Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

‘La mer d’innocence’ de Kishwar Desai : entre cauchemar et réalité

17 juillet 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Après la France, changement de continent et de culture, avec La mer d’innocence de Kishwar Desai qui marque la troisième sortie de son héroïne Simran Singh et nous plonge dans dans les tréfonds de son pays, l’Inde.

Toujours ignorante volontaire des conventions – consommant sans vergogne bière et tabac à tout moment de la journée – et profondément préoccupée par le sort des femmes dans le sous-continent indien, la travailleuse sociale Simran Singh se fait la voix des femmes.

Kishwar Desai est spécialiste de la danse des sept voiles dans son récit jusqu’à ce que les vérités horribles de l’histoire soient enfin révélées. Les références à Scarlett Keeling, l’adolescente britannique été violée et assassinée à Goa en 2008, ne sont pas surprenantes.

Desai-La-mer-dinnocenceL’histoire :

Goa, ancien paradis hippie, est une nouvelle destination à la mode pour les jeunes du monde entier. Sauf qu’une jeune touriste britannique y est agressée par des Indiens puis portée disparue… Simran Singh y passe justement ses vacances avec Durga, sa fille adoptive, quand elle reçoit une vidéo sur son téléphone portable qui va donner une tournure totalement inattendue à son séjour. ­

Poussée par son ex-petit ami, officier de police, nettement compromis dans des affaires de corruption, Singh plonge cette fois dans le ventre sordide des plages de Goa, étendues idylliques de sable sur lesquelles de nombreux occidentaux choisissent de prendre du plaisir, mais autour desquelles un trop grand nombre de femmes, locales et touristes, sont violentées.

« En surface, l’ambiance sur ces plages cosmopolites paraît tout à fait sereine. Les touristes y pratiquent toutes sortes de sports nautiques et s’adonnent à de nombreux plaisirs innocents. Mais une certaine noirceur semble menacer cet endroit paradisiaque. […] je l’avais également perçu dans le regard mort de certains garçons de plage, qui contemplaient les corps à moitié nus étalés sur le sable avec un cynisme évident. »

C’est un roman qui se lit avec un sentiment d’urgence. Peut-être parce que les atteintes aux femmes se font de plus en plus fréquentes dans cette partie du monde où le nombre de crimes sexuels continue d’augmenter. violnce-femmes-indiennesKishwar Desai, journaliste et écrivain, ne peut qu’écrire pour dénoncer la condition de ses contemporaines dans un pays incroyablement patriarcal.

« Le problème se résumait-il au fait que cette Inde soi-disant en voie de modernisation ne savait pas comment traiter la question de la sexualité féminine et supposait que ces touristes, en raison de leur comportement naturellement amical et de leurs tenues occidentales, étaient prêtes à s’offrir au premier venu ? »

Le violent meurtre d’une jeune étudiante en médecine à Delhi en décembre dernier, sont des événements que Desai a estimé ne pas pouvoir omettre (y compris des détails si horribles que la plupart des journaux ne les ont pas imprimés).manifestation-viols-inde«… lors du récent viol collectif qui avait eu lieu dans un bus de Delhi, le jeune homme qui accompagnait la victime ce soir-là avait été passé à tabac puis déshabillé, avant d’être jeté hors du véhicule. La jeune fille inconsciente, dont les intestins avaient été arrachés à l’aide d’une barre de fer, était restée allongée un bon moment dans la rue tandis que son ami se vidait de son sang à côté d’elle. Personne n’avait réagi à ses appels à l’aide. »

C’est la combinaison d’une héroïne beaucoup trop humaine et d’un travail qui dévoile avec sang-froid les aspects les plus sombres du comportement humain, qui rend les romans de Kishwar Desai si convaincants.Kishwar-Desai1Et pour une fois, hourra à une série qui met en scène une détective aimable et à la vie crédible dans une Inde contemporaine, ce qui change un peu du mâle scandinave ou américain, quinquagénaire, misanthrope et alcoolique.


Desai-La-mer-dinnocenceLa mer d’innocence, Kishwar Desai
Éditions de l’Aube, sorti le 6 janvier 2015
336 pages – 19,90 euros


 


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.