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Le rappeur Vald à L’Atabal Biarritz : l’arme de distraction massive a marché à plein

10 mars 2017 > > Soyez le premier à réagir !

Aux antipodes du rap archétypal fantasmé par celles et ceux qui se contentent seulement d’en avoir peur, il y a Vald, entre autres : après 3 jours de résidences en terres basques, le « Trappiste » inaugurait à l’Atabal Biarritz son Agartha Tour, en compagnie de Biffty, le Souyon en première partie.

Il était l’invité du plateau rap de la soirée de mercredi à L’Atabal Biarritz et ceux qui imaginaient la chanson paillarde enterrée ont perdu : ambassadeur du bon-goût, de la chanson française pur beurre, enragé comme un animal enfariné, Biffty, le Souyon reprend le flambeau laissé dans le cendrier par TTC (groupe rap emblématique des années 2000)

Mais qu’on ne s’y méprenne pas, Biffty, Julius, et tous leurs potes du joli 9.3 pavillonnaire, comme leurs ainés Cuizinier et Teki Latex, en ont bien des choses à dire, depuis le sous-sol de leur chanson-phare Boulangerie française.

Plus proche de Didier Super que de Morville, Biffty,  sorte de Johnny Roteux peroxydé, porte étendard du Patapouf Gang, incarne cette French Touch aux doigts tous gras. Gras comme ses rimes crapuleuses qu’il gribouille aux lendemains brumeux de bitures orgiaques sur des emballages de Burger King.

Aux côtés de DJ Weedim, il est passé expert dans le détournement des airs de comptines, Pigeon Bleu, se rie de l’auto-tune, dans Paupiette de VolaŸ et, sourire carnassier aux lèvres, blouson en cuir clouté, emmerde son pays, qui semble déjà assez bien s’emmerder tout seul ces temps-ci. Vous en vouliez de la génération Z ? Après elle, le déluge.

L’invité du soir, Vald,  rappeur de St Denis, achevait vendredi soir une courte résidence à l’Atabal Biarritz et c’est par ce concert qu’il débutait la tournée d’un premier album abouti, Agartha, qu’il qualifie lui-même d’album de la maturité, dans une de ses nombreuses interviews, sourire goguenard aux lèvres, lunettes de soleil (même la nuit), clope au bec.

Donnez un qualificatif pour Vald, vous trouverez immédiatement son contraire dans sa discographie. Tentez une analyse de son personnage, elle s’effritera sans briquet au contact de sa duplicité. Duplicité ? C’est trop peu.

Cependant et c’est encore lui qui l’admet le mieux, avec Agartha, Vald signe un vrai premier album, en ce sens que la trilogie des NQNT (« Ni Queue Ni Tête », du nom de ses 3 premiers EPs)  l’a (seulement) révélé.

« Misogyne, vulgaire, violent, égocentrique, blanc » : voilà quelques-unes des étiquettes collées sur son dos, qu’il se contente d’encadrer, de surligner, de sur-jouer, de balayer ou de coller sur son front.

Sérieusement fantasque, à l’image d’un de ses mentors, Raymond Devos, épris d’ésotérisme, amateur de films pornographiques et de théories foutraques issues de la webosphère, il a saisi avec la malice de ceux qui en ont, de la malice, tous les atouts du world wide web, s’arrangeant allègrement des désagréments et des brèches du système, à coups de FAT32.

C’est sur un triptyque déployé à la manière d’un retable que s’ouvre le concert. On y découvre un zapping d’interviews de ceux, pas celles, qui font et défont le rap français actuel.

Tous y témoignent de leur amitié ou inimitié envers Vald. C’est pompeux, mais les kids adorent. S’avancent enfin, en chair et en os, Suikon Blaz AD, « backeur », compagnon de route et de chant de Vald, suivi de DJ Weedim, que l’on retrouve sur une bonne moitié des productions d’Agartha.

Quand s’illumine enfin le triptyque, laissant apparaître une reproduction à peine modernisée de vitraux de chapelle, dans l’axialité sacralisante de ce décor subliminal aux frontières du mauvais goût, apparaît l’icône d’un Vald drapé d’un suaire et d’une toge rouge, bras ouverts, regard plongeant, yeux mi-clos.

Par une salve de Glock (arme à feu emblématique du rap US), en guise d’homélie, DJ Weedim nous rappelle que nous ne sommes pas encore dimanche. Entre les rafales, le mot « Agartha » retentit en écho, puis une sirène.

La porte de sortie est à 20 mètres et l’hésitation est énorme, mais le voilà, penaud, avec cet air de français moyen du très bon rap français.

La chaîne en or a l’air d’une chaîne de communion et le sourire est contagieux. Ils deviendront vite insupportables ces « Agartha ! Ta ! Ta ! Ta ! » dignes des plus immondes jingles publicitaires, quant aux rafales métalliques du Glock, si au moins elles avaient introduit « Shoote un Ministre », chanson de saison, issue de NQNT, mais non.

La différence entre Vald et un produit marketing ? Vald est le marketing. Sa récente signature chez Universal lui offre seulement de laisser le champ libre à ses délires audiovisuels (les 3 clips pour « Selfie » sont à découvrir). C’est son moment et, en ce jour si particulier qu’est la journée de la femme, il ne manque pas de jubiler.

En terme d’acoustique, le beat est décevant, manque de profondeur, de rondeur, en un mot, d’analogique. Mais le spectacle est ailleurs, dans les textes, le flow et dans les superbes illustrations en fond de scène et la complicité avec Suikon Blaz AD.

S’il se dit « Pale comme Gorillaz », Vald se farde lui aussi d’un univers graphique troublant, dans lequel se cache assurément le titre Lézard Man, Maître de tout, grand ordonnateur de l’univers. Vous ne comprenez rien à ce que vous lisez ? C’est normal, c’est voulu, par Vald, CQFD.

Auto-tune délibérément dégueulasse sur « Selfie », bien plus opportun sur « Envie », qui résonne sur un tempo 8bit de GameBoy, certaines chansons sont à la limite du ridicule. Un savant calcul qui permet à Vald de pouvoir passer en radio, à la télé et partout où il y a des royalties à se faire.

C’est en pointillé que les choses sérieuses s’écoutent, dans « Blanc » ou entre les lignes de « Bonjour », hit inattendu de NQNT 2.

J’suis l’produit d’mon environnement, comme Mac Tyer
J’suis en colère si les juges environnantes n’portent pas d’tailleurs
Assis en tailleur, j’pense aux aïeux, d’ailleurs, faut mailler
J’me suis pas réincarné pour bouillave à Pattaya, Bo-Bomayé
Tu t’es soumis pour grailler, pov’ gougnafier
Heureusement qu’t’es pour la paix, t’es doux comme une couille rasée”

Vald – LDS – Agartha

Le Trap Rap de Vald est une arme de distraction massive. Musicalement, de la basse, beaucoup, un tempo basique, assez lent, une section de cuivre donnant à l’ensemble un air de cour de récréation martiale.

Voilà le Trap et il sonne comme un tocsin l’heure du Turn Up, soit la rencontre fortuite du Pogo punk et du Gangnam style sur une table de dissection.

Eurotrap résonne vaguement comme du Die Antwoord, on pense aussi à Foreign Beggars et puis à Grems et aussi à sauver son appareil photo, on se dit qu’on n’arrivera jamais à faire 4.000 signes pour un article sur ce concert et puis plus rien, on tourne, emporté par la foule.


Eurotrap, Vald


 


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