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Lasa eta Zabala, et autres sorties cinéma du 6 mai : Juliette Binoche nous manque

6 mai 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Lasa eta Zabala, un Kinorama russe, Le labyrinthe du Silence, Blind, Still Alice : passage en revue des principales offres cinématographiques dans les salles de cinéma de la côte basque, pour cette semaine du 6 mai 2015, en l’absence ici de L’Epreuve, avec Juliette Binoche.

Un exercice de course de fond dans lequel nous sommes lancés, pour soumettre au filtre de notre subjectivité une bonne demi-douzaine de films avant ce long week-end à rallonge que la météo va rendre sans doute indispensables.

La sortie du film basque Lasa eta Zabala, distribué par le cinéma l’Atalante de Bayonne sur tout le Pays Basque nord, s’avance avec un parfum de film-scandale qui ne nous a pas convaincu, tandis que le Royal de Biarritz ouvre ses écrans à sa sélection annuelle de films russes, dont un, en particulier, qui ne pourra pas ne pas vous émouvoir, Quand passent les cigognes (1957).

epreuve-5Mais c’est loin de nous, en Gironde ou du côté de Pau, qu’il faudrait aller chercher, pour l’instant, la possibilité d’un film boudé ici, L’Épreuve de Erik Poppe : un film norvégien façon Hollywood, certes, nous confie Murielle, mais « illuminé par la présence de Juliette Binoche », dans une réflexion sincère sur le métier de photo-reporter, vue et vécue par une femme.

La discussion est ouverte, et les toiles vous attendent.


L’épreuve (par Murielle)

Réalisé par Erik Poppe, avec Juliette Binoche, Nikolaj Coster-Waldau, Lauryn Canny – 1h57 – En Gironde ou du côté de Pau, pour l’instant.

Débuter son film avec la meilleure scène est toujours un risque. Dans L’épreuve, drame sombre sur une photographe de guerre, c’est un geste audacieux. La question est de savoir si la réflexion du film qui suit est suffisante pour compenser un léger sentiment de déception.

epreuve-1Rebecca est une photographe de guerre de renommée internationale. Alors qu’elle est en reportage en Afghanistan elle est gravement blessée par l’explosion d’une bombe. De retour chez elle en Irlande, pour se remettre de ce traumatisme, elle doit affronter une autre épreuve. Marcus, son mari et Stéphanie, sa fille ainée de 13 ans, ne supportent plus l’angoisse provoquée par les risques que son métier impose.

Rebecca, déchirée entre les souffrances qu’elle fait subir à ses proches et sa passion de photo-reporter, doit faire face à un ultimatum.

Cela commence à Kaboul, une jeune femme suit les rites précédant la mission suicide d’une jeune femme.

epreuve-3Les fausses funérailles, la toilette, les explosifs revêtis comme une deuxième robe, le tout accompagné des litanies des prières. Rebecca (Juliette Binoche), photo-journaliste, est présente.

Silencieuse, attentive, elle ne manque aucun détail, embarquée avec cette mission-suicide, déterminée à ne pas flancher face à la tâche, accompagnant la bombe humaine dans son dernier voyage dans le centre-ville.

L’Épreuve est basée sur l’idée que Rebecca doit faire ces choix risqués, potentiellement mortels, quasi quotidiennement en allant aux quatre coins d’un monde en colère.

Comme s’il était nécessaire pour elle de de glisser par la force les horreurs cachées du monde dans toutes les maisons. Photographier pour mieux alerter.

Le réalisateur Erik Poppe raconte ainsi sa propre histoire, celle du reporter de guerre qui a abandonné sa carrière au moment où il est devenu père. En confiant le rôle à une femme, il a eu l’intelligence d’ajouter les questions que tout bon curieux attaché aux traditions pose : comment une femme peut-elle laisser derrière mari et enfant ? Suivi du :  peut-on concilier vie de famille et travail? Questions rarement posées à un homme

Le film a ses limites. C’est un film norvégien « hollywoodien », parfois un peu simpliste dans sa réflexion. Il restitue ces conflits lointains, cueille une image ou deux, et se déplace, sympathique, vers Rebecca et sa famille.

À cet égard, il est moins engagé que son héroïne, qui, cherche, à sa façon intense et courageuse, à agir face aux problèmes du monde. Mais il est sincère.

epreuve-4Enfin, il y a Juliette Binoche, et c’est presque suffisant. Il est des descriptions qui sont des lieux communs, et pourtant, Binoche les rend toutes uniques.

Elle est lumineuse, touchante et profonde.


Lasa eta Zabala (par Ramuntxo)

lasa-eta-zabala-2Réalisé par Pablo Malo, avec Unax Ugalde, Francesc Orella, Jon Anza – 1h46min – Distribué par L’Atalante de Bayonne sur la cote basque, voir les dates et lieux sur le site de l’Institut Culturel Basque

En octobre 1983, deux militants d’ETA disparaissent en plein Bayonne. Douze ans s’écoulent avant que leurs corps ne soient découverts et identifiés à des centaines de kilomètres de là, dans une fosse où ils ont été couverts de chaux vive après avoir été torturés. Leur avocat va tenter de percer le mystère de leur assassinat, dans un écheveau où apparait la voie du GAL, l’organisation paramilitaire secrète utilisée pour des missions de répression au Pays basque.

Il y a l’argument, abominable et véridique, et puis le traitement visuel, qu’il est difficile de qualifier de « cinématographique » tant est lourde la patte de la fabrication maison de ce que continue de perpétrer la télévision basque qui l’a produit, Euskal Telebista.

Une lassitude qui ne suffirait pas à elle seule à rejeter le film, si l’intervention d’une prudence à tous les niveaux n’œuvrait pas également pour diminuer l’impact recherché.

lasa-eta-zabalaLes « méchants » sont décrits comme des barbouzes non reliées à un conflit d’Etat (alors que, bon…), et le récit est rythmé de mises en accusation des « gentils », les etarras, traduits par « terroristes » dans les sous-titres français, les avocats du groupe ayant été invités à donner leurs avis à chaque ligne du scénario.

Il en ressort un film qui n’apprend rien de plus à ceux qui connaissent déjà ce drame, et échoue auprès des autres à en faire le Au nom du Père de l’Irlandais Jim Sheridan.

Un statut inaccessible pour cette oeuvre qui ne puise son odeur de soufre recherchée que dans un catalogue à peu près exhaustif des diverses techniques de torture connues à l’époque : là sans doute réside le seul point de polémique possible, face à cette attention toute particulière du réalisateur à nous en mettre plein la vue.

Une fascination déplaisante, quand, pour le reste, il s’évertue à filmer l’évolution judiciaire du dossier avec l’intérêt d’un photo-reporter pour une quiche lorraine (mention spéciale à ce sujet pour l’acteur principal, Unax Ugalde, qui brille surtout par le gel efficace sur son brushing toujours impeccable).

Œuvre de commande plus décevante qu’énervante, on continue de lui préférer l’impact du Sanctuaire d’Olivier Masset-Depasse, découvert au dernier Fipa.


Kinorama, festival de films russes (par Ramuntxo)

Quand-Passent-Les-CigognesSept films seront à l’affiche de Kinorama, le festival de films russes dont la neuvième édition aura lieu de ce mercredi 6 mai à ce samedi 9 mai  au cinéma Le Royal de Biarritz. Il est, comme d’habitude, organisé par l’association des Russisants de la Côte basque.

L’occasion de découvrir la production récente du cinéma russe, ou de revoir cette merveille de Mikhaïl Kalatozov, Quand passent les cigognes, réalisé en 1957, et Palme d’Or à Cannes en 1958.

Pour reprendre contact avec ce que les mots « lumière » et « éclairage » représentaient pour le 7ème art à cette époque-là.


Le labyrinthe du Silence (par Murielle)

labyrinthe-silenceRéalisé par Giulio Ricciarelli, avec Alexander Fehling, André Szymanski, Friederike Becht – 2h03 en VO – A L’Atalante de Bayonne

Après tant de décennies de livres, de romans, de films, de BDs et de mini-série télé qui ont graphiquement catalogué les horreurs de l’Holocauste, le public d’aujourd’hui peut trouver difficile, voire impossible, de croire que, jusque dans les années 50, la plupart des Allemands de la génération de Radmann ne savait rien d’Auschwitz. Et leurs aînés – pas seulement les nazis, mais les Allemands qui ont préféré oublier – n’avaient pas l’esprit ou le cœur à les éduquer.

Ce phénomène est au cœur de Le labyrinthe du silence, un compte rendu prosaïque mais fascinant de la façon dont l’épais brouillard d’amnésie nationale a été dissipé par la poursuite incessante de justice.

Le film marche parce que le personnage est sympathique et que sa démarche est valeureuse, malgré une qualité cinématographique trop proche de sa nature visible de production télévisuelle originelle.

Mais il est très bon à évoquer l’aspect et la sensation de l’Allemagne – la RFA – qui est en train de devenir un endroit économiquement miraculeux, dont sont méticuleusement tues toutes les raisons de faire des vagues. Les mélodies pop allemandes et américaines sont habilement utilisées sur une bande son parfaite pour rendre la saveur de l’époque.


Blind (par Murielle)

blindRéalisé par Eskil Vogt, avec Ellen Dorrit Petersen, Henrik Rafaelsen, Vera Vitali – 1h31 en VO – Au cinéma Le Royal de Biarritz

Ingrid (Ellen Dorrit Petersen), la trentaine, est aveugle. Quand que son mari quitte la maison pour aller au travail, Ingrid s’assoie à la fenêtre et imagine le monde extérieur. Déterminée à maintenir sa capacité à se rappeler les images de son passé, elle construit des récits où ses souvenirs vont habiter.  Et ses doutes, en particulier sur son mari.

Les souvenirs d’Ingrid et son imagination créative dictent le rythme de Blind, réalité et fiction se fondant dans un flou commun. Son parcours personnel vers l’acceptation de son handicap nous emmène dans un voyage très émouvant qui est heureusement parsemé de moments doux d’humour.

Louable pour son approche sympathique, sérieuse et sans condescendance envers la déficience visuelle, Blind apporte également quelques commentaires habiles sur des questions telles que le regard masculin et sur la manière dont nos désirs les plus profonds affectent notre perception du monde.

Le portait émouvant d’une vie différente.


Still Alice (par Murielle)

aliceRéalisé par Richard Glatzer, Wash Westmoreland, avec Julianne Moore, Kristen Stewart, Kate Bosworth – 1h39 en VO -Au cinéma Itsas Mendi d’Urrugne

Mariée, heureuse et mère de trois grands enfants, Alice Howland est un professeur de linguistique renommé. Mais lorsqu’elle commence à oublier ses mots et qu’on lui diagnostique les premiers signes de la maladie d’Alzheimer, les liens entre Alice et sa famille sont mis à rude épreuve. Effrayant, bouleversant, son combat pour rester elle-même est une magnifique source d’inspiration.

Le premier mot qu’Alice va oublier est « lexique »… Rarement un film offre un sujet difficile, presque inaccessible, avec tant de grâce, de conviction et d’authenticité.

Iris, Se souvenir des belles choses et Loin d’elle (tirés d’un roman de Alice Munro) avaient déjà traité avec beaucoup de talent de la maladie Alzheimer. Mais là ou ces films parlaient de la maladie à travers les yeux du compagnon ou de l’amoureux, Still Alice le fait à la première personne.

Un film doux et fort en même temps. Et également un film sur les mots – leur signification et leur fonction, sur tout ce qu’ils révèlent, malgré eux parfois, sur l’âme et ses révoltes. Sur leur pouvoir et leur impuissance.


 


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