Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

La Palme d’Or 2016 pour Ken Loach, dans le palmarès « gentil boy scout » de Georges Miller

23 mai 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Salué par la presse comme une oeuvre honnête et généreuse, le « I Daniel Blake » de Ken Loach a reçu la 69ème Palme d’Or de Cannes dimanche soir, sans pouvoir éteindre la consternation très partagée devant un Palmarès encombré de gentillesse schizophrénique.

Dimanche soir, avant même le début de la cérémonie de clôture du 69ème Festival de Cannes, un premier effet de sidération a saisi les observateurs des marches du Palais, en regardant qui les montait, et qui n’en était pas.

palmares-cannes-2016-9Au terme d’une compétition sur laquelle tout le monde (critiques et professionnels) s’est entendu sur son niveau généreux et flamboyant, l’absence des réalisateurs des films les plus enthousiasmants de 2016 était largement commentée, et déjà décriée.

Un certain soulagement avait été immédiatement ressenti par l’absence sur le tapis de rouge de Sean Penn pour The last face, unanimement désigné comme le grand ratage dégoulinant de cette édition, des frères Dardenne et du service minimum assuré pour La fille inconnue, et de Nicole Garcia après l’indifférence polie de son Mal de pierres.

Mais certaines absences ont valu de solides bordées de sifflets au moment où le Jury s’est lui-même avancé sur les marches.

palmares-cannes-2016-10Maren Ade et sonToni Erdmann qui a affolé de rires les festivaliers et immédiatement généré des ventes internationales rarement atteintes ;

The Neon demon, le nouveau film « punk » de Nicholas Winding Refn, qui n’a fait pas fait que choquer la Croisette, mais a porté un formalisme radical de mise en scène qui a été salué même par ses détracteurs ;

l’absence du poétique Paterson de Jim Jarmush, pourtant grand favori de la plupart des critiques à la veille du Palmarès ;

l’émotion du Julietta de Almodovar, la folie hilare de Ma Loute de Bruno Dumont, le soufre du Elle de Paul Verhoeven ou encore la beauté érotique du Mademoiselle de Park Chan-Wook :

n’avoir vu aucun d’entre eux sur les marches, même pour un prix d’accessit, a d’entrée laissé augurer un Palmarès aux vertus douteuses, ce qui peut donc arriver de plus triste au cinéma quand une compétition impose de bons sentiments comme jauge de ses décisions.

Tous ces films repartis sans Prix fourniront les futurs coups de cœur des exploitants cinéma pour la prochaine année, et il sera alors temps de confronter ce premier ressenti à la réalité des œuvres.

palmares-cannes-2016-7Tout s’est ensuite cantonné à l’équation simple du genre : 20 films, 7 Prix et 9 membres de Jury pour les décerner, une équation pour laquelle l’équipe dirigeante du Festival laisse les clés du camion, dans lequel ne peuvent monter les avis les plus experts ou subjectifs des 3.000 journalistes accrédités sur la Croisette.

Une grande majorité des médias sur place n’a pas caché son désappointement d’avoir vu primées les œuvres mineures vues cette année. Mais dura lex sed lex : la place du conducteur principal était confiée au réalisateur australo-américain Georges Miller, débarqué depuis sa planète Mad Max et du jardin de Babe le cochon, avec le sens du spectacle mais pas forcément celui d’une très grande réflexion sur ce qu’est, ou n’est pas, le 7ème art.

Sans y échapper mieux que bien d’autres avant lui, Georges Miller a de fait correspondu au cliché habituel du cinéaste yankee qui décerne les Prix aux films qu’il n’aurait aucun désir de réaliser lui-même.

palmares-cannes-2016-11Un syndrome qui, par le passé, frappa Tim Burton en 2010 avec le brumeux Oncle Boomee du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, Robert de Niro en 2011 avec le fumeux Tree of Life de Terence Malick, ou bien encore les frères Coen, l’an passé, sur le polar facho-clivant Dheepan de Jacques Audiard.

Dans un autre registre tout aussi politiquement discutable (et discuté), Sean Penn avait décerné en 2008 sa Palme au docu-fiction Entre les murs de Laurent Cantet, et Spielberg (2013) à la Vie d’Adèle, comme pour remercier poliment de l’invitation française.

Dès lors, l’affaiblissement du sens cinématographique semble aller de pair avec des considérations schizophréniques, visant à saluer pour un soir d’exception ce que le big marché de l’entertainement recracherait en rotant toute l’année sans aucun état d’âme.

Roumanie, Iran, Philippines et l’ardeur d’un jeune cinéaste québecois de 27 ans, Xavier Dolan : la carte géopolitique du cinéma dessinée par Miller a porté un regard bienveillant sur les restes du monde cinéma, et a fait d’une nouvelle œuvre communiste de Ken Loach le sommet doré de ce Cannes 2016.

Son I Daniel Blake aurait sans doute pu se contenter de la Palme de l’obstination sociale, telle que remise par ses premiers spectateurs, le réalisateur anglais continuant de filmer avec une générosité incontestable les effets d’un libéralisme sans foi ni loi.

Derek Malcolm, critique pour le Huffington Post anglais, qui reconnaît être un ami et un soutien à Ken Loach depuis près de quarante ans, avoue avoir « été un peu surpris » par la récompense.

« Que ne s’y trompe pas, j’ai aimé le film et je pense qu’il doit valoir quelque chose aux yeux du jury de George Miller. Mais il y avait d’autres films encore meilleurs en compétition, dont certains n’ont même pas été mentionnés par les juges. », selon les propos recueillis par Télérama.

Concédons que l’honnêteté du propos du cinéaste anglais a accouché d’un des moments les plus gênants de l’histoire du Festival de Cannes.

palmares-cannes-2016-12Cela ne fut pas tant son appel au Grand Soir socialiste devant un parterre de professionnels du cinéma, qui, pour la plupart, ont vraisemblablement tremblé au moment de la révélation des Panama Papers.

Mais cette conviction incontestable s’est tirée toute seule une balle dans le poing levé avec le « Merci, vous êtes très gentils »  de Ken Loach au Jury (en français), portant toute la problématique de ce Palmarès.

Les gentils récompensés, et les turbulents écartés, plus intempestifs, plus fous, porteurs d’un idéal d’invention plutôt que de discours : après des débats internes qu’il a qualifiés « d’épuisants », Georges Miller sera reparti de Cannes avec le sentiment d’avoir été un bon gars, quand bien même il a été sifflé à la conférence de presse post-cérémonie.

L’émotion obviously sincère du réalisateur français Arnaud Desplechin a fait du bien rétrospectivement, avec la Palme d’Or d’honneur à l’immense acteur Jean Pierre Léaud : un souffle de pur cinéma, rare pour son intensité directe, généreux dans son admiration pour un tel aventurier du 7ème art, qui a marqué cette cérémonie.

Les exploitants cinéma auront malgré tout compris entre les lignes l’essentiel pour eux : primées ou pas, les œuvres présentées cette année à Cannes (dans la compétition officielle mais aussi dans les sections parallèles) ont été d’un niveau qualitatif rarement atteint par les précédentes éditions, augurant ainsi une très belle année cinématographique dans leurs salles.

La morale serait donc sauve : ce dimanche 22 mai, un industriel souriant a célébré l’exception culturelle du cinéma, tout au moins ce qu’il en a compris au bout de dix jours de rutilances.


Palmarès complet du 69ème Festival de Cannes


Palme d’or : I, Daniel Blake de Ken Loach (Royaume-Uni)

festival-cannes-2016-8Grand Prix : Xavier Dolan pour Juste la fin du monde (Canada)
festival-cannes-2016-17Prix de la mise en scène : Olivier Assayas pour Personal Shopper (France) et Cristian Mungiu pour Baccalauréat (Roumanie)

palmares-cannes-2016-2Prix du scénario à Asghar Farhadi et Prix d’interprétation masculine à Shahab Hosseini pour Le Client d’Asghar Farhadi (Iran)

palmares-cannes-2016-3Prix d’interprétation féminine : Jaclyn Jose pour Ma’ Rosa de Brillante Mendoza (Philippines)

palmares-cannes-2016-6Prix du jury : American Honey d’Andrea Arnold (Royaume-Uni)

palmares-cannes-2016-1Caméra d’or : Divines de Houda Benyamina (France)

palmares-cannes-2016-5Palme d’or du court-métrage : Timecode de Juanjo Jimenez (Espagne)

Palme d’or d’honneur : Jean-Pierre Léaud

festival-cannes-2016-5


 


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.