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‘Le fils de Saul’, de László Nemes : un chef d’oeuvre insensé, un jeune cinéaste inouï

5 novembre 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Annoncé depuis ce mercredi comme le chef d’oeuvre de l’année, ‘le fils de Saul’ de László Nemes l’est effectivement, à ceci près que le bouleversement qu’il produit se prolongera encore bien des années.

Un enfant, miraculé quelques secondes durant après son passage dans une chambre à gaz d’Auschwitz mais pas des mains du médecin-officier SS qui l’achève, est-il réellement le fils de Saul, membre des prisonnier hongrois travaillant comme membre du Sonderkommando dans l’un des crématoriums ?

Le film s’ouvre sur ce mystère préliminaire, que le premier film de László Nemes n’a pas forcément ni envie ni besoin de lever.

le-fils-de-saul-nemes-2Dans la première séquence absolument hypnotique du « Fils de Saul », le regard de Saul sur ce corps allongé (pourquoi celui-là ?) est le point de départ d’une quête, qui va embrasser tout ce qui, par à-priori Lanzmannien, ne peut être filmé.

Ni cet enfer, qui ne supporterait que la commémoration documentaire, et sans doute pas par un jeune cinéaste, fut-il l’assistant réalisateur de l’immense cinéaste Bela Tarr (les Harmonies Weirckmeister, Le cheval de Turin, etc…).

Il faut pourtant accepter de voir sortis pour la première fois cette année les superlatifs à assumer, avec toute la détermination nécessaire.

le-fils-de-saul-nemes-5Co-scénarisé avec l’écrivain française Clara Royer (une première pour elle aussi), « Le fils de Saul » est un chef d’oeuvre insensé, pour ce qu’il nous donne à voir, le combat d’un homme, Antigone des camps de la mort, qui refuse de voir cet enfant (pourquoi celui-là ?) être dirigé vers les four crématoires, quand lui a décidé de recouvrir son corps de terre.

Le combat d’un homme seul pour un mort, qui risque sa vie pour un geste au-delà de la raison, quitte à aller lui-même s’approcher des endroits du camp où l’on ne revient pas (comme cette scène inimaginable près de fosses communes).

Et tout hurle à l’écran le cynisme d’une entreprise de destruction massive dont les règles, au-delà de la mort comme seule issue, rappellent leurs logiques d’une organisation capitalistique de travail où l’humain est une pièce d’une monstrueuse machine à récupérer, organiser, et détruire.

L’argument vaut climax dramatique (ce vilain mot), sa quête l’amenant (et nous avec) à plonger lieu par lieu dans Auschwitz, dans la peur et la mort omniprésentes.

Jusqu’à une forme de libération, impossible à écrire ici, parce qu’elle a en plus l’incroyable vertu d’être ressentie, ou pas, par chacun de ses spectateurs.

le-fils-de-saul-nemes-6Et ce qui tient de l’insensé dans la narration est appuyée par une mise en scène proprement inouïe, qui impose ses codes (chers au maître Bela Tarr, des cadrages au rythme des enchainements, jusqu’au format carré 4/3 devenu incongru ailleurs), ne cède à aucune facilité (pas de musique, ou autres procédés « malins » de ralentis, d’ellipses, etc), sans jamais ni se dissocier de l’émotion du récit ni s’y superposer.

La vision « radiographique » ou le hors champ visuel ici promptement écartés, c’est par le flou et la maitrise totale de l’arrière plan (sonore, également) que László Nemes donne à voir ce qui ne peut être vu sans ouvrir une discussion sur la morale d’un travelling (Jacques Rivette) ou sur la reconstitution par des figurants d’un « spectacle » (l’écueil épouvantable et non évité par La Liste de Schindler de Spielberg).

le-fils-de-saul-nemes-1Ni la conduite du récit ni les options de réalisation ne sont des choix assurés, mais la maitrise de Nemes est proprement bouleversante, pour qui reste encore capable d’être submergé par l’émotion de voir naitre un très grand réalisateur du 7ème art (et pas de l’industrie bankable qui l’a enseveli).

Maintenant le beau comme portant une possible immoralité insupportable ici, aucun spectateur ne sera pour autant laissé à l’écart, le film ne quittant jamais le regard humain, désespéré et jusqu’au-boutiste de Saul.

Car, de son maitre Bela Tarr, László Nemes a appris et gardé un enseignement essentiel : il n’y a pas de récit cinématographique sans l’âme et la chair d’un humain, propre à être notre regard, notre peur, notre âme.

Le miracle supplémentaire du film s’appelle donc Géza Röhrig, l’acteur qui, pour son premier rôle au cinéma, porte avec force et obstination le personnage de Saul.

le-fils-de-saul-nemes-4Lui-même fils de personne (élevé dans un orphelinat, avant d’être adopté), il n’était connu que pour deux recueils de poésie sur la Shoah.

Depuis la toute première projection publique du film, il est et restera Saul : un homme plongé sans illusions dans l’enfer, qui hâterait sa mort plutôt que de ne plus voir en un enfant la seule lueur perceptible de l’espoir.


fils_de_saulLe fils de Saul, de László Nemes – Avec Géza Röhrig, Levente Molnár, Urs Rechn – Hongrie – 1h47

Actuellement sur les écran de L’Atalante de Bayonne, du Royal de Biarritz, du Sélect à St Jean de Luz


 


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