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« Les Cahiers de Nijinski » : le beau pari du théâtre dans la saison de danse du Malandain Ballet Biarritz

25 février 2017 > > Soyez le premier à réagir !

Jeudi 24 février 2017 au Casino municipal, dans le cadre de sa saison danse, le Malandain Ballet Biarritz s’ouvrait au théâtre avec la représentation des « Cahiers de Nijinski » : une heure et quart d’un texte au bord d’un gouffre fascinant, qui a tout de même perturbé quelques spectateurs sans doute mal avertis.

Devant une salle du Casino de Biarritz presque comble, Les Cahiers de Nijinski, chorégraphié par Brigitte Lefèvre (directrice de la Maison de la Danse de l’Opéra de Paris) et mis en scène par Daniel San Pedro, a pu être ressenti comme une poussière d’étoiles retombée en un vertige, celui tenté par l’intégration du théâtre dans la saison de danse du Malandain Ballet Biarritz.

Ici, il ne s’est pas agi d’un ballet, ni des pas croisés entre les mouvements d’un danseur et les mots d’un comédien, plutôt l’immersion dans l’âme foudroyée du grand danseur russe Vaslav Nijinski, par l’interprétation théâtrale de ses Cahiers, écrits entre 1918 et 1919, dans ses derniers instants qui devaient le foudroyer durant les 30 années suivantes d’une vie devenue silencieuse et immobile

Les lignes intenses, frénétiques et mégalomanes, qui accompagnent son basculement sans issu dans la schizophrénie, ont été placées entre les mains de Clément Hervieu-Léger de la Comédie française et  de Jean-Christophe Guerri, ancien danseur de l’Opéra de Paris.

Du théâtre et peu de danse donc, c’est un fait, établi dans la présentation du spectacle, qui n’a pas évité ce regret de voir une trentaine de spectateurs quitter la salle, sans se soucier de perturber les rangs et exprimer leur mécontentement.

Une erreur d’appréciation de leur part, tenons-nous en là, avec tout de même cette présence de la danse, faite poème, présence brisée ou protectrice, en accompagnant les mots d’un double, tel une ombre. « Le texte très cérébral avait besoin d’un corps pour s’ancrer sur le plateau »,  répondent à cela les deux acteurs.

Et l’ancien danseur remplit alors parfaitement son rôle.

Il accompagne le comédien, le guide, le soutient, mais parfois seulement. La plupart du temps, il s’en éloigne, se tient à distance, comme absent, ou absorbé par d’autres pensées. Sa présence est plus souvent suggérée qu’imposée, même si elle se prête à de rares duos, certes, mais tout en subtilité.

Lire l’intégralité des Cahiers de Nijinski aurait sans nul doute éclairé sur le parti-pris des deux metteurs en scène, attelés à dévoiler l’ancien danseur en pleine lutte, perdue d’avance, contre l’araignée dans son crâne.

« La colonne vertébrale est le texte et l’empathie. Il s’agit d’une plongée dans chaque mot de ce cahier que tout déconstruit et dans l’expérience ultime de la solitude où se créé une présence, qui ici, n’est plus fictive. Il s’agit de soi-même mais aussi des autres », explique Daniel San Pedro.

La folie est, cette fois, un fil conducteur, le point de rupture armé d’une faux jamais bien loi, qui se glisse dans la gorge du comédien, serrée entre la dérision et les larmes, entre l’agitation et la prosternation.

Le personnage passe d’une présence radieuse à un abandon total, jetant vie et envie dans le puits de ses chimères. La mise en scène, volontairement épurée, joue sur ces multiples volte-faces. Nijinski face à lui-même, face à son passé, face à ses pensées, faces à ses interrogations, face à la mort. Nijinski face au miroir de sa vie.

La mise en scène enlace intensément les passages choisis de ces Cahiers, tout en ombres et en lumières et accompagne avec subtilité l’évolution des personnages dans l’espace : une longue pente immaculée est autant d’occasions pour les acteurs de se rapprocher du public, lui assénant les mots parfois crûs et brutaux -bruts- de Nijinski, ou s’en éloigner en escaladant la pente pour partir au loin, avec des effets de volume estompés.

Pour mieux nous captiver, également, lorsque, d’un roulé-boulé ou glissade abrupte, les acteurs se retrouvent en deux temps trois mouvements de nouveau au pied de la pente, en bord de scène.

Une lumière finement travaillée sculpte subtilement le plateau et accentue quand il le faut les propos, isole les acteurs, divise l’espace ou l’unifie d’une blancheur immaculée.

Une blancheur comme on pourrait l’imaginer dans une clinique aseptisée, une blancheur comme ce voile tombé sur Nijinski, ou encore un clair de pleine lune comme une fronde à la nuit sombre de ses pensées clairvoyantes ou confuses, mystiques et désillusionnées.

Malgré les avis divergents, il s’agit d’un hommage fascinant rendu à un faune solitaire qui aurait perdu sa forêt fantastique, et un beau pari relevé pour la programmation du Malandain Ballet Biarritz, à des milliers de pas de la moindre indifférence.

Je veux de la lumière, mais différente. J’aime la lumière des étoiles qui clignotent, je n’aime pas les étoiles qui ne clignotent pas. je sais qu’une étoile clignotante c’est la vie, et qu’une étoile qui ne clignote pas c’est la mort. Je sais ce que je dois faire quand une étoile me clignote. Je sais ce que signifie une étoile qui ne clignote pas. Ma femme est une étoile qui ne clignote pas. J’ai remarqué qu’il y a beaucoup de personnes qui ne clignotent pas. Je pleure quand je sens qu’une personne ne clignote pas. Je sais ce que c’est que la mort. La mort c’est une vie éteinte. Une vie éteinte, c’est ainsi qu’on appelle les gens qui ont perdu la raison.


Un petit coup de projecteur sur l’auteur des mots, mais surtout des photos, signés Stéphane « Regard en Coin » Bellocq, ne pas hésiter à aller voir sa page Facebook.


 


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