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« Les 8 Salopards » : Quentin Tarantino échoue à faire « jouir » son public

11 janvier 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Ne parvenant jamais à se mettre à la hauteur des grands réalisateurs de western convoqués par « Les 8 Salopards », Tarantino livre un film passable, bavard et boursouflé d’auto-suffisance, à tenter d’oublier au plus vite.

Au moment de son précédent Django Unchained (2013), le réalisateur Quentin Tarantino laissait apparaître des interrogations sur la consistance de son cinéma, qui se révèlent définitivement avec son nouveau The Hateful Eight (les 8 Salopards).

Dans une interview à la revue GQ en janvier 2013, l’auteur de Reservoir Dogs, Pulp Fiction ou Kill Bill définissait son travail d’une façon extrêmement douteuse : « Ça se passe exactement comme si je couchais avec une fille et que je cherchais à la faire jouir. Et je sais comment faire pour y parvenir… ».

8-salopards-tarantino-uneDésolation est donc de constater que, pour son 8ème film, Tarantino bande mou, et que son verbiage lourd, imbu et boursouflé, explique pourquoi la demoiselle en question a préféré tourner les talons, lui laissant désormais le temps nécessaire pour comprendre qu’il ne laissera pas son nom au même Panthéon des réalisateurs de westerns convoqués.

Dès le générique de début, un long plan séquence sur un calvaire enneigé prouve déjà qu’il n’est pas à la hauteur d’un Sergio Leone, qui savait envoyer du mythe et du signifiant dès la première bobine (ce Christ ne servira à rien au final dans le déroulé de Tarantino, si ce n’est à illustrer un premier titre d’Ennio Morricone dont il ne sait déjà pas quoi faire).

Tout ensuite sonne plat visuellement, bavard, et d’un ennui confondant, le mot « scénario » étant un habit trop grand pour une killing party  virant à l’exercice d’auto-satisfaction sur ses « bons mots » qui faisaient sa patte.

« Qu’est-ce qui se passerait si je tournais un film avec seulement ces derniers personnages ? Pas de héros. Juste un groupe de méchants dans une pièce, se racontant tous des histoires qui peuvent être aussi bien vraies que fausses. Enfermons ces gars ensemble dans une pièce avec un blizzard à l’extérieur, donnons-leur des flingues, et voyons ce qui se passe », expliquait Tarantino avant le tournage.

Pour éviter ce « pas grand chose » qui en résulte au bout de près de 3 heures, il aurait fallu agripper un enjeu autre que ces prises de paroles successives d’acteurs qui n’évolueront jamais vers le statut de personnage : progressivement dézingués les uns après les autres, parfois de façon totalement gratuite, rien n’est apporté à l’épaisseur justifiant leurs présences dans le mot de « salopards ».

Samuel L Jackson fait du Samuel L Jackson, Michael Madsen idem, Tim Roth itou : chaque scène tourne à la retrouvaille de potes, qui kiffent de porter des Stetson et des bottes ferrées.

Au niveau du sens dramaturgique, Django Unchained avait au moins le mérite de pointer son index rageur vers de sombres chapitres de l’esclavagisme nord-américain : ici, le vide absolu accompagne le projet du film, une forme de grossièreté répétitive sur les Noirs remplissant l’ambition hilare d’un réalisateur qui n’a rien à dire que des blagues de comptoir un soir de Super Bowl.

Pour ce même Django, l’on pouvait ressortir de la séance en se disant que, contrairement à ses films précédents, seules deux ou trois scènes pourraient faire date et affronter les rouages de nos effacements cinéphiles : aucune séquence de The Hateful Eight ne pourra y prétendre (pour voir un western spectaculaire, il faudra attendre le 25 février 2016 et The Revenant de Gonzalez Iñarritu).

8-salopards-tarantino-6Car convoquer le genre du western dans une pièce dont les personnages ne sortiront pas, sans prendre en compte ce que la nature autour d’eux induit de leurs comportements ni son potentiel cinématographique, est la première mauvaise idée des 8 Salopards (Tarantino échoue à faire son second Reservoir Dogs, qui se passait presque intégralement dans un garage).

Le résultat immédiat est que l’oeil se désintéresse très vite de la mise en scène, jamais inspirée, Tarantino venant à auto-convoquer son propre cinéma à la manière théâtralisée d’un grand fan de lui-même.

8-salopards-tarantino-3Les salopards se transforment en cadavres (on s’en contre-fiche), le réalisateur parjure jusqu’aux leçons retenues et appliqués par le passé du grand Sam Peckinpah (la mort est une violence qu’il ne faut pas cacher), en dégommant salement à tout va comme un gamin les poupées de sa petite soeur dans sa chambre.

Les calottes crâniennes volent dans la pièce, les murs et le plafond se maculent de sang, jusqu’à une séquence de torture par pendaison : ce qui se voudrait « spectaculaire » devient inepte, et douteux de jouissance pressentie.

A la manière d’un témoin de Jéhovah qui accepterait de vous lâcher, le générique de fin délivre enfin le spectateur d’un exercice de redondance masturbatoire promu un peu vite comme un événement.

D’autres affiches dans ces mêmes salles de cinéma auraient sans doute mérité d’attirer un peu plus notre attention, ce Tarantino-là portant finalement cette petite rage intérieure.

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