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“Le jour du mineur » de Gaël Mocaer, dans la meilleure veine du doc

25 août 2014 > > Soyez le premier à réagir !

Pour ce « Jour du mineur » de Gaël Mocaer, il aura fallu au réalisateur bayonnais deux ans d’aller-retours et de séjours de plusieurs mois dans la mine de charbon de Bouzhanska, au nord-ouest de l’Ukraine, près de Novovolynsk, à la frontière de la Pologne, dans une contrée que l’hiver sépare de nos envies (la température y chute à -30°C) et, probablement, de nos rêves.

Là-bas pourtant, la fierté d’être une “gueule noire” semble résister au temps (“Les Français n’vont jamais croire que je gagne 300 euros par mois“), à l’Histoire (malgré des symboles CCCP toujours présents dans le décorum), et à la peur, qui ne lâche pas ces hommes, ce qu’ils confient parfois au réalisateur, casque et masque anti-poussières sur le visage tout comme eux.

Et l’émotion, même désuète, lors de la remise annuelle en août des médailles des meilleurs d’entre eux, ce fameux “Jour du Mineur“, vient sans aucun doute de notre envie de croire que, là-bas, comme ici ou ailleurs, une caméra est capable de saisir cet instant trop rare où une partie invisible du monde est racontée par ceux qui y vivent.

ceremonieIl n’a pas fallu attendre le rejet planétaire du charbon (et de sa facture environnementale) pour que les mineurs ukrainiens auxquels il s’intéresse comprennent qu’ils n’auront pas l’avenir qu’on leur promet lors des cérémonies officielles.

Ici, remonter vivant d’une plongée de 375 mètres dans les entrailles de la terre est un défi quotidien suffisant, pour peu que, la nuit, la poussière noire dans leurs poumons ne les retienne pour toujours au fond de leurs lits. Et à chacun des ateliers de la mine permettant, en bout de chaine, le chargement du charbon sur des trains en direction de toute l’Europe, l’incertitude fait son lit dans tous les esprits. sans distinction d’âge, ni de sexe.

triGael Mocaer ne les filme pas comme des héros, ou comme des damnés de la terre, son propos est moins schématique, et bien plus subtil, qui rejoint la veine documentaire du Polonais Krzysztof Kieślowski avant sa période “Trilogie” ou “Décalogue”.

Laisser vivre les hommes, pour donner vie aux images. Il y croit, et il n’est pas admissible de lui donner tort à l’heure des documentaires intrusifs, façonnés par des touristes de l’existence des autres.

Ce que cherche à capter le réalisateur, c’est cet échange qui nait entre un monde censé n’intéresser personne (les mineurs se perdent en hypothèses sur la présence du Français avec eux dans cet univers dantesque) et le sentiment perçu par ses acteurs anonymes que leurs vies puissent encore intéresser quelqu’un. Et avec sincérité. Celle que met Gaël à les observer sans les voler, puisqu’il tremble avec eux. Avec la même sincérité.

vacancesCe que l’on appelle à tout bout de champ “le cinéma du réel” est alors ici “réellement” à l’œuvre, du parcours initial de Gael (et donc du spectateur) dans l’ascenseur branlant de la mine jusqu’aux tréfonds de ses galeries incertaines, poisseuses et suintantes, jusqu’aux moments où les mineurs l’interpellent, “Filme ! Filme !”, quand sa caméra peut enregistrer un poteau de bois craquer et signaler l’effondrement possible de l’endroit. Et la mort des hommes. Et la terrible insignifiance d’images qui ne remonteraient jamais jusqu’à nous.

C’est dans cet échange, celui qui coûte mais qui nous est offert, qu’apparait l’essence de ce que pourrait être, ou de ce qu’a pu être, le cinéma documentaire.

Libre à nous, privilégiés, de comprendre alors la chair de ces images, je veux parler ici d’humanité, qui ne peut s’arrêter à des affirmations gratuites sur la disparition de mondes qui n’auraient rien compris, ou n’auraient plus de raisons d’être.

fenetreCe que montre Gaël existe encore là-bas, et a existé ici, en particulier dans le Nord de la France, mais également dans les Asturies aujourd’hui, où des mineurs mènent une lutte sans “prime time” pour ne pas être ravalés au stade de déchets de l’humanité. Déchus de leur humanité. Et plongés dans le noir sans avoir réussi à faire partager leurs dignités.

Depuis ses premières réalisations, Gaël Mocaer n’a de cesse de nous rappeler la valeur de ces choses qui ne résument pas à un flash infos définitif, et à une rubrique nécrologique.

Dans chacun de ces mondes en ruines auxquels il s’est intéressé, que cela soit, à Madagascar, ces hommes pousse-pousse dans “Une ombre entre deux roues“, ou les attentes de liberté du peuple dans “7 mois de chaos“, dans ses reportages effectués en Irak et en Libye, ou dans ce beau long-métrage réalisé sur “mon” cinéma l’Atalante de Bayonne (“NO POPCORN ON THE FLOOR“, 2009), Gael Mocaer s’accroche à sa caméra et à sa table de montage comme on le fait à un espoir mince, c’est à dire seul, sans assurances, et dans un”contexte moyen” qui voudrait vous convaincre que cela n’a pas l’importance que vous lui donnez.

Malgré tout, et contre le refus “majoritaire” d’y croire, l’avoir vu y dénicher à chaque fois une preuve que l’amour y existait, sous des formes tout aussi surprenantes qu’enchantées, a transporté ses spectateurs dans un monde qui a pu se rêver meilleur, plus attentif, plus humain, tout simplement.

danseSur Internet, on peut lire récemment une courte présentation de Gaël Mocaer : “On a du mal à croire que de ce monde étriqué, oppressant, sans air, sans lumière et sans espace, envahi de métal, de poussière et d’hommes rampants, courbés en deux, puisse sortir quelque chose qui ait à voir avec la lumière“.


Plus de renseignements sur le site du Jour du Mineur de Gaël Mocaer



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