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‘Le Meurtrier’ de Patricia Highsmith : de ces mensonges comme des pelotes de laine

24 juillet 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Les auteurs de romans noirs sont les porteurs d’un miroir qui montrent les territoires intouchés de l’âme. Et s’il existe quelqu’un qui a su percevoir avec justesse et cruauté les faiblesses de l’âme humaine, c’est bien Patricia Highsmith.

Peu importe l’implication du lecteur et son peu d’empathie avec les personnages, ces derniers n’existent pas pour être aimés ou compris. Ils sont là pour nous révéler à nous-mêmes, à travers leurs faiblesses, leurs erreurs et leurs histoires qui tournent mal.

Ils sont là pour nous confronter à nous-mêmes.

Image by © Jacques Pavlovsky/Sygma/Corbis

Image by © Jacques Pavlovsky/Sygma/Corbis

Loin d’être une nouveauté, il est toujours temps de (re)découvrir Patricia Highsmith. Parce qu’elle est peut-être l’auteur-sage femme de tous les thrillers psychologiques dont aucun personnage ne sort indemne. Et de ne pas aller vers l’évident Mr Ripley pour lui préférer Le Meurtrier.

Femme et homme sont vains, faibles, manipulateurs, criminels, psychopathes, ambigus, égoïstes, égocentriques et j’en passe. Aucune autre auteur (à l’exception peut-être de Margaret Yorke) n’a autant fait pour la trame psychologique qui explore la noirceur des âmes et les intentions diaboliques de ses personnages.

L’histoire :

le-meurtrier-patricia-highsmithSeul Walter Stackhouse, un jeune avocat amateur de faits divers, soupçonne que le meurtrier d’Helen Kimmel, assassinée une nuit à un arrêt de car, pourrait être son mari Melchior. Walter, en butte au chantage affectif de Clara, sa femme, qu’il n’aime plus, songe même que la méthode du meurtrier n’est pas mauvaise et il lui rend visite dans sa librairie de banlieue.

Si bien que, lorsque Clara est également assassinée, Walter se retrouve pris en tenaille entre la police, qui le soupçonne et le libraire, d’autant plus dangereux qu’il se sait désormais menacé...

Ce roman porte en lui la marque de son auteur : le suspense, les personnages cruels et sordides, le thème des ressemblances, le transfert de culpabilité – qui fascinait son premier fan Hitchcock – et une sensation suffocante d’impuissance.

Si on y ajoute, le mensonge qui telle une pelote de laine s’enroule et s’emmêle jusqu’à ce que l’enchevêtrement soit si épais qu’il n’y a tout simplement pas moyen de trouver le bon bout.

L’histoire est pourtant «simple». Deux mariages malheureux, un qui se termine en meurtre et le second qui semble aller dans la même direction. Comme dans beaucoup d’autres romans d’Highsmith, les deux protagonistes sont deux hommes loin d’être admirables. Un est réellement coupable et l’autre semble l’être. À moins qu’il le soit vraiment.

«Melchior Kimmel était libraire, Walter s’en souvenait. Walter se demandait si l’on pouvait affirmer que quelqu’un était un meurtrier rien qu’en le regardant. Pas de façon absolument certaine, bien sûr, mais pouvait-on dire si quelqu’un était capable de tuer ou non ?»

Comment mesure-t’on le degré de culpabilité d’un homme ? L’intention et la motivation font-elles la culpabilité ? Ici les bonnes intentions corrompent naturellement, la culpabilité afflige l’innocent, et tout est mélangé.

La suspicion des autres et le doute de soi-même créent un chemin menant à la folie. Je est un autre… Un autre pervers ou inférieur : «Sa thèse était qu’un grand nombre de gens avaient parmi leurs amis au moins une personne qui leur était inférieure en raison de certains besoins et déficiences qui se trouvaient reflétés ou complétés chez cet ami inférieur.»

Les réalisateurs ont déshabillé mentalement ses romans pendant des décennies, incapable d’atteindre la substantifique moelle. Presque aucun n’a compris ou n’a voulu briser ce qui faisait l’ADN de cet auteur.

l-inconnu-du-nord-expressMême Alfred Hitchcock qui a fait un chef d’œuvre de son Inconnu du Nord-Express, ne pouvait faire face à l’essentiel d’une situation « highsmithesque » : deux hommes liés l’un l’autre par une fixation proche de la fascination obsessive voire homo-érotique qui implique un meurtre ou son fantasme.

N’importe quel roman de Patricia Highsmith vaut la peine d’être lu si vous aimez ce qui est loin d’être lisse. Son encre de vérité est trempé dans l’acide et l’ambiguïté.


le-meurtrier-patricia-highsmithLe Meurtrier, Patricia Highsmith
Éditions Livre de Poche, sorti le 11 Mai 1991
319 pages – 6,10 euros


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