Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

‘La Belle et la Bête’ de Malandain à Versailles : instants furtifs et petites histoires nécessaires

17 décembre 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Le photographe Stéphane Bellocq était à la première de La Belle et la Bête du Malandain Ballet Biarritz le week-end dernier au Château de Versailles, retour sur sa chronique photographique de « témoin privilégié », d’une beauté à tomber d’un tabouret.

Un écrin. L’une des plus anciennes salles d’opéra en France, inaugurée en 1770, un demi-siècle après le règne du Roi-Soleil, Louis XIV. L’Opéra Royal du Château de Versailles, lieu de la nouvelle représentation de LA BELLE ET LA BETE du Malandain Ballet Biarritz, une semaine après sa première sortie de création dans son jardin biarrot, le 5 décembre dernier.

belle-et-bete-versailles-aEn parler dépasse la seule intention de restituer ce qui s’est produit, quand, ici, le moindre cm² vous stimule l’épiderme et les yeux.

Pour Eklektika, le photographe Stéphane Bellocq, associé au site dédié de La Belle et la Bête était sur place le vendredi 11 décembre.

belle-et-bete-versailles-cSes mots, « ne pas faire de longs discours », ses photos, « s’appuyer sur les images pour les commenter et peut-être lever un voile sur les choix du photographe, qu’ils soient réfléchis ou spontanés ».

On vous laisse apprécier (en vous souhaitant ce « whaoouhh » qui a été nôtre quand nous avons reçu son texte et ses photos).


Versailles, quand  les petites histoires rencontrent la Grande.
Texte et photos : Stéphane Bellocq, Regard en Coin

belle-bete-versailles-1Une classe qui se déroule sur le plateau. On s’éloigne de l’environnement habituel et plus routinier du studio pour se retrouver partiellement immergé dans la salle de spectacle.

Le cadre est précieux, tout en bois peint, avec ses colonnes et ses dorures, les images prennent naturellement une toute autre ampleur.

Pour un photographe, mais aussi pour Richard Coudray, le maître de ballet, confronté lui aussi aux imposantes colonnes qui encadrent le plateau, mais aussi au paysage intime de l’Opéra, parterre, galeries, loges, corbeilles, vestibules.

Pénétrer les loges royales, comme un privilège exceptionnel : on n’ose trop s’avancer, on y pénètre doucement, à pas de loups… et puis l’on admire, simplement. En suivant la fin de la classe derrière les grilles dorées.

Observer la salle depuis les loges, admirer les multiples lustres qui l’ornent, qui jouent avec le reflet des miroirs pour paraître entiers.

belle-bete-versailles-2Marquer la profondeur de champ, la grille au premier plan, ou bien tenter de capter des courbes ou des lignes pour dynamiser l’instant du déclic.

belle-bete-versailles-4Au retour sur le plateau, les danseurs se sont saisis de leurs téléphones portables, objectif souvenirs, des histoires qui se dévoilent dans l’histoire, comme un clin d’oeil.

belle-bete-versailles-5La journée avance, le plateau se vide pour laisser la place aux techniciens, pour leurs incessants réglages, quand ces hommes de l’ombre sont rarement mis en lumière, ou trouvent leurs places dans le cadre.

La lumière est faible, difficile, le bon moment de la photo réclame de la chance, personne ne prend la pose, l’emploi du temps est minuté, ce qui impressionne l’objectif, c’est ce rapport fusionnel des techniciens avec ce milieu et ses contraintes qu’ils connaissent par cœur

belle-bete-versailles-6Petit détour en dehors de la salle, le chorégraphe Thierry Malandain et quelques danseurs se prêtent à une conférence de presse, avec des journalistes espagnols venus assister à l’avant-première.

Des décalages se font visibles, les airs sérieux des uns, la tension des autres, et des autres, et les boots d’échauffement sur le parquet de Versailles au même moment.

Car sur le plateau, le temps est venu de sonner le branle-bas de combat, derniers préparatifs, avant le dernier filage.

belle-bete-versailles-7Un grand calme règne, chacun connait sa tâche, le grand rideau de fond de scène, doré, illumine le plateau et tranche avec les lumières tamisées de la fosse d’orchestre.

Les pupitres sont prêts, les « gros » instruments sont en place, certaines partitions sont ouvertes sur les musiques de Tchaïkovski choisies par Thierry Malandain.

La lumière se réchauffe, un dernier coup de nettoyage sur le plateau, la hiérarchie n’est pas invitée ici, tout le monde s’y colle, y compris Oswald Roose, le régisseur général du Malandain Ballet Biarritz.

Du côté de l’Orchestre Symphonique d’Euskadi, l’atmosphère est assez joyeuse, presque calme, les musiciens s’échauffent aux aussi, à leur manière, ils illustreront le ballet, sans toujours se rendre compte de leurs images, comme ce reflet d’Oscar Abella, sur son tuba.

belle-bete-versailles-8belle-bete-versailles-9Enfin l’orchestre se met en place.

belle-bete-versailles-10Sous la direction du jeune chef letton Ainars Rubikis, l’Orchestre Symphonique d’Euskadi accompagnera une nouvelle fois le Malandain Ballet Biarritz, comme après Cendrillon en 2013, déjà ici à Versailles.

Le potentiel acoustique de la salle se dévoile enfin. Son fantastique, vivant et équilibré. La musique en live est un véritable atout pour cette création, et dans la mesure du possible, c’est à dire dans le programme de plaisir des spectateurs, il est de bon réflexe de ne pas s’en priver.

belle-bete-versailles-11Il est 17 heures, la représentation a lieu dans un peu plus de 3 heures.

Le filage est terminé, Thierry Malandain apporte les derniers correctifs, le repos qui s’en suit est absolument relatif.

20h, l’heure de la représentation se rapproche. Derniers allers-retours photographiques entre les coulisses, l’arrière-scène, le plateau.

Tout est beau et calme, étonnamment calme. Pas de précipitation, beaucoup de concentration.

Etre le photographe de ces instants introduit alors ce moment où une distance est à installer, instinctivement.

Tout sauf l’envie de gêner, imaginer se cacher un peu derrière son viseur. Tout sauf l’envie de gêner, de déconcentrer, comme un sentiment de se sentir un peu intrus.

belle-bete-versailles-12Les costumières, sous la houlette de Karine Prins, mettent encore la main à la patte, aucun répit pour elles, il y a toujours des retouches à effectuer, un dernier coup de fer à repasser. Femmes de l’ombre jusqu’au bout, leur anonymat comme carte de visite.

Deux étages plus bas, retour sur l’arrière-scène. On peut y croiser Jorge Gallardo, concepteur du décor et des costumes, tranquillement assis à feuilleter le programme de la soirée.

belle-bete-versailles-13Pas loin de lui trône un magnifique élément du décor, la table du château de la Bête, nimbé de bleu dans les coulisses, avec en arrière-plan une superbe cage d’escalier en bois, forcément d’époque. Contraste des matières, des couleurs et des ambiances. Le mot « magnifique » garde toute sa place.

belle-bete-versailles-14

Sur le plateau, dernier échauffement, avec, pour chaque danseur, sa routine, ses propres mouvements, sa concentration, à sa manière, ici Mickaël Conte et Raphaël Canet.

belle-bete-versailles-15Des petits moments bout à bout, importants avant la représentation, un bout de voile levé sur l’intimité de la troupe.

Et puis, avant de quitter les coulisses pour rejoindre la salle, un dernier rapprochement.

belle-bete-versailles-16Deux moments de solitudes et de concentrations saisis sur le vif, presque coup sur coup, de part et d’autre du rideau de fond de scène : Daniel Viscayo, seul derrière le rideau, et un violoniste qui s’échauffe à sa façon, isolé dans le bric à brac (ordonné) de l’arrière-scène.

belle-bete-versailles-18A quelques minutes de la représentation, sont offerts les derniers encouragements de Richard Coudray, maître de ballet, à ses danseurs, ici Baptiste Fisson.

Il est temps de quitter le petit monde des coulisses. Quitter la pénombre pour rejoindre le public, qui se presse aux comptoirs d’accueil.

belle-bete-versailles-17Le décalage est presque brutal, comme allumer la lumière après une nuit de sommeil.

En soi se fait une petite place pour cette sensation privilégiée d’accéder à toutes ces petites histoires de l’ombre sans qui la Grande, en pleine lumière, ne pourrait exister.

Dans 70 minutes, le public applaudira debout La Belle et la Bête à l’Opéra Royal du Château de Versailles. Le son de chaleurs humaines et de remerciements aura couvert le grognement de déception du Roi Soleil de ne pouvoir le faire lui-aussi.


 


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.