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« La suite basque » de Charles Fréger replace à Bayonne la photographie (et ce pays) à la croisée des mondes

17 novembre 2016 > > 2 commentaires

C’est une proposition exceptionnelle qu’abrite jusqu’au 5 février prochain le Musée basque de Bayonne, avec « La suite basque » du photographe Charles Fréger : un fantastique espace de confrontations artistiques autour d’archétypes locaux du passé, pour se projeter dans les drames et blessures d’un présent universel.

Les murmures admiratifs et le puissant bouche à oreilles qui vont accompagner l’exposition photographique La suite basque de Charles Freger, jusqu’au 5 février 2017, dépasseront les frontières habituelles des curieux qui se rendent au Musée Basque de Bayonne :  une sidérante beauté émane du résultat de ce travail d’un an et demi de résidence de cet artiste telle que proposée par l’association d’art contemporain COOP de Bidart, sous la forme d’une commande sur le patrimoine immatériel basque

L’homme avait illuminé l’été 2014 dans le même bâtiment avec sa fantastique collection Wilder Mann, déjà nourrie de premières confrontations culturelles fortes autour d’archétypes basques de la représentation du carnaval.

En ce sens, le nom de l’expo présentée à Bayonne peut s’entendre comme « la suite » de ce travail mené ici, tout comme le prolongement artistique de deux séries photographiques antérieures, Yokainoshima (l’île aux monstres », montrée aux Rencontres d’Arles 2016) et Les Bretonnes, quand bien même son auteur a imaginé cette « Suite basque » comme la prolongation de son travail sur « un peuple à l’identité très forte, sophistiquée dans son langage et ses pratiques ».

Il faut rentrer au deuxième étage du musée qui l’accueille pour constater la fascinante accélération de sa trajectoire artistique, toujours nourrie de la dramaturgie qu’il met en scène,  théâtralisée dans un espace qui dépasse le simple portrait pour prendre sa place avec force dans une cérémonie universelle.

« L’Histoire est collective, elle appartient à tout le monde, comme la terre », et c’est avec cette conviction que Charles Fréger s’est approché des repères du Pays basque pour les dépasser.

Ses silhouettes portent à la fois une immédiate identification et l’impact d’un « trou noir », tout à la fois absorption de la lumière par contre-jour et projection sidérante vers tout ce qu’y amène le visiteur, porte ouverte entre passé et présent, entre ici et « là-bas ».

charles-freger-suites-basques-musee-bayonne-2016-coop-13charles-freger-suites-basques-musee-bayonne-2016-coop-7A quelques heures de l’ouverture de l’exposition, et alors qu’une panne de lumière dans le bâtiment vient compliquer le travail de l’installation finale, Charles Fréger murmure le nom de Deleuze, et là encore, la lumière surgit de la référence avancée, obscurité vaincue par la clarté de ce qui s’aligne sur les murs.

Quel visage n’a pas appelé les paysages qu’il amalgamait, la neige et la montagne, quel paysage n’a pas évoqué le visage qui l’aurait complété, qui lui aurait fourni le complément inattendu de ses lignes et de ses traits ?

charles-freger-suites-basques-musee-bayonne-2016-coop-5charles-freger-suites-basques-musee-bayonne-2016-coop-bLes silhouettes du passé connu des contrebandiers, passeurs et travailleurs obligés (Ainarak) de la frontière basque entre l’Espagne et la France se font véhicules de milliers d’exilés, d’exécutés massifs, de victimes errantes.

Elle se découpent dans la beauté de paysages naturels, d’ici mais aussi de « là-bas », les rendant protagonistes d’une survie entre le bien et le mal, portant ses raisons comme leurs lourds bagages ou leurs enfants qui n’en peuvent plus, harassés d’un monde qui ne les regardent plus que comme des représentations lointaines.

charles-freger-suites-basques-musee-bayonne-2016-coop-10Avec la collaboration d’une association locale de Gernika, qui produit tous les deux ans la reproduction théâtrale de leurs plaies de 1937, Charles a repris le chef d’oeuvre de Picasso, l’a ré-interprété avec un mélange de force respectueuse et de liberté de dramaturgie, « une approche littérale aurait été barbante », partage-t-il.

charles-freger-suites-basques-musee-bayonne-2016-coop-8Deux Pastorales basques (l’une à Sauguis durant l’été 20145, puis celle, à Bayonne en mai dernier, sur Katalina de Erauso) lui ont fourni également le matériau de silhouettes supplémentaires, d’autres formes découpées dans un dispositif sophistiqué d’arrière-plans de voilages et de premiers plans de lourds rideaux, portant à la fois traces évidentes de son langage photographique à lui et ouvertures vers une nouvelle représentation de ce théâtre dansé et chanté, pourtant si familier.

charles-freger-suites-basques-musee-bayonne-2016-coop-4Il faut arrêter ici la persistance craintive des mots, dans cet article, pour donner rendez-vous vers ce voyage silencieux des images, hors des transports usuels effectués pour nos déambulations culturelles.

Retenir son nom, Charles Fréger, reprendre Deleuze, et trouver une place interstellaire dans ces paysages extérieurs qui ont fui l’abstraction pour nous repositionner à la croisée des mondes et de la photographie.

Avec soulagement, émotion, et une pointe de douleur que nous ne saurions expliquer à notre âme, là, tout de suite.

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« La suite basque » de Charles Fréger, au Musée Basque et de l’Histoire de Bayonne

Du 17 novembre 2016 au 5 février 2017

Ouverture de 10h30 à 18h00, sauf les lundis et jours fériés (entrée gratuite le premier dimanche de chaque mois)

Entrée : 6.50 € ; Tarif réduit : 4 € ;  > Groupe (15 personnes) : 5 € ; Enfants et – de 26 ans : gratuit


 


Commentaires

2 réponses à « La suite basque » de Charles Fréger replace à Bayonne la photographie (et ce pays) à la croisée des mondes

  1. Béranger dit :

    Cet article est magnifique, à la hauteur de l’exposition !

    • Merci, Bérangère, pour votre double commentaire enthousiaste dont je suis sûr de partager avec vous au moins la seconde partie 🙂

      Revu le lendemain de l’avoir découverte, avec le sentiment que, jusqu’au 5 février prochain, j’irai sans doute la revoir encore de nombreuses fois si possible.

      Et merci pour votre joli mot, oui, oui, et votre intéret pour Eklektika,

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