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‘Le gardien invisible’ de Dolores Redondo : entre secrets et superstitions, dans la vallée basque du Baztán

30 juillet 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Les amateurs de polars et du Pays Basque connaissent déjà Dolores Redondo. Sinon il est temps de faire la connaissance de son héroïne navarraise Amaia Salazar avec la parution en Folio Poche du premier tome d’une trilogie Baztan : Le Gardien Invisible.

Son roman a connu le succès avec les éditeurs du monde entier, traduit en 15 langues et dont les droits ont été achetés par le producteur de cinéma allemand Peter Nadermann, déjà détenteur des Stieg Larsson et Henning Mankell. Pas étonnant, tant Le gardien invisible de Redondo présente des similitudes et multiples facettes qui rendent la lecture passionnante.

Amaia Salazar est une jeune inspectrice de police originaire d’Elizondo, qui a laissé derrière elle une enfance traumatique pour aller étudier aux États-Unis avant de s’installer à Pamplona avec son mari américain, sculpteur.

L’histoire :

dolores-redondo-le-gardien-invisibleAu Pays basque, sur les berges du Baztán, le corps dénudé et meurtri d’une jeune fille est retrouvé, les poils d’un animal éparpillés sur elle. La légende raconte que dans la forêt vit le basajaun, une étrange créature mi-ours, mi-homme… L’inspectrice Amaia Salazar, rompue aux techniques d’investigation les plus modernes, revient dans la vallée.

Le sens littéral d’Elizondo est « à coté de l’église », ce qui est plutôt adéquat tant les personnages de ce roman vivent dans les croyances païennes et magiques peuplées de créatures surnaturelles.

Les croyances basques jouent un rôle essentiel dans cette histoire ; Amaia est une professionnelle dont les compétences soulignées de détective allient la technique conventionnelle à une intuition proche de la sorcellerie.

Impossible de ne pas penser aux romans scandinaves et autres qui comme la culture basque a intégré son aspect mythologique avec la réalité d’un monde contemporain. Le fantastique ne peut que venir naturellement.

« Elle n’avait pas rêvé, cela n’avait pas été une hallucination due au stress. Il était là, cela ne faisait aucun doute. Sa silhouette anthropomorphe mesurait plus de deux mètres, sa forte musculature apparaissait sous la chevelure sombre qui pendait de sa tête et recouvrait son dos vigoureux. La partie inférieure du corps était tellement velue qu’il semblait porter un pantalon en poil. Il était occupé à prélever de petits fragments de lichen sur un arbre, tendant des doigts longs et habiles ; il s’attarda ainsi une minute avant de se tourner lentement et de lever sa tête majestueuse. »

Les esprits et les créatures sont inexorablement liés à la terre, ils vivent dans les forêts et les montagnes, et les superstitions sont profondes. Amaia Salazar est déchirée entre l’aspect procédural rationnel de son travail, et les croyances ancestrales. La nature est si puissante qu’il est normal de penser que les choses sont gouvernées par d’autres lois.

©valledebaztan.com

©valledebaztan.com

La forêt et la rivière qui la traverse n’en sont que plus inquiétantes : « Les troncs, noircis par l’excès d’eau, brillaient sous le soleil incertain de février comme la peau d’un reptile millénaire. Les arbres qui n’avaient pas perdu leurs manteaux resplendissaient d’un vert usé par l’hiver, dévoilant sous la brise légère les reflets argentés de leurs feuilles. La présence de la rivière se devinait en bas de la vallée, serpentant entre les bois, témoin muet de l’horreur dont l’assassin ornait ses rives. »

C’est également un roman de femme sur les femmes. Dans une société profondément matriarcale, c’est une galerie de personnages qui montre des femmes fortes, à la fois bonnes et mauvaises. Fertilité, maternité et filicide sont les fils sociologiques tissés dans une histoire qui va au delà du simple roman policier.

dolores-redondoS’il a les défauts souvent propres aux premiers romans – quelques répétitions, quelques propensions à vouloir trop décrire son héroïne sous toutes les coutures, quelque chose parfois proche du fouillis – c’est aussi un roman qui donne envie d’en savoir plus. Les « non-locaux » voudront connaître ce Pays-Basque différent de la même façon que les étrangers ont voulu en savoir plus sur la Suède de Wallander.

Enfin, il est hors de question de ne pas continuer à accompagner Amaia.


dolores-redondo-le-gardien-invisibleLe gardien invisible, Dolores Redondo
Éditions Gallimard-Folio, sorti le 15 Janvier 2015
528 pages – 8,50 euros



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