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‘La fille du train’ de Paula Hawkins : la mémoire comme des cadavres exquis

18 août 2015 > > Un commentaire

Rien de nouveau sous le soleil de l’édition version gros thriller commercial de l’été. Mais Paula Hawkins est venue avec l’idée du thriller amnésique, La fille du train est déjà un gros succès et c’est finalement assez mérité.

Avec des narrateurs peu fiables et une épouse portée disparue, les comparaisons avec Gone Girl ne manquent pas, mais ce premier roman d’une journaliste née au Zimbabwe et résidant à Londres est typiquement une histoire britannique. Moins dramatique, moins psychotique, beaucoup plus tendue et surtout encore plus alcoolisée.

la-fille-du-trainTrois narratrices, trois femmes dont les vies se trouvent liées tragiquement. Rachel, Megan et Anna. Tout d’abord Rachel, dans sa trentaine, divorcée, malheureuse, mal dans sa peau avec ses kilos en trop et son penchant trop évident pour la boisson qu’elle commence comme beaucoup de « commuters » dans le train de banlieue après le travail. Ici pas « d’Happy Hours », l’alcool est triste dans son gobelet en plastique.

« Il m’étudie rapidement, s’arrête sur la petite bouteille de vin posée sur la tablette qui nous sépare. Il se détourne en faisant la moue, je crois qu’il est dégoûté. Il me trouve répugnante. Je ne suis plus la fille que j’étais. Je ne suis plus désirable, je suis repoussante, il faut croire. Ce n’est pas seulement que j’ai pris du poids ou que mon visage est bouffi par l’alcool et le manque de sommeil ; c’est comme si les gens pouvaient lire sur moi les ravages de la vie, ils le décèlent sur mon visage, à la manière dont je me tiens, dont je me déplace. »

Les trains londoniens sont lents, ou souvent à l’arrêt entre deux stations, problèmes techniques, rails endommagés et feux de circulation tempéramentaux. Le trajet avant et après le travail est l’occasion de voir les autres vivre. Les maisonnettes sans volets, alignée, près des rails offrent leur vie privée aux regards curieux et imaginatifs de ceux dans les wagons.balham-housesC’est ainsi que Megan devient obsédée par un jeune couple qu’elle nomme Jess et Jason. Elle rêve leur vie, parfaite. Jusqu’au jour où elle lit dans le journal que Jess qui s’appelle Megan, a disparu.

Voici donc un personnage féminin loin des clichés et peut-être plus proche d’une réalité peu reluisante. Une « héroïne » alcoolique, avec une vie faite d’excuses et de justifications misérables, de routines prévisibles et glauques. Non seulement elle est faible, amère et antipathique, elle est aussi le triste pendant d’une Megan vibrante et d’une Anna sexy. Elle est la femme que personne ne voit ou ne veut devenir.

« Vivre comme je le fais, c’est plus difficile l’été, avec ces journées si longues, si peu d’obscurité où se dissimuler, alors que les gens sortent se promener, leur bonheur est si évident que c’en est presque agressif. C’est épuisant, et c’est à vous culpabiliser de ne pas vous y mettre, vous aussi. »

Paula-Hawkins1Et pourtant, Hawkins parvient à montrer que les identités et la chance sont construites sur des fondations mouvantes. Rien n’est immuable. Plus le lecteur en apprend sur Megan, plus cette dernière s’éloigne de la perfection.

« Un jour, quand j’étais plus jeune, un de mes profs m’a dit que j’étais passée maîtresse dans l’art de me réinventer. [… ] Fugueuse, amante, épouse, serveuse, gérante d’une galerie, nounou, et que sais-je encore. Alors, qui aurai-je envie d’être, demain ? »

De même Anna est loin de mener une vie domestique idéale. « Je ressens une cruelle morsure de jalousie, à ce moment-là, je regrette les samedis passés allongée sur le canapé avec le journal et rien d’autre qu’un vague souvenir d’être rentrée de boîte la veille. C’est idiot, vraiment, parce que la vie que j’ai aujourd’hui est un million de fois mieux, et j’ai fait des sacrifices pour y parvenir.  »

Et comme un nouvel écho à Gone Girl, les informations sur le mari le rendent de moins en moins charmant.

Lambeth-RailwayLes perspectives, les données de temps et de lieu se jouent de nous. Le suspense se construit lentement, sans relâche, avec tension, et une empathie étrange pour le personnage principal s’empare du lecteur.

Tels des cadavres exquis, la mémoire et l’inconscient jouent des tours. Paula Hawkins aussi. Les retournements de situation, les fausses découvertes donnent le tempo. Tout n’est pas plausible, quoique…

Après tout, la réalité est souvent plus étrange que la fiction.


la-fille-du-trainLa fille du train, Paula Hawkins
Éditions Sonatine, paru en Mai 2015
378 pages – 21 euros


 


Commentaires

Une réponse à ‘La fille du train’ de Paula Hawkins : la mémoire comme des cadavres exquis

  1. Bertrand dit :

    J’aime beaucoup les livres critiqués qui mélangent les genres, les sexes et les succès. Personnellement je ne vais pas naturellement vers les thrillers, d’autant plus si ce sont déjà des grosses ventes mais le commentaire sur celui-ci donne envie de le lire.
    Bonne continuation à votre portail et à vos journalistes.

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