aller le chercher du côté de Lyon, sur le programme du Festival international du film sportif de Seine St Denis, qui s’est déroulé en décembre 2014.

kulture-sport-prop-26La quasi-totalité des films proposés cette année par KS s’y retrouve, à l’exception de ce cinéma sur les différences, présent ailleurs mais qui n’a guère trouvé sa place à Bayonne.

N’y figurent pas le poids de l’Histoire (Watermarks de Yaron Zilberman), les dérives du sport (Substitute de Vikash Dhorasoo), la conquête de la place des femmes dans cet univers (Alice Milliat – La conquête du sport féminin, documentaire d’André Drevon), ou bien même les témoignages d’un monde plus global (Comme un lion, de Samuel Collardey, plus actuel que le vieux Ballon d’Or programmé) : des projections et des rencontres auraient pu aussi rencontrer un univers moins masculin, moins satisfait et triomphant.

A y noter tout de même le remarquable documentaire Into the sea, de Marion Poizeau, projeté le dimanche 14 juin à 16h, sur le surf féminin en Iran.

kulture-sport-prop-27Sorti trop discrètement il y a un an, De toutes ses forces de Niels Tavernier, avec Jacques Gamblin aidant son fils à dépasser ses limites dans un triathlon, aurait pu fournir une belle occasion de rencontre avec un public familial sur la question du handicap.


Des rencontres littéraires à foison

kulture-sport-prop-9Avec un programme encore non dévoilé à deux semaines de son ouverture, la littérature est pour l’instant la grande absente de ce rendez-vous.

Difficile pour l’heure de mesurer ce que représentera au village du festival « un stand littérature sportive : rencontres avec les auteurs, débats et séances dédicaces« , sans plus de précision.

Cette littérature contemporaine est pourtant foisonnante de points de repères anciens et actuels, dans à peu près toutes les disciplines sportives, et d’écrivains de renom.

Il aura fallu calmer l’ardeur livresque de la chroniqueuse littéraire d’Eklektika, qui, en se restreignant au seul univers de la petite reine, vous en aurait recommandé une trentaine.

D’Antoine Blondin à Albert Londres, qui en fut également un des reporters les plus honnêtes et passionnés, Tour de France Tour de Souffrance ; dans Éloge de la bicyclette de Marc Augé ; dans les Dernières nouvelles du martin-pêcheur de Bernard Chambaz, où le vélo et l’écriture deviennent les ressorts qui permettent d’échapper à l’abîme de la perte d’un fils ; dans La grande échappée de Didier Daenincx  ou chez Jean Bernard Pouy, autre grand nom de la littérature noire, qui a parlé dans 54X13 du geste héroïque d’un anonyme Dunkerquois du peloton.

Enfin, en Koup de Koeur, les dessins, textes et l’humour léger mais jamais méchant de Sempé dans Raoul Taburin, et dans ses dessins pour le magazine The New-Yorker.

veloL’écrivain américain Don deLillo dit joliment que « Les hommes aiment qu’on leur raconte la défaite, l’échec, l’effondrement, la perdition d’un autre ; cela les rend plus forts« . Peut-être parce que la victoire n’apporte pas les mêmes leçons de vie.

Seul quelques uns connaîtront la gloire – mais aussi la déchéance et même la mort – sur des routes dessinées par des hommes aux exigences impitoyables, motivés par la cupidité médiatique et financière.


D’autres propositions de spectacle

Sans manquer de respect, le numéro solo de Yohann Métay, La tragédie du Dossard 512, déprogrammé pour l’occasion du cabaret Luna Negra vers le grand Théâtre de Bayonne, ne peut pas réellement définir l’étendue du possible dans le croisement de ces deux thématiques.

Une opportunité, certes, tout comme l’est la proposition généreuse du « Match » d’improvisation dansée de Gael Daumenger (CCN Biarritz), qui n’est pas pour autant une production siglée Thierry Malandain.

La non-programmation au final de, M’appelle Mohamed Ali, solo d’Etienne Minoungou sur la vie de Mohamed Ali, est une déception, quand cette pièce a été une révélation du Festival d’Avignon 2014.

les_cavaliersAu même titre que ce que l’on aurait pu voir programmé ici, ces Cavaliers de Kessel, pièce extraordinaire et puissante sur un championnat séculaire de courses de chevaux en Afghanistan : mise en scène par Anne Bourgeois et Eric Bouvron, recréé sur scène sans décors, elle est portée par Grégori Baquet (Molière 2014 de la révélation masculine), qui incarne tout ce que la victoire, ou pas, dans cette épreuve sportive peut causer comme drame entre un père et son fils.

kulture-sport-prop-28Des spectacles de rues auraient aussi pu voir le jour, comme la compagnie des Urbaindigenes, dont le spectacle Le Mercodier, est formé par de furieux comédiens roulettes aux pieds, en équilibre volontiers instable, et particulièrement appréciés de ceux qui les ont découverts dans une place de village (même loin de l’odeur de jambon).


De la musique, des arts plastiques…

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La soirée inaugurale le vendredi 12 juin aux Arènes de Bayonne verra se produire le groupe français The Shoes, que les organisateurs rappellent être distingué par les Inrocks. D’autres chroniqueurs estiment pourtant que le duo manque encore de présence sur scène, mais là n’est pas la question.

Comment ne pas retrouver dans le programme musical des groupes parmi les 52 recensés l’an passé sur sa propre ville par la municipalité de Bayonne, en particulier dans l’animation de la salle du Magneto ? Ou même la présence de son Conservatoire ?

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Le volet arts plastiques pêche également par son absence d’ambition, l’exposition de photographies et de peintures, dans les obscures peñas de la ville, ne pouvant être l’alpha et l’oméga de cette discipline dans une ville où des liens se créent autour de collectifs comme Galac (Le Second Jeudi, Coop,…), François Loustau et le Frac Aquitaine.


… et un autre Prix Kulture Sport

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En pleine préparation pour les JO 2016, la remise d’un Prix annuel au champion de judo Teddy Riner vaut une solide communication (jusque dans les affiches), mais le premier intéressé a avoué sa surprise d’être « invité pour la première fois à un festival de cinéma », dans « une ville où on mange bien et où l’on s’amuse bien » mais qu’il ne connait pas.

Pour la double ambition exposée, une autre possibilité aurait pu être plus cohérente, offrant certes moins d’exposition médiatique.

Le jeune homme s’appelle François-Henri Deserable.

François-Henri DeserablePublié chez Gallimard, son premier roman, Clic ! Clac ! Boum !, sur la mort de Danton, lui valut le Prix du jeune écrivain de langue française, avant que son deuxième roman, Tu montreras ma tête au peuple (2012) ne reçoive le Prix Amic de l’Académie française, le prix littéraire de la Vocation et le prix Jean d’Heurs du roman historique.

Déjà dans l’optique d’une adaptation au cinéma, son nouveau roman historique, Evariste Gallois, sorti il y a quelques semaines, l’a définitivement imposé comme « un écrivain de fièvre et de foudre » pour le JDD.

Mais François-Henri Désérable a également une autre corde à son violon d’Ingres : il est joueur de hockey sur glace, défenseur latéral des Tigres de Boulogne-Billancourt : « aux fracas de la journée peuvent ensuite succéder les plages de silence de l’ écriture dans la nuit », confie-t-il.


Pour conclure…

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Les photos d’illustration de cet article sont tirés du travail du photographe finlandais Arno Rafael Minkkinen, qui n’a de cesse de fixer l’intimité des corps dans le paysage, dans l’effort.

Son travail a fait l’objet d’une rétrospective aux Rencontres Photographiques d’Arles en 2013, accompagné d’un confrère polonais, Tomasz Gudzowaty, qui est intervenu avec lui sur un atelier de présentation de leur travail convergent sur Photographier le corps, en particulier dans le sport, tous les sports.

La vidéo de présentation du workshop de Tomasz Gudzowaty, Beyond the body, est tout simplement fascinante.

Les deux artistes seront invités en novembre prochain au Grand Palais à Paris cet hiver, pour un événement réellement « d’exception ».


 


Commentaires

5 réponses à Kulture Sport à Bayonne : ce que le Festival aurait pu être

  1. Joli article.
    Il y aurait aussi pu avoir sur ce festival un « coup de cœur » vers les toutes jeunes éditions Bayonnaises BlaBla qui se battent pour que l’on parle d’elles, et qui auraient aimé pu proposer une exposition photographique autour de « Night Running Movie » leur 2e publication, fortement ancrée dans l’univers du sport et de la littérature innovante. Peut-être Eklektika a t’elle la réponse ?

  2. La réponse, tout le monde l’a. Toutes les initiatives écoutées par AVA devaient être « auto-financées ». Beaucoup ont estimé que, dans ces conditions, l’intérêt était minime, pour un coût qui par contre pouvait être réel (cf Carburateur).

  3. A y repenser ce matin en me remémorant ton article, je me suis dis que cela pouvait être en fait aussi un décalage certain de public visé… ce Kulture Sport ne s’adresse t’il pas finalement à… des enfants ou adolescents… et non à un public adulte ?

  4. En tous cas, j’essaierai tout de même d’aller saluer Raymond Depardon… la véritable star de cette proposition.

  5. de la Devèze dit :

    Dans un programme idéal on aurait également eu Foofwa d’imobilité, danseur, chorégraphe et performeur, dont le projet danse Kilometrix (courir en dansant) rassemble parfaitement, légèrement les thèmes de ce festival.
    à voir : https://www.youtube.com/watch?v=UP8porGIIDc

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