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La salle Quintaou d’Anglet n’existe plus (une victoire à la Pyrrhus de Bayonne)

27 août 2014 > > Soyez le premier à réagir !

Dans les faits, l’imposant bâtiment paré de bois, dessiné par l’architecte Isabel Hérault, n’a pas eu besoin de subir les attaques de bulldozers. Ouvert le 17 janvier 2014 sur la place Quintaou bien connue des habitants d’Anglet et au-delà, un seul coup de gomme aura suffi, qui, dans le programme 2014/2015 de la Scène Nationale de Bayonne Sud Aquitain, identifie désormais feu-la salle Quintaou à la notion (inexistante jusqu’alors) de « Théâtre d’Anglet« , augmentant par là-même le programme bayonnais de 43 nouvelles dates dans son offre de rentrée de sa nouvelle saison.

Un second baptême sans tambours ni trompettes, nettement moins médiatisé que son premier, lors de sa récente inauguration, et qui pose de multiples questions sur la dimension pressée et très politique d’un tel acte : ses répercussions sont importantes et tangibles à Anglet, mais également à Bayonne, qui ne pourrait devoir se satisfaire que d’une victoire qui l’affaiblit, tel le Pyrrhus des temps anciens.

Car le consensus n’est pas au rendez-vous de cette fin de l’été : jeudi 28 août et dimanche 31 août, de 10h30 à midi, une action d’interpellation citoyenne sera menée devant Quintaou à l’initiative du collectif apolitique Agir pour Anglet, contre ce qui est perçu comme « la mise à mal d’un projet artistique ouvert et différent« , loin d’une Culture pour tous, comme souhaitée en exergue d’une pétition en ligne depuis un mois.

« Nul ne connaît aujourd’hui la politique culturelle de la Scène Nationale pour Quintaou, comme l’a dénoncé récemment le Directeur Régional des Affaires Culturelles (DRAC) dans un courrier très sévère pour la démarche initiée sans concertation par la nouvelle équipe municipale« , peut-on lire dans celle-ci.

L’ANNEXION DE QUINTAOU COMME UNE PRIORITÉ POLITIQUE, MAIS PAS SEULEMENT

snDans la configuration travaillée par l’ancienne municipalité socialiste de Jean Espilondo, la salle Quintaou d’Anglet n’aura donc fonctionné que trois mois. L’impérieuse obligation financière d’en confier la gestion à la Scène Nationale de Bayonne Sud Aquitain, sa voisine territoriale, en a scellé la fin, argument de campagne mis à exécution dès sa nomination par l’actuel maire UMP d’Anglet, Claude Olive, au lendemain du second tour des Municipales d’avril dernier.

Le projet a trouvé cet allié naturel en la personne de son directeur, Dominique Burucoa ne cachant pas dans la presse sa satisfaction de s’éviter la concurrence d’un opérateur voisin, distant de 5 kms. L’angle d’attaque fut porté sur le plan financier, quand Claude Olive répéta durant la campagne électorale « la possibilité de diminuer de moitié son budget de fonctionnement« , ramené à une prévision annoncée de 400.000 euros de subvention d’équilibre, contre 760.000 € attribuée par l’équipe précédente.

Un mode opératoire « fait dans la précipitation« , comme le confient pourtant des instances partenaires de la Scène nationale, qui s’interrogent sur la crédibilité concrète de baisse des coûts après fusion des deux théâtres, et sur l’absence de définition du projet culturel global. Ils scrutent le programme à la recherche d’une cohérence entre les deux lieux, ne pouvant s’en tenir à ce jour qu’à des incertaines suppositions de préférences de jauges entre Anglet et Bayonne.

FAIRE DISPARAITRE LE SYMBOLE POLITIQUE, ET ABSORBER LE CONCURRENT CULTUREL DIRECT

quintaou inaugurationLors de son inauguration officielle le 17 janvier 2014, aucun des élus et représentants présents n’était dans l’ignorance des menaces pesant sur le devenir de la gestion directe de la salle Quintaou, confiée à son directeur Jérôme Poties par le Maire Jean Espilondo, candidat à sa ré-élection sur Anglet.

Aidé financièrement pour sa construction (un budget de 10 millions d’euros, dont 1 Md’€ par la Région), le fonctionnement de la salle Quintaou ne reposait par contre que sur une subvention d’équilibre de la Ville d’Anglet, en regard d’un budget annexe de 960.000 €, décomposé en :
– 660.00 € de frais fixes et de personnels
– 300.000 € d’achats de spectacles.

Mais les premiers résultats financiers pointent la pertinence de l’offre : en 3 mois, la salle Quintaou enregistre 150.000 € de recettes (chiffres donnés par l’ancien Adjoint à la Culture Yves Mondorge, 70.000 euros donnés par l’actuelle Direction) quand sa prévision pour l’année entière 2014 reposait sur 172.000 €.

Et le nombre conséquent du nombre d’adhérents qui s’y précipitèrent (près de 900 en 3 mois, quand la Scène Nationale de Bayonne en compte 2.000 après 25 ans d’activité) l’atteste tout autant.

publicPour autant, l’élan du lieu est coupé dès le lendemain de la victoire de son farouche opposant Claude Olive : la salle Quintaou passe dans les mains de la Scène Nationale et devient « le Théâtre d’Anglet« . La programmation artistique du 3ème et 4ème trimestre 2014 est immédiatement retirée des dossiers du Directeur d’Anglet, Jérôme Poties, qui se voit notifier la fin de son activité, et est transféré au service Jeunesse.

La salle Quintaou n’est plus, le nouveau Maire s’auto-félicite d’une gestion plus cohérente (alors que la simple question d’une convention de mise à disposition du théâtre n’a pas été définie), et l’adjoint à la Culture d’Anglet, Jean-Michel Barate, apprécie ce changement de nom qu’il trouve « moins trivial, plus noble« , tel que le rapporte son prédécesseur socialiste Guy Mondorge dans son blog.

« UNE CERTAINE PRÉCIPITATION » OBSERVÉE PAR LES INSTANCES PARTENAIRES

cregDu côté de la Région Aquitaine ou du Conseil général des Pyrénées Atlantiques, partenaires et membres du Conseil d’Administration de la Scène nationale de Bayonne, l’absorption de Quintaou est regardée « avec une possible bienveillance« , dans ce qu’elle prévient du risque d’appels de fonds d’une seconde structure sollicitante dans cette partie du territoire.

Mais tout n’est pas pour autant réglé, y confie-t-on, quand le sentiment général est d’avoir été mis devant le fait accompli, sans qu’ait été posée une réflexion préalable en profondeur sur le projet de regroupement, et sur la gouvernance de la structure bayonnaise, désormais associée à deux théâtres de plein exercice (en plus de son intervention auprès du Boucau et de St Jean de Luz).

Avec le sentiment commun que l’actuelle nature associative de la Scène nationale est pointée comme une faiblesse un peu autoritaire, est demandée une réflexion sur sa transformation en un Établissement Public de Coopération Culturelle, dont la souplesse de prises de décisions ne serait pas autant facilitée.

La compatibilité des deux programmations ; le travail attendu de soutien à la création, notamment par des résidences d’artistes et de compagnies, cheville obligatoire de toutes les Scènes Nationales : un temps de travail de vérification du projet global a été sacrifié et la saison 2014/2015 n’est pas le fruit d’une réelle réflexion commune, regrette-t-on à la Région et au Département.

DES PRÉVISIONS DE BAISSE DE FONCTIONNEMENT JUGÉES « OPTIMISTES », ET RENVOYÉES… À 2015

oliveBaisser à 400.000 euros annuels l’actuel budget de fonctionnement du Théâtre d’Anglet est une promesse de campagne du nouveau Maire qualifiée en termes polis de « optimiste » par la Région.

En 2008, une fusion similaire des Théâtres de Blanquefort et de St Médard en Jalles n’a pas donné lieu à une baisse fulgurante des coûts, et, avec 43 spectacles programmés à Anglet, auxquels se rajouteront une quarantaine de dates réservées aux associations locales, il n’y aura aucune possibilité concrète de mutualiser le personnel technique de Bayonne et d’Anglet.

Et rien de spectaculaire non plus à attendre des financeurs habituels d’un État exsangue.

convention SNSA DRAC 440 950 eurosAvec un apport global de 440.000 euros, la Scène Nationale est déjà toute proche du plafond de subventions d’État de 500.000 euros, et son augmentation serait de toute façon liée à la définition demandée du projet global.

Le Conseil Municipal d’Anglet l’a compris qui, aux 760.000 euros initialement votés, n’a pas trouvé de solution immédiate à la diminution conséquente des 660.000 euros de fonctionnement : le 27 septembre prochain, sera donc votée une subvention complémentaire de 150.000 à 200.000 euros d’achats de spectacles, pour, dans les faits, une addition équivalente ou supérieure au schéma précédent.

La réduction des coûts de moitié est donc renvoyée à l’exercice 2015, admet l’Adjoint à la Culture d’Anglet, « c’est une saison d’essai« , confie-t-il au journal Sud-Ouest le 22 août dernier.

BAYONNE EN PERD SON RANG

etchegarayC’était l’un des principaux engagements de Jean-René Etchegaray, candidat et ancien adjoint à la Culture de l’équipe sortante, devenu son Maire depuis le 3 avril dernier : défendre sa position centrale de Bayonne, « chef de file de l’agglomération« .

Pour autant, sur une simple sollicitation écrite du Maire d’Anglet, un coup de gomme supplémentaire a été également apposé sur le nom historique de cette « Scène Nationale de Bayonne Sud-Aquitain », raccourcie dans la discrétion de l’été pour devenir « Scène Nationale Sud Aquitain ».

Bayonne a donc disparu de l’entête de la structure sur le nouveau programme, et l’ancien sigle, SNBSA, disparait jusque dans l’adresse internet, au profit d’un  » http://www.scenenationale.fr/ » au profil on ne peut plus anonyme.

Une décision officialisée par Dominique Burucoa en juin dernier lors du Conseil d’Administration, et pour laquelle aucun des 6 élus présents du nouveau Conseil Municipal de Bayonne n’a rien trouvé à redire. A la Région, la décision a été jugée étonnante, sans que, pour autant, décision ait été prise d’être « plus royaliste que le roi ».

… ET SES BIJOUX DE FAMILLE

scene-nationaleExit donc la dénomination de la Ville de Bayonne dans la macro-structure créée, propre à ménager la susceptibilité angloye née de l’annexion concrète de sa salle.

Pourtant, l’engagement de Bayonne pourrait nourrir une insistance à conserver son titre, quand la Scène Nationale, soutenue depuis 25 ans par la Ville, bénéficie d’une subvention importante de plus d’un demi-million d’euros annuels, et du prêt gratuit de locaux pour son administration dans l’immeuble de ses services culturels.

convention SNSA BayonneLa salle de Quintaou d’Anglet a disparu, laissant le champ libre à l’opérateur de Bayonne, tout en affaiblissant l’identification politique de son action. L’absence de réjouissances officielles n’est peut-être pas dûe qu’à des difficultés de calendrier.

A ANGLET, DES PROTESTATIONS, EN PAROLES, MAIS ÉGALEMENT EN ACTES

mondorgeMardi prochain, une conférence de presse se tiendra dans ce nouveau Théâtre d’Anglet pour qu’y soit présentée la nouvelle saison 2014/15 de la Scène Nationale Sud Aquitain. Ancien adjoint à la Culture d’Anglet, Guy Mondorge l’a appris par mail de la Direction de la Scène nationale. Une nouvelle source d’indignation pour celui qui est également Vice-Président chargé de la Culture au Conseil Général des Pyrénées Atlantiques, et, à ce titre, membre en exercice du bureau associatif de la Scène Nationale.

Il admet être obligé de naviguer dans le flou des décisions qui sont prises, finalement que faiblement débattues lors des deux Conseils d’Administration auquel il est convié chaque année.

Du budget annoncé pour cette nouvelle saison, il n’a pu que constater l’affaiblissement du projet artistique précédent, en particulier avec les Dimanche famille de Quintaou, qui pouvaient réunir contre toute attente 700 personnes, supprimés après janvier, soit à l’extinction des 5 rendez-vous artistiques mis en place et signés par l’ancien Directeur de la salle, Jérôme Poties, avant les Municipales.

Une pétition en ligne s’en indigne, indique-t-il, vous dirigeant vers Philippe de Ezcurra, à la tête du collectif apolitique Agir Pour Anglet, qui partage, au moins artistiquement, le même constat.

Lui-même artiste musicien, déplore une conséquence directe pour les artistes ou les compagnies qui faisaient de Quintaou un lieu à inventer et investir : « aujourd’hui, nous avons donc un seul interlocuteur unique pour toute la zone, de St Jean de Luz à Boucau, ce qui doit faire réagir« .

ezcurraJeudi 28 août, et dimanche 31 août, seront donc organisées devant la salle Quintaou, de 10h30 à midi, des interpellations citoyennes contre la disparition d’un « outil culturel propre avec des moyens techniques, humains, afin que la culture puisse vivre dans cette ville de plus de 40000 habitants aujourd’hui« .

S’il insiste sur le fait qu’il n’a « rien contre l’homme, Dominique Burucoa« , Philippe de Ezcurra prévient fermement : « Si une réelle réflexion est en cours pour définir un projet sur ce lieu, nous nous manifesterons pour nourrir ce débat essentiel. Mais si son objet est une simple réaction politicienne, visant à détruire ce qui a été construit par les adversaires, ou une stratégie d’emprise de gestion culturelle sur le territoire, alors nous nous y opposerons« .


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