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« Le flamenco dans le texte » par Mario Bois, sans mots trop entendus ni poèmes déjà vaincus

25 juillet 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Ré-édité en avril dernier après avoir disparu en 1980 des librairies, les éditions Atlantica ont redonné vie à l’ouvrage de Mario Bois, auteur et éditeur passionné de flamenco, dont il parcourt les origines comme des ruelles andalouses en pleine nuit.

Le flamenco est un art mystérieux, transmis de lèvres en lèvres au fil des siècles, semant ses grands chants au vent sans jamais les accrocher à une feuille de papier.

Le livre Le flamenco dans le texte de Mario Bois, retrace quelques-unes des routes originelles possibles de cette musique et donne à découvrir plus d’une centaine de coplas, de courts poèmes ou incantations chantées.

flamenco-dans-le-texte-7Il ne s’agit pas d’un livre de « boa flamencologue », l’auteur se méfie des propos savants qui s’enroulent autour de vous jusqu’à étouffer la ferveur.

Mario Bois avoue se perdre lui-même dans ce puits sans fond des origines du flamenco, dont l’érudition livresque désintéresse les véritables enfants, « qui ne savent pas dire, mais qui font ».

La première partie de l’ouvrage réfléchit simplement et généreusement sur la façon dont l’art flamenco, complexe, technique, s’est transmis sans écriture depuis des siècles, et sur ses influences, orientale, grecque, byzantine, syrienne, judaïque, arabe.

L’auteur observe amoureusement le peuple gitan à qui il attribue justement le génie poétique du flamenco. Mais longtemps méprisée comme tout ce qui ne rentre pas dans une case, cette musique reste lointaine et laisse ses mystères claquer dans ses talons.

Ils chantent, hallucinés par un point brillant qui tremble à l’horizon. Ce sont des gens étranges et simples. Ces immenses interprètes de l’âme populaire ont brisé leurs âmes dans les tempêtes du sentiment. Presque tous sont morts du cœur, c’est-à-dire qu’ils ont éclaté comme d’énormes cigales.
– Garcia Lorca –

flamenco-dans-le-texte-5L’écriture de Mario Bois est humble et portée par ce que l’auteur décrit comme l’amour sorcier du flamenco, sa passion sans issue, son lyrisme tragique et fier.

Et il n’est pas aisé d’écrire à l’heure d’une émotion, sans s’embarrasser de mots trop entendus, déjà vaincus.

L’auteur y parvient sans se brimer. Sa plume simple a des oreilles d’enfants émerveillés, ou effrayés.

Comme le papillon dans la lumière de tes yeux, je cherche ma mort
(copla)

Dans son livre, le cante (chant) se tord, s’élève et se brise. Nous l’entendons à chaque page. Il est jondo (profond, grave, long), ou chico (léger).

Il a plus de cinquante noms et formes, selon sa région d’origine : la malaguena de Malaga, la rondena de Ronda, ou selon le sentiment qu’il exprime : la solea pour la solitude, l’alegria pour la joie.

Il vibre avec ses terres et son sang, nourri des paysages qu’il a traversés. Et parmi tous ces vents, le cante gitano atteint la cima (le sommet) et la sima, qui signifie le gouffre, dans une verve subtile souvent, métaphorique toujours.

J’ai un clou qui bouge à la place du cœur
(copla)

flamenco-dans-le-texte-6Le livre est riche de visions, celles du poète Frederico Garcia Lorca, celle du compositeur Manuel de Falla, ou celle de Pepe de la Matrona, illustre chanteur du cante payo (chant qui n’est pas gitan), mais aussi d’anecdotes, comme celle d’une soirée à Séville passée en compagnie de celle qui était alors la première danseuse du ballet national d’Espagne, Manuela Vargas.

flamenco-dans-le-texte-2

Manuela Vargas

Le duende s’apprête à s’emparer de la nuit à 5heures du matin, dans une salle vide près d’un tonneau de vin où une famille gitane s’affaire. Un des jeunes reconnaît la danseuse et saisit sa guitare.

« Manuela je t’admire depuis deux ans. J’ai composé pour toi deux coplas et si tu veux bien, je vais te les chanter », ce à quoi elle lui répond « « et bien moi, je vais te les danser ». Pour Mario Bois, cette nuit là, la terre s’est mise à trembler.

Les hommes sont le diable, disent les femmes et elles pensent, « que le diable m’emporte !
(copla)

Dans la seconde partie du livre, ce sont les textes de ces chants, les coplas, qui nous sont présentés, organisés par thème, du désir aux amours mortes, de l’honneur à la culpabilité.

Comme ceux glissés dans cet article, on peut les lire rapidement, un sur quatre, superficiellement, en ne gardant que la surface pour l’étiqueter d’un « joli mais facile ».

Mais on peut également les lire doucement, en imaginant le cante jondo d’une gitane, qui tire la phrase de son ventre à sa gorge en l’achevant d’un Ole, comme une respiration qui expirerait lyriquement après s’être détachée d’un abîme.

flamenco-dans-le-texte-3C’est cet Ole qui prend place en refermant ce livre, ainsi qu’une envie fourbe d’entendre du flamenco puro, de le sentir, jusqu’à danser.

De repenser à ce temps où, peut-être, le chant dominait la parole, permettant aux différentes lumières du jour d’être partagées « entre hommes », en sublimant les plus sombres.

Pour autant, cet art se vit plus qu’il ne s’apprend, et aucune lecture ne saura vous faire ressentir son duende, à part peut-être quelques coplas enfantées de ces transes.

J’étais penché sur un gouffre
Mais le fond était si noir
Que j’ai senti le soleil
Me tirer par les cheveux.
(copla)


flamenco-dans-le-texte-1Le flamenco dans le texte, de Mario Bois

Editions Atlantica
288 pages, réédité le 7 avril 2016
prix conseillé : 21,90 €


Biographie de Mario Bois


Il a fait à Paris toute sa carrière d’éditeur de musique, publiant en particulier un grand nombre de ballets.Parallèlement, il écrit seize livres dont certains sont primés à Paris.

Auteur d’un bon nombre d’émissions de télévision, de radio, d’arguments de ballet, articles, conférences, traductions de textes d’œuvres musicales, il dirige trois collections discographiques (« La grande musique espagnole », « Histoire de la sevillana », « Grandes figures du flamenco »).

Chevalier des Arts et des Lettres, il fut président du Conseil international de la danse auprès de l’Unesco de 1994 à 1997.


 


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