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« Les armoires normandes », par les Chiens de Navarre : la vie de couple passée au scalpel du rire

22 février 2017 > > 3 commentaires

« Les Armoires normandes » par Les Chiens de Navarre : ni armoires ni chiens, mais un théâtre un brin voyou, entre blagues potaches et provoc’s en cascade. Le retour à Bayonne de ce collectif était visiblement très attendu à la Scène Nationale le soir de la première, encore une représentation ce mercredi 22 février.

Les spectateurs patientent dans le hall du théâtre plein comme un œuf. Quand les portes ouvrent enfin, un Christ ensanglanté, sur une croix géante, apostrophe les spectateurs, se moque d’eux, commente leur entrée, les vêtements qu’ils portent, leur âge, la lenteur de leur installation, etc.

Le ton est donné : le spectacle sera humoristique, libre et gentiment provocateur.

Sur la scène recouverte de sable, où trône un cocotier, vont se succéder à toute allure des scènes sur le thème des relations amoureuses : mariage, disputes, témoignages de « vieux couples », célibat, le tout habilement ficelé avec des changements à vue.

Les Chiens de Navarre travaillent pour chaque création selon la même méthode. Menés par leur metteur en scène Jean-Christophe Meurisse, les acteurs improvisent sur une thématique à partir de situations et de feuillets qu’il appelle « terrain vague » sur lesquels il note des idées de scénographie, une liste d’accessoires, des extraits de textes, de poèmes, de paroles de chansons, des photos…

Une sorte de matière première qui sera transformée et enrichie par l’inspiration et le travail de la troupe.

Les scènes touchent souvent au concret le plus trivial avec une liberté et une gaieté irrésistibles. Une fête de mariage dégénère et les gags se succèdent (faire un marcel avec son slip est l’un des paris des fêtards) ce qui n’empêche pas le surgissement de moments suspendus.

Le monologue de l’invitée qui prend la parole et ne la lâche plus est un moment fort de théâtre apte à renvoyer chacun à sa mythologie familiale.

Le fait de doubler en direct les comédiens est une magnifique trouvaille de théâtre, qui amène drôlerie mais aussi distance salutaire.

Les blagues très réjouissantes qui parsèment le spectacle ne cachent pourtant pas des zones plus mélancoliques et plus troubles, les plus intéressantes peut-être, là où rire et tragédie se mêlent parfaitement.

Un homme enfermé dans son quotidien (que les bruitages permettent de vivre à fond, y compris aux toilettes) et dans la noirceur de l’époque – la liste des scandales, drames humanitaires, injustices est longue, que même le suicide ne parvient pas à libérer -, ou une jeune veuve en visite chez un spirite qui fait revivre d’une manière grotesque et émouvante le défunt.

Les Chiens de Navarre provoquent en faisant du bien. Comme de jeunes chiens fous qui secoueraient un quotidien un peu trop policé, renvoyant à chacun sa vie en miroir et lui proposant de la dépoussiérer. Un spectacle salutaire.


Les Armoires normandes, mardi 21 et mercredi 22 février 2017 à 20h30, Scène nationale de Bayonne.

La représentation du mercredi 22 est suivie d’une rencontre avec l’équipe artistique.

Site de la compagnie Les Chiens de Navarre


 


Commentaires

3 réponses à « Les armoires normandes », par les Chiens de Navarre : la vie de couple passée au scalpel du rire

  1. manuberk dit :

    Puis-je me permettre?
    je ne suis pas du genre à commenter les articles, je ne suis pas un geek accro du commentaire parano-vulgaire mais là c’est trop tentant. Dur de critiquer un spectacle qui fait l’unanimité dans la presse à culture.
    Je me permet donc, en toute pudeur de donner mon timide avis…

    Un énième article positif donc, à l’encontre d’un théâtre-gag plus proche du spectacle « canal + » que d’un théâtre provoc…et j’ai rien contre Bolloré, j’adore redémarrer les chenilles…Derrière le masque du rire se cacherait une bien triste prétention.

    Pourrions nous peut-être redéfinir la provocation?
    faire pipi? montrer son cucul? un christ rigolo? Cela provoque quoi? qui? comment? Monsieur Burucoa? non quand même je ne pense pas… du théâtre potache certes, encore faut il avoir l’élégance du potache…un très beau catalogue sur l’idiotie dans l’art (au même prix que la place du spectacle à bayonne) vous éclairera d’avantages sur les artistes qui auront approfondi la question (merci jean yves jouannais)…

    Hormis l’espace scénographique que je trouve plutôt séduisant, je pense trouver là l’un des spectacles les plus lisses de notre temps, à l’image d’une époque de grande confusion. A savoir, victime de notre temps, et de cette dictature du rire ou du grand divertissement, car oui il faut se détendre tout le temps mais pas avec n’importe qui! Personnellement les toutous de navarre ne me détendent pas, ils me crispent…mais alors avec qui vais-je me détendre? peut-être avec ceux pour qui le rire est une arme, une politesse, un désespoir, et non une tendance vulgaire, un effet de style ou un ressort pour remplir des salles :
    le cul de Choron n’est pas le même que celui d’Hanouna, la bite de Reiser n’est pas celle de Bigard, les nazis de Vuillemin ne sont pas ceux de Dieudonné, Rodrigo Garcia is not a dog of navarre, n’y a-t-il pas une différence entre South Park et les aventures du roi léon?

    et peut être que oui oui, je suis un réac, en fait ça avait l’air drôlement mieux avant…même si aujourd’hui Beyoncé me parait un poil plus yéyé que Sylvie Vartan.

    Je crois qu’en fait dans une époque scandaleuse, il devient difficile de rendre l’art scandaleux…et du même coup, l’idiotie dans l’art mérite son travail de recherche et mérite même de se faire avec pertinence, intelligence et sérieux.

    Peut être alors faudrait-il aller jeter un œil en dehors des sentiers battus et des chemins jacobins, et espérer voir émerger le même enthousiasme collectif autour des compagnies qui font couler moins de bave dans des « provinces » obscures : Cie Alixem, la Cie Roure, Cie zerep, la Cie jour de fête, Pina Wood-le loup qui digère, Monsieur Colle, les No System, le Comité Défaite, le collectif BallePerdue, et tous les batailleurs du milieu, à l’envers du sud, à l’endroit du Nord et d’Est en Ouest…

    Mais bon, ce n’est qu’un avis parmi les avis, les Chiens de Navarre mérite peut-être une place à canal+, pas plus, pas moins…
    encore merci à eklektika pour nous tenir au courant…
    manu berk

    • Merci pour cette belle contribution argumentée,
      ravi de la publier en contre-champ,

      et je doute que « en fait ça avait l’air drôlement mieux avant » fasse de vous un réac.

      merci pour le débat ouvert,

      bien à vous.

  2. Nicolas Sarrade dit :

    Bonjour. J’approche en partie l’analyse de Manu Berk. En partie.
    Personnellement, je pense que ce qui s’est joué hier soir est assez paradoxal à l’image du finish en « sirtaki » assez poétique… mais plutôt racoleur dans l’idée d’obtenir un torrent d’applaudissement pour un final. Le christ sur scène,… c’est tout de même toujours étrange. Au bout de 10 minutes, le comédien a réussi a m’y faire croire.
    Autre référence Canal+ (à une certaine époque) a rapprocher du travail de ces cabots d’hier… celui de Edouard Baer, lors de ses mises en scène cabaret.
    Le « n’importe quoi » et « l’absurde » en humour, un outil que semblait manier parfaitement avec délice un certain Andy Kaufman.

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