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« Le jour du mineur », de Gaël Mocaer, une arme de cinéma dans l’enfer ukrainien

9 septembre 2014 > > Un commentaire

« Aller à la mine« . « Aller au charbon« . Ce que le réalisateur bayonnais Gaël Mocaer a découvert à Bouzhanska, cette mine du nord-oust de l’Ukraine, près de la frontière polonaise, ne l’a pas déstabilisé. Parce que c’est un projet personnel, voulu, désiré, qui se nourrit, comme tous ses autres documentaires, de l’envie de filmer les mondes en disparition. De ne pas les voir être retirés du monde sans en fixer l’image, la conscience, et la force. Transformer la boue en or, disait Baudelaire.

Alors quand il s’est agi de rejoindre ces taiseux, à partir de 2011, dans les entrailles de la terre, il a pris sa caméra. Et son pied.

gael-tournage-3Formé au BTS Audiovisuel de Bayonne, il a déjà mis les pieds là où peu se sont aventurés, comme durant la période de sa vie, reporter de guerre, où les chaines de télévision françaises savaient qu’il serait prêt à filmer la fuite de Khadafi à Benghazi, les combats de rue en Irak, ou le chaos à Madagascar.

Des mois à filmer, de nombreux aller-retours vers cette mine qui accueillait « le drôle de Français », dans l’incompréhension de savoir POURQUOI il les filmait. « Pas exactement le genre d’endroit pour aller en vacances« , a-t-il souvent entendu.

Des mois à monter, puis à attendre la réponse (toujours négative) des principaux Festivals de docs en France. Un soupir. Un haussement d’épaules.

goldenDepuis, son « Jour du Mineur » a remporté le 9 avril 2014 le 1er prix (« Golden Owl du Meilleur film ») du Festival CINERAMA BC, à Camboriú, au Brésil. Toujours non distribué en France, à l’exception de quelques projections uniques dans l’Est de la France ou à Marseille, refusé par les télés (« il ne correspond pas aux normes des diktats en place« ), son film vient d’être acheté par un distributeur américain, Icarus Films, qui a adjoint son doc à côté de ceux de Chris Marker, et le film a une sortie prochaine prévue à New York.

Mais le carnet de route, qu’il tient dans le site dédié au film, a fait du 22 mars 2014 une date essentielle dans son parcours.

Ce jour-là, dans une ville de Kiev livrée au chaos avec le départ du président ukrainien Ianoukovitch destitué, il restitue son film au peuple qu’il a filmé.

public-keiv600 personnes présentes, dans le cadre de son inscription en compétition dans la section « Docu / Rights » du festival Docudays UA.

Les balles sifflent, mais le cinéma n’a pas été chassé de la vie.

Et il écrit : « Les snipers. Les barricades. Les hommes et leurs boucliers en acier. Les uniformes de fortune, camouflés, rapiécés. Les têtes et les visages protégés par des lunettes de soudeurs, des casques de mineurs, des lunettes de ski, des vieux casques militaires ou encore des casques de moto. Les pavés qui volent. Arrachés au sol à la force du poignet et lancés sur les forces armées de Ianoukovitch par des manifestants qui n’avaient rien à perdre.

Des jeunes aussi. Beaucoup de jeunes qui filment l’histoire de leur pays avec leurs téléphones portables. Pas pour témoigner. Pour prouver. On retrouve ici beaucoup de similitudes avec les révolutions arabes, la même ferveur que celle que j’avais vécu en Libye en mars 2011 à Benghazi ou en septembre à Tripoli« .

Ici, les personnages qu’il a filmés dans son documentaire étaient déjà des héros nationaux, avant la guerre.

rencontreBeaucoup d’Ukrainiens en comptent dans leurs familles, et ça leur parle, cette fierté de lutteurs du fond. Mais depuis le soulèvement populaire, leur statut des mineurs est encore plus important. « Ils ont constitué un corps immédiat de volontaires, rejoignant le peuple dans toutes les places de villes« , confie Gaël Mocaer.

Pourtant, il s’en souvient. Au moment du tournage, il avait senti une méfiance profonde dans ces corps noircis, entre ceux qui regardaient vers l’Europe et ses avantages sociaux, et ceux qui regrettaient le temps d’avant, « quand leurs parents avaient une voiture donnée par le Parti, un appartement d’office, la nostalgie était perceptible« .

gael-kievLe 22 mars dernier, Gael n’a pas eu le Grand prix du Festival, mais le film a commencé une nouvelle vie. Depuis cette date, Le Jour du Mineur est projeté dans de multiples coins du pays. Un mail à chaque fois, auquel il répond par « pas de souci, allez-y« .

Début août, son film a été projeté à Donetsk, le coin le plus chaud du conflit, dans une usine convertie pour l’occasion en centre culturel par ceux qui défendent le pays légitime. « Les séparatistes pro-Russes ont vu le film« , explique-t-il, « ils m’ont dit l’avoir trouvé bien, même si, pour eux, les mineurs du nord-ouest sont des lopettes à côté de ceux de la région du Donbass« , qu’ils ont investie militairement.

Ils ont laissé passer la projection, puis, deux jours après, ils ont détruit au mortier le lieu de la projection.

donetskPour ce vendredi 12 septembre 2014, Gael a donné son accord pour une nouvelle projection. « Ils m’ont demandé si j’acceptais que, comme beaucoup d’autres initiatives actuellement, les recettes puissent aller à l’armée ukrainienne légaliste, grossie de nombreux citoyens« .

Il a répondu : « Oui, pas de souci. Il est déjà tard, politiquement, mais je comprends votre envie de défendre vos frontières, votre pays, votre avenir« .

Il a hésité à mettre le mot « patrie », quand la sienne est celle du cinéma. Et qu’il sait son arme, la seule qu’il est prête à utiliser pour défendre ses territoires. Mais il est certain qu’ils se sont compris.

La bande-annonce du documentaire « Le Jour du Mineur » de Gaël Mocaer :


Plus de renseignements sur le site du Jour du Mineur de Gaël Mocaer



Commentaires

Une réponse à « Le jour du mineur », de Gaël Mocaer, une arme de cinéma dans l’enfer ukrainien

  1. […] À l’entrée de la station de métro d’Algorta, des portraits de mineurs urkainiens réalisés par Gleb Kosorukov se dressent devant les travailleurs basques, dont le “métro-boulot-dodo” est tellement éloigné de l’enfer vécu dans les mines, comme en témoigne le documentaire du bayonnais Gaël Mocaer. […]

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