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La directrice du Cinéma Royal (salement) virée, la ville de Biarritz placée devant ses responsabilités

23 novembre 2016 > > 22 commentaires

Mise à pied depuis quelques jours, Stéphanie Jaunay sera fixée sur les raisons exactes qui motivent son éviction du cinéma qu’elle dirige depuis février dernier, ce lundi 28 novembre à 11h fournissant l’occasion aux spectateurs de la ville d’obtenir eux-aussi des explications sur cette décision.

Depuis le 17 novembre dernier, elle a dû remettre ses clés, les codes de sécurité et la carte bleue du cinéma art et essai Le Royal de Biarritz, elle a vu son salaire immédiatement bloqué, son arrêt maladie lui permettant tout de même de savourer cette époque actuelle où, heureusement, on ne tond plus les scélérates : engagée comme directrice et programmatrice de l’unique cinéma de la ville depuis février 2016, le sort de Stéphanie Jaunay lui sera notifié ce lundi 28 novembre à 11h30 par l’association Version Originale, présidée par Corine Ospital, lors d’un entretien préalable pour licenciement immédiat.

Elle saura à ce moment-là plus précisément ce qui motive sa mise à pied extrêmement autoritaire « à titre conservatoire », alors que l’exploitation à trois écrans dont elle a la charge progresse normalement au niveau de l’an passé (environ 100.000 entrées), et que les comptes n’attirent l’attention que par le fait que l’association ne les a toujours pas certifiés pour l’année 2015.

« Mon sort est jeté, mais je reste claire avec mes idées et mes convictions », confie-t-elle à Eklektika, une affirmation peu différente de l’hommage que lui rendit comme « grande professionnelle » le délégué général du Festival latino de Biarritz Marc Bonduel en septembre dernier, ou bien le cinéaste Benoit Jacquot, invité le 7 novembre dernier, qui la remercia publiquement pour l’opportunité de cette master class de cinéma lors de l’avant première de son nouveau film « A jamais ».

C’est à cette date-là, dès le lendemain de la venue du réalisateur, que l’histoire s’accélère, par une réunion de travail se transformant en tribunal portant sur une séparation professionnelle à envisager, le grief portant sur une insatisfaction quant à sa programmation, et le procès d’une « rétention d’informations » visant à « fragiliser » le Cinéma avant la fin de cette année.

« Mes mails professionnels ont été épluchés », l’idée étant d’y déceler des confidences d’en abattre les murs, et, faute d’y parvenir en produisant des petits mouvements de langue, tout de joie mauvaise, le programme de décembre a été effectué sans elle, sans que ses interlocuteurs habituels dans la distribution n’aient saisi les raisons de ce changement d’interlocuteur (« elle est en arrêt maladie pour 15 jours mais on lui transmet la demande, et elle va vous répondre rapidement », c’est vilain de mentir comme un fils d’évêque, même obligé).

La place que Stéphanie Jaunay a pris dans le paysage culturel de Biarritz, accompagnée de la satisfaction qu’elle a procurée hors des trois salles qu’elle dirige, ne devrait pas être clairement explicitée dans les griefs qui lui seront reprochés lundi prochain, la re-rédaction du projet culturel du Royal étant plus attendue, qui pourrait fournir le Cheval de Troie à présenter à ceux qui douteraient du bien-fondé de cette décision.

Dans les faits, la reconduction l’an passé de la délégation de service publique pour les six prochaines années ne justifie pas urgemment de le ré-écrire à nouveau, confie-t-elle, mais ce mode de gestion déléguée place désormais la ville de Biarritz devant ses responsabilités.

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A droite, Michel Veunac, Maire de Biarritz (photo d’archives)

Le 14 novembre, à l’occasion d’une réunion de travail quelques jours avant sa mise à pied, elle a personnellement informé le maire Michel Veunac des menaces qu’elle sentait sur elle, le premier élu de la ville lui confiant son sentiment personnel  sans ombrages sur son professionnalisme.

Une semaine plus tard, le 21 novembre, la présidente Corine Ospital (que la nature a malheureusement omis de pourvoir en délicatesse et souci d’humilité) a pris soin d’avertir le personnel abasourdi que ce même Michel Veunac entendait « conserver sa confiance » dans l’association, malgré ce contexte délétère.

Le charme permanent de cette belle ville balnéaire, peuplée de surfeurs, tient tout entier dans ce paradoxe constant, qui n’apprécie rien de moins que l’idée que ce genre de péripéties ne fasse pas de vagues.

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De gauche à droite, Stéphanie Jaunay et le réalisateur Benoit Jacquot (archives du 7 nov 2016)

L’attitude d’un Ponce Pilate est pourtant insuffisante, quand, dans les textes, cette gestion publique déléguée pointe « une part de risque transférée au délégataire, /…/, de sorte que toute perte potentielle supportée par le délégataire ne doit pas être purement nominale ou négligeable ».

Michel Veunac ne peut donc pas se contenter d’arguer d’une simple problématique interne (en adoptant le visage inquiet d’un bon père de famille entendant du chahut dans la chambre d’à-côté).

Privé de sa directrice et programmatrice, le Royal tangue salement, et les spectateurs et citoyens de Biarritz s’en sont émus, qui ont déjà proposé de créer une pétition pour exiger des comptes à cette association fermée (composée uniquement de 15 personnes n’ayant pas la possibilité de prendre part aux décisions d’un conseil d’administration, aussi restreint que l’espoir de voir Donald Trump embrasser un migrant mexicain).

stephanie-jaunay-biarritz-2Ce lundi 28 novembre à 11h, une manifestation citoyenne demandant des explications est prévue devant le Cinéma Le Royal : Stéphanie Jaunay s’y rendra une demie-heure plus tard, pour cet entretien préalable à licenciement (cette belle formule portant la poésie d’un coup de pied au derrière aussi inéluctable qu’une confrontation fatale avec un python dans une cabine téléphonique d’Indonésie).

Face à elle, des sourcils froncés (évoquant immanquablement un débat sur les primaires de droite) ne lui feront pas perdre son sentiment qu’elle n’a « plus rien à perdre », l’avenir de ce cinéma la souciant plus que son seul sort.

Stéphanie Jaunay a tenté de joindre le maire pour lui exposer directement la toxicité de la situation, « j’attends encore, mais j’espère qu’il prendra la peine de me téléphoner ».


 


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Commentaires

22 réponses à La directrice du Cinéma Royal (salement) virée, la ville de Biarritz placée devant ses responsabilités

  1. Boissiere dit :

    Je suis effarée de cette nouvelle. J’allais de moins en moins au Royal pourtant près de chez moi car les « je préside cet endroit » et autres chevilles enflées de Mme Lospital me saoulaient. Je fais donc partie des gens qui ont contribué au nombre de spectateurs de l’Atalante. Je suis allée à la master class Benoit Jacquot. Nous avons été très bien accueillis par Stéphanie Jaunay, aimable, à l’écoute, nous offrant café et viennoiseries. Et avoir un réalisateur de la trempe de Benoit Jacquot un dimanche matin à Biarritz ça faisait plaisir . Mais voilà que les egos surdimensionnés reprennent leur place et que le maire continue à les soutenir. Faut-il lui rappeler qu’il a du remettre au pot l’année dernière le budget n’ayant pas été réalisé, alors qu’avec les mêmes films, l’Atalante faisait une très bonne année ? Je serai là lundi matin car trop c’est trop. Et je souhaite tout le meilleur à Stéphanie.

  2. Seb dit :

    Est-il professionnel de la part d’un site d’informations culturelles locales de prendre partie dans un conflit dont on ne connait pas tous les éléments?
    Une chose est sûre, sur Eklektika on aime dézinguer, beaucoup d’égo ici aussi?

    • Bonjour, Seb,

      et merci pour ton intérêt porté sur notre média.
      Pour te répondre, Eklektika est un média sensible aux propositions culturelles locales (et pas que), qui ne peuvent s’entendre sans mesurer aussi ce qui s’y joue, en interne : cet acteur culturel en difficulté fait partie de ceux que l’on a suivis avec respect et affection, cette situation nouée n’est pas rassurante
      Sans doute aimons-nous « dézinguer », disons que nous assumons nos parti-pris (on déteste tous ceux qui ne le font pas, n’est-ce pas ?) mais cela ne conduit pas aux blessures que nous constatons dans le cas présent.
      Mais je pense que tu en sais au moins autant que nous sur la situation réelle de ce cinéma, ton « beaucoup d’égo ici aussi » anticipant déjà un prochain papier à venir sur le Royal.

      A suivre, à suivre.

      • Seb dit :

        Vous en savez apparemment plus que moi, pour ne pas douter que Madame Jaunay soit la victime et son employeur le coupable évident. Vous poussez à manifester pour soutenir Madame Jaunay (que je ne connais pas pour être clair), en attaquant frontalement Madame Ospital par des jugements concernant son manque d’humilité et de délicatesse. Cela manque de retenue de votre part, vous paraissez, pour un responsable de « media », bien impliqué personnellement dans cette affaire, dont je le répète, nous n’avons pas tous les éléments.
        Irez-vous jusqu’à nous informer sur les faits qui sont reprochés à cette salarié?
        Allez-vous livrer à la vindicte populaire les eaux usées d’une affaire qui ne nous concerne pas en tant qu’amateurs de cinéma? En quoi la programmation du Royal, de qualité par ailleurs, ne peut-elle « s’entendre sans mesurer ce qui s’y joue en interne »?
        Vous êtes à deux doigts de la diffamation, certains pourraient vous le reprocher.

        • Re bonjour,

          tous les médias sont « impliqués » dans ce qu’ils écrivent, rien de nouveau sur cela.
          On va continuer de suivre ce qui s’y passe,
          la remarque sur les « à deux doigts » relèverait-elle plus de la gourmandise que de la lucidité ?
          > nous n’avons toujours pas reçu de communiqué de presse officiel qui nous expliquerait que nous relèverions de la diffamation.

          Bien à vous,

          • Seb dit :

            Je vois, à la lecture de certains messages sur les réseaux sociaux, que des salariés du cinéma, bien plus au fait que vous du différent qui oppose la directrice du Royal à son employeur, vous reprochent également de colporter des accusations mensongères, en citant des éléments qui sont tout bonnement faux. Eklektika se dit, selon vos propres mots pour définir sa ligne éditoriale, « Impertinent et pertinent ». Quid de la pertinence?

          • Bonjour encore,

            je pense que nous sommes loin de porter des « accusations mensongères », et je regrette que les salariés de ce cinéma n’aient pas tout à fait les coudées franches, dans ce climat toxique, de tout raconter par eux-mêmes.
            Mais on n’enlève pas une seule virgule à ce qui a été écrit.
            On complètera lundi, dans l’attente aussi de la réaction officielle de l’association, qui ne se prononcera pas avant cette date.

            Bien à vous.

  3. Christine Weston dit :

    17 ans plus tard la même rengaine…

  4. Juan Aizpitarte dit :

    Merci Stéphanie Jaunay, de ton travaill, ta persone et ta profesionalité.

  5. Hobbes dit :

    …. Pour ma part,
    Et bien que personne ne me demande mon avis…
    Je trouve importante l’existence d’Eklektika, sinon indispensable…
    Pas forcément toujours d’accord, mais avouons.. que localement,
    à part Sud-Ouest, quel autre média peut, pourrait, pourra évoquer ce genre d’affaire ?
    Et l’évoquer, c’est aussi chercher à se renseigner par plusieurs sources..
    L’échange.. même vif, est dialogue, non ?

    • Bonjour,
      et merci pour votre intérêt pour notre média.

      Personne ne vous demande votre avis, et c’est donc tr_s bien que vous le donniez.
      Intuition que le silence « medias locaux » ici devrait vite s’interrompre : c’est un cinéma para-municipal, ses finances sont publiques, comme ses responsabilités.

      a suivre sur Eklektika,
      bonne journée à vous.

  6. Thiphaine dit :

    Un article persifleur dont je discerne l’ironie sans doute inconsciente de l’auteur, qui pourrait mettre en parallèle la situation de l’association du cinéma Le Royal et l’égo de sa présidente, avec l’association des amis d’Ekletika et de l’égo immense de son président/auteur……
    Une question se pose donc: une association ou un journal en ligne auraient le même objectif de satisfaire ses envies de diriger et d’être admiré ?

    • La réponse que vous attendez est sans doute au-dessus de notre niveau d’inconscience.
      Les jours prochains apporteront des réponses complémentaires, je pense, concernant le Royal, s’entend.

      Bonne journée à vous.

  7. Alain dit :

    Je tiens à rappeler qu’il y a une dizaine d’année, une autre employée (directrice adjointe je crois) s’est faite licencier avec aussi peu d’élégance par la même présidente dans une très longue procédure.

    • Bonjour,

      et merci pour votre contribution à cette « Royal affaire ».

      Il semblerait effectivement que la programmation d’un Ken Loach actuellement sur un des écrans pourrait passer pour « incongrue » dans le contexte des ressources humaines « maison ».

      A suivre, bien à vous,

  8. Royal Canine dit :

    je trouve dommage de ne pas savoir ce qui est reproché à la directrice en délicatesse avec son gestionnaire car cela permettrait en effet de comprendre ce qui se passe et le cas échéant peut être d’éviter que cela se reproduise à nouveau dans le futur.

    • Bonsoir,

      et merci pour votre commentaire.

      Absolument d’accord avec vous, même la première intéressée n’en sait pas grand chose, et l’idée est que cela puisse ne pas introduire un nouveau précédent dans ce cinéma para-municipal (dont l’objet ne peut être d’imposer une gestion arbitraire).

  9. Louis&Anne dit :

    Loin de nous l’envie d’entrer dans le débat ne connaissant personnellement aucune des deux parties, et de ce fait encore moins le conflit interne.
    Seulement en tant que grands amateurs de cinéma, le besoin d’exprimer à madame Jaunay nos remerciements les plus sincères. Nous avions déserté le Royal depuis quelques années pour y revenir assidûment depuis presque un an, attirés par la programmation, satisfaits des événements proposés, de l’accueil, de la disponibilité et du partage des connaissances cinématographiques de la directrice du cinéma de notre ville.
    Comme vous madame, nous allons certainement quitter les lieux…
    Encore merci et si la situation ne s’apaise pas pour vous au royal, nul doute, aux vues de la passion du cinéma qui vous habite, que vous saurez rebondir.

    De nouveau, quel gâchis pour le cinéma local…

  10. pierre-jean dit :

    Je connais bien Stéphanie Jaunay, j’ai travaillé 5 ans en tant qu’agent d’accueil dans un grand cinéma qu’elle dirigeait à Paris et je peux attester de son intégrité et de ses nombreuses qualités humaines. Elle est de ces supérieurs hiérarchiques qui savent allier compétences professionnelles et bienveillance, ce que nous étions nombreux à saluer à l’époque. Je suis donc PARTICULIEREMENT surpris par son licenciement et le contexte dans lequel celui-ci semble s’inscrire, d’autant que des amis résidant à Biarritz m’ont fait part de leur grande satisfaction quant à la nouvelle programmation conçue par Stéphanie pour ce cinéma… programmation qui a visiblement ravi les spectateurs ainsi que de nombreux réalisateurs de renom. Si je n’ai aucun doute quant à Stéphanie, je m’étonne donc de la dureté de cette sanction et de l’attitude de ceux qui en sont à l’origine. J’espère que cette situation trouvera une issue saine et digne, pas seulement pour Stéphanie Jaunay, mais aussi pour la ville de Biarritz et ses habitants : cette affaire – obscure – donne une très mauvaise image de la ville et de la municipalité…

  11. Xan ANSALAS dit :

    Toutes ces lignes pour une info qui tient en moins de dix mots, hum ! Ramuntxo, ton parti-pris me semble très maladroit et pourrait bien desservir la cause de madame Jaunay (si c’est bien elle que tu entends ici défendre). Quant aux faits, pourquoi n’as-tu pas interviewé la directrice du Royal afin de nous donner à connaitre au moins une partie des motifs ?

    • Merci pour ton message, Xan,

      cette info n’est pas une « partie d’échecs » ou je ne sais quoi, mais si tu lis l’article, tu peux te rendre compte factilement que les propos de la Directrice sont cités entre guillemets, après interview,
      cette actualité est donc à suivre…

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